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nat, Daru avait demandé l'instruction religieuse; sa motion avait été repoussée. Bonaparte a changé de sa propre autorité le caractère laïque de cette loi; 1l l’a mise en harmonie avec le Concordat. L’organisation du lycée est à la fois militaire et monacale : la discipline est rude, le silence doit être observé. Tous les exercices se font au son du tambour. Les élèves portent l’habit et la culotte bleus, le chapeau rond jusqu'à 14 ans, le chapeau français après cet âge. Ils sont répartis en compagnies militaires de 25. unités; à la tête de chaque compagnie il y a un sergent et quatre caporaux pris parmi les élèves les plus distingués. Ges gradés doivent répondre de la discipline de leurs compagnies sous la surveillance immédiate de leurs maîtres. Le sergent-major commande à toutes les compagnies. Les punitions ont aussi le caractère militaire : les arrêts, la table de pénitence et la prison que seul le proviseur inflige.

Le conseil municipal avait Proposé pour l'emplacement du nouveau lycée les locaux de l’ancien collège déjà occupés en partie par l'École centrale. Marie- -Joseph FR et Despeaux approuvèrent cette proposition. Nous avons déjà décrit les bâtiments. Il y fallut cette fois des réparations sérieuses car ce vaste édifice avait été très dégradé. Dans les premières années de la Révolution il avait servi de casernement pour des troupes d'infanterie et de cavalerie. Les salles furent utilisées comme chambrées et les classes, la chapelle et l’église Toussaints furent occupées par les chevaux. Les réparations nécessaires avaient été évaluées par l'architecte Binet à la somme de 28832 francs. La municipalité n’épargna rien pour la restauration à peu près complète et le lycée eut pour son installation des bätiments convenables”. L'inauguration solennelle eut lieu le 17 vendémiaire an XII (10 octobre 1803). Les assistants se réunirent dans l’ancienne chapelle du collège, devenue salle publique du nouvel établissement. Le préfet présidait ayant à sa droite le général Delaborde et à sa gauche le président du tribunal d'appel Desbois. Il prononça un discours très habile pour gagner les familles et le proviseur dit à son tour quelques mots de bienvenue. Le discours de Mounier est fort intéressant. Sans doute on y trouve l'éloge des institutions consulaires et € du chef illustre de la nation qui reüra notre patrie de l’abime où des troubles cruels l'avaient plongée », mais Mounier sait garder la mesure dans la louange officielle inévitable et son discours présentant à plusieurs reprises une critique peu dissi-

1. Arch. mun. de Rennes; M -*. État des bâtiments dressé le 27 messicor an X

(8 juin 1802). Fr

mulée de l'arrêté consulaire du 19 frimaire an XI, témoigne d'un libéralisme peu fréquent chez les préfets de l’époque. IL y rend justice à l'œuvre scolaire de la Convention : « L'institution des écoles centrales méritait l'approbation de tous les hommes éclairés, par la nature de l’enseignement et par le choix des professeurs qui, en général, étaient dignes de leurs honorables fonctions”. » Voilà un ton assez différent de celui que crurent devoir adopter certains fonctionnaires appelés à la direction des nouveaux lycées, comme le proviseur du lycée de Lyon, Coster, qui avait été pourtant professeur d'histoire à l'École centrale de la Meurthe: « Si les intentions du Père de la patrie (Bonaparte) sont toujours franchement exécutées, il aura commencé par donner à la République une génération propre à faire oublier la malheureuse influence de la Révolution sur l’instruction publique”. » Ce proviseur oubliait que la plupart de ses collaborateurs comme ceux de Delarue à Rennes étaient recrutés dans l'ancien personnel des Écoles centrales, tandis que Mounier, avec un tact qui lui fait honneur, n'hésite pas à le constater: « l’enseignement des lycées est confié à ceux des anciens professeurs des Hate centrales dont les inspecteurs des études ont rendu les témoignages les plus avantageux. » Les dispositions consulaires ellesmêmes sont parfois directement critiquées : € La loi du 11 floréal an X a mis la logique et la morale, au nombre des objets de l’enseignement. L'arrêté du 19 frimaire an XI ne parle ni de l’une, ni de l’autre ; il est difficile d'expliquer les motifs de ce silence. » A propos de l’enseignement religieux qui tiendra une si grande place dans les lycées, l’ancien Constituant n'oublie pas de rendre hommage aux grandes idées d'égalité et de tolérance qui avaient enthousiasmé la France de 1789: « Le christianisme sera enseigné aux élèves tel qu'il est professé par leurs familles. Mais sans de on prendra les précautions nécessaires pour qu'ils n'attachent pas, comme tant de chrétiens ignorants, plus d'importance aux cérémonies qu’à la morale chrétienne, pour étouffer dans leur esprit tous les genres d’intolérance. On ne leur laissera point oublier que l’homme qui n’a pas des opinions entièrement conformes à celles qu'ils auront apprises, s'il remplit exactement ses devoirs, n’en a pas moins les mêmes droits envers eux, n'en est pas moins leur concitoyen et leur frère,

Le discours de Mounier se trouve dans le Journal d’Ille-et-Vilaine et le Moniteur du 20 He an XII. Il a été publié par M. Aulard (Révolution française, 14 sept. 1906, P- Je

. Cité par Chabot et Charléty, ouv. cit, p. 59.

et comme homme et comme Français. » Il est donc assez piquant de voir à plusieurs reprises dans ce curieux discours réapparaître le Libéral sincère, le disciple des penseurs du xvin siècle qui nous fail oublier le préfet souvent empressé par ailleurs, comme tant d’autres, à exalter toutes les idées du maître.

Le lendemain, l'évêque de Rennes célébra une messe à l'occasion de la rentrée des élèves et après l’ Évangile M. de Maillé prononça un discours sur le rôle de la religion dans l’éducation'. On chanta un Te Deum : il était de circonstance. C'était bien, par la collaboration du premier consul, la victoire de l’ancienne discipline sur les 1déologues de 1793. L’ Église pouvait espérer reconquérir l'éducation publique.

Toutes les précautions étaient prises pour enrayer le développement de l'esprit d'examen et de la libre pensée. Une commission fut désignée pour dresser un catalogue officiel des 1 500 volumes que l'arrêté du 19 frimaire accordait à la bibliothèque de chaque lycée. Ces volumes devaient être les mêmes partout. Le ministre de l'Intérieur adresse à ce sujet une circulaire aux préfets. On prendra ces volumes dans la bibliothèque de la ville et le proviseur en accusera réceplion au maire. Si la bibliothèque de la ville ne les possède pas, le proviseur les prendra avec l'autorisation du préfet dans les bibliothèques des écoles centrales supprimées”.

Malgré les garanties religieuses et la prudence des administrateurs, les débuts du lycée ne furent pas brillants. Le proviseur déclare que l'opinion rennaise n'est pas très favorable au nouvel internat ; d’ailleurs les pensions déjà existantes font concurrence au lycée. L'externat est mieux accueilh. En l’an XIT il y eut 83 externes”. Quant aux pensionnaires la plupart d’entre eux étaient des élèves nationaux ou boursiers, désignés par l'arrêté du 7 thermidor an XI (26 juillet 1803): ils étaient au nombre de 70. « Le temps seul, écrit Delarue, et les succès décideront en notre faveur, si nous répondons au vœu du parti dominant qui est celui des principes passés pour l'intruction et la morale religieuse. »

Au terme de la première année d'existence du lycée les professeurs décidèrent de maintenir encore une fois les exercices publics que l'École centrale avait pratiqués à la fin des diverses années sco-

Journal d’Ille-et-Vilaine, n°5 9, 10, 43.

Circulaire de Chaptal, 8 frimaire an XII (30 novembre 1803).

Registres du lycée. Cabinet du proviseur.

Delarue à Fourcroy, 28 messidor an XI (17 juillet 1803). Arch. nat., FH 3127.

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