Arch. nat., AF1v
2. Arch. dép., 9K1, fol. 130. L'arrêté fut publié dans le Journal d'Ille-et-Vilaine, nos 36, 37, 38, 39.
communes de naissance, s'ils étaient Français. Les maires devaient leur fournir 3 sous par lieue jusqu'à la ville la plus voisine ; ils seraient remboursés de cette dépense sur les fonds de la préfecture. Cet arrêté préfectoral avait certainemeut réduit le nombre des vagabonds et des miséreux dans les campagnes où ils étaient traqués par la gendarmerie, mais avait eu aussi pour conséquence inévitable de les grouper davantage dans les centres urbains, où Cornudet était désagréablement surpris de leur affluence. Par suite de la misère Re dans le département les contributions publiques n'étaient recouvrées que péniblement et à force de délais. Les récoltes de l'an X et de l'an XI avaient été médiocres à cause de la sécheresse ; celles de l’an XII et de l’an XIII furent au contraire très bonnes: le blé noir, les châtaignes, les pommes parurent en abondance‘. L'Illeet-Vilaine put même fournir un excédent pour l'exportation et une grande quantité de grains fut transportée par mer de Redon à Bordeaux, car les récoltes de la Gironde avaient été insuffisantes. Mais ces bonnes années relevaient à peine les cultivateurs bretons de la détresse à laquelle les avaient réduits les mauvais résultats des précédentes années.
Gouvion Saint-Cyr qui visita Flle-et-Vilaine à la fin de 1802 déclarait « que la guerre serait un grand malheur pour ce département qui avait besoin de paix pour réparer ses pertes” »
La politique de Napoléon devait au contraire lui procurer douze ans de guerres continues. La rupture des relations avec l'Angleterre allait de nouveau paralyser tout le commerce maritime de la région bretonne, particulièrement celui de l'arrondissement de Saint-Malo. A Cancale la pêche des huîtres devait péricliter à cause de la présence trop fréquente des vaisseaux anglais dans la baie du Mont Saint- Michel. La nouvelle déclaration de guerre eut aussi pour résultat immédiat de causer des pertes considérables au commerce malouin. En effet, les négociants de Saint-Malo avaient redoublé d'activité au lendemain de la paix d'Amiens; ils avaient transformé sans retard leurs corsaires en navires de commerce, et dès les premiers mois de 1802, plus de 150 voiliers étaient sortis du port de Saint-Malo. C'était l’heureuse conséquence d'une paix tant souhaitée des deux côtés de la Manche, et le commerce fructueux d'avant 1700 paraissait renaître. Mais après la rupture franco- britannique la plupart des dépenses engagées pour le départ des navires terre-neuviens res-
1. Correspondance de Mounier et de Réal. Arch. dép., 22 M3. 2. Arch. nat., AF1v 1053, dossier n° 1.
tèrent à la charge des intéressés. Aussi le conseil municipal présidé par le maire de Brecey accueillit-il assez froidement les sollicitations du sous-préfet quand ce dernier, au nom du ministre de l'Intérieur, proposa le vote de fonds spéciaux destinés aux armements contre l'Angleterre. Le conseil après avoir entendu la lecture de la lettre du sous-préfet déclara «qu’il aurait pu se livrer à l'élan de son cœur et de son patriotisme, s’il n'avait pas sous les yeux les pertes immenses que vient d’éprouver le commerce de Saint-Malo par l'effet de la déclaration de guerre ». Finalement il décida qu'il s’associerait au vote que le conseil général allait bientôt émettre sur la même question et que les habitants de Saint-Malo se feraient un devoir de contribuer pour leur part à ce qui aurait été voté". C'était une critique respectueuse, mais très nette de la politique consulaire,
Bonaparte voulait donner la plus grande activité aux préparatifs maritimes. Un port militaire fut aménagé à Saint-Servan, sur la grève de Solidor ; des constructions s’y élevèrent bientôt et ce fut l'origine de nos établissements actuels. Mais les nouveaux bâtiments étaient dominés par la colline dite des Corbières, et la sécurité ne pouvait y être complète. On était obligé de faire garder les approches de l’arsenal par un cordon de sentinelles, dont la surveillance même était parfois insuffisante, car elle ne pouvait s'exercer que difficilement au cours des nuits obscures ou pluvieuses. La colline des Corbières faisait partie des domaines de M'"° de la Grassinais qui se plaignait sans cesse des empiétements de la marine sur ses terres ; elle préférait vendre les Corbières pour une somme qui nous paraît bien modique aujourd’hui: 1 287 francs. Le commissaire Bleschamps en référa au ministre, l'amiral Decrès, le pressant d'accorder l’autorisation d’achat?. Decrès ne la fit pas trop attendre: les Corbières furent acquises par l'État et on entoura les constructions maritimes d'un mur de clôture qui coûta plus cher que la colline même (1 812 francs). Depuis longtemps le conseil municipal de Saint-Servan demandait au ministre le transfert des services de la marine de Saint-Malo à Saint-Servan ; d'abord repoussée en l'an IX, cette demande fut enfin accueillie et le commissariat principal fut installé dans les nouveaux bâtiments de Solidor*?. En 1803 et 1804 les chantiers de Saint-Ser-
. Arch. municip. de Saint-Malo; délibération du 11 messidor an XI (30 juin 180). Série D. Registre 1803-1810. Dix ans plus tard, dans le même conseil, Michel Morvonnais, membre du Collège électoral, s'opposait à Vofire de cavaliers montés et équipés pour la nouvelle campagne d'Allemagne. Arch. nat., FIC rr, Ille-et-Vilaine, 4.
2. Arch. marine Saint-Servan, 6 brumaire an XIII (28 octobre 1804).