Bibliothèque nationale, cabinet des estampes
>. M. de Lanzac de Laborie a publié en 1887 une étude sur Mounier. Il y raconte surtout la vie de Mounier avant son retour en France. Il ne consacre guère qu’une page à son administration préfectorale (p. 331).
3. Arch. hist. guerre, Rapport du général Ernouf au ministre, 2 octobre 1800. Arch. nat., AF1v 1195.
tribuer en secret dans les principales garnisons de Bretagne pour soulever les troupes‘. On peut y lire entre autres griefs :
« Frémissez avec nous, vous qui avez combattu pour la liberté! … Bonaparte vient de faire rentrer les émigrés ; 1l rétablit le clergé. Ils n'ont point encore les rênes du gouvernement; mais ils circonviennent ce Cromwell, le dirigent dans sa marche despotique et chaque jour de son règne est marqué par le renversement des principes et la destruction de l’édifice de la liberté. La République enfin, l'ouvrage de vos soins, de votre courage et de votre constance pendant douze ans n’est plus qu’un mot; bientôt, sans doute, un Bourbon sera sur le trône, ou bien Bonaparte lui-même se fera proclamer Empereur ou Roi... Formons donc une fédération militaire ; que nos généraux se montrent; qu'ils fassent respecter leur gloire et celle des armées. »
Ce reproche fait au général Bonaparte de trahir les espérances des républicains était tout à fait d'actualité. Le ministre de la Guerre venait d'adresser au général Delaborde, commandant la 13° division nulitaire, une circulaire pour l’engager à demander aux soldats leurs votes sur la question de savoir si Bonaparte serait consul à vie”. Nous verrons bientôt le résultat général de cette consultation, mais 1l est hors de doute que l'effet produit parmi les troupes encore stationnées dans les départements de l'Ouest fut un mouvement d’hostilité à l'égard du gouvernement consulaire”. Plusieurs conspirateurs militaires résolurent d’en profiter. Les placards préparés furent envoyés dans les diverses divisions pour être distribués aux généraux et commandants d'armes par les soins d'émissaires dont on se croyait sûr. De hautes protections devaient favoriser cette distribution clandestine, car Fouché ne semble pas avoir fait agir sa police d'ordinaire si habile et si tracassière. Comme il était opposé au consulat à vie, il y a de fortes présomptions pour croire qu'il favorisa Bernadotte et ses officiers dans la propagande des libelles séditieux qui pouvaient faire échec à l'ambition de Bonaparte". Mais la complicité probable de la police officielle se trouva inutile. Le général Delaborde, qui n’était pas dans le secret, fit saisir plusieurs
1. On trouve le texte complet des deux libelles dans Guillon, p. 30 et suivantes, et aussi dans G.-A. Thierry, Conspirateurs et gens de police (Paris, 1903).