‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 29 sur 221 · P. Banéat, Le vieux Rennes, p · texte numérisé non relu

P. Banéat, Le vieux Rennes, p

2. Le Moy, Le Parlement de Bretagne et le pouvoir royal au xvine siècle. Paris, 1909. Voir l'introduction.

3. Arrèlé du 19 prairial an VIIT (8 juin 1800). Arch. dép., 9 K 14.

d'attirer l'attention : à 24 kilomètres au N.-O. sur la route de Saint- Malo, Hédé, qui avait eu rang de ville parce qu “elle députait avant 1789 aux États de la province ; le bourg ne comptait pourtant que 685 habitants : il était situé sur le versant d’une colline dominant une vallée verdoyante et un superbe étang qui abondait en poissons. Le site parut délicieux à l’exigeant Arthur Young ; fermier anglais très pratique il en détaille la re «on pêche dans ce lac, Le il des brochets ie 36 livres, des carpes de 24, des perches de 4et des tanches de 5 »'. Dès le xmr° siècle Hédé avait formé une châtellenie qui s’étendait sur 13 paroisses environnantes, et après avoir appartenu aux ducs de Bretagne, passa à leurs successeurs, les rois de France. Elle possédait un beau château qui, durant les guerres de religion servit de repaire au duc de Mercœur et à ses ligueurs ; aussi en 1598 Henri IV en ordonna la démolition, et il n’en subsistait plus qu'un mur d'enceinte assez vaste et les ruines d'une tour carrée”.

A 10 kilomètres de Hédé, l’ancienne baronnie de Bécherel (493 habitants) occupait des collines assez élevées (175 mètres) entre les vallées de la Rance et du Meu ; plusieurs fois les bandes royalistes y avaient combattu les gardes nationales des bourgs environnants, en profitant des accidents de terrain si nombreux dans ce pays pittoresque ; à 1 kilomètre de Bécherel le château de Caradeuc appartenait à la famille du célèbre procureur général, La Chalotais, qui avait donné le signal de la résistance du Parlement de Rennes à l’absolutisme royal.

Au S.-E. dans une région beaucoup plus découverte et de relief moins tourmenté, à 16 kilomètres de Rennes, s'élevait l'antique cité de Châteaugiron, construite en amphithéâtre sur le penchant d’une petite colline ; avec ses 1 413 habitants elle était plus peuplée qu'aujourd’hui (1052 habitants en 1906) à cause de l’extension qu'y avait prise dès le xvu* siècle la fabrication des toiles à voiles. Beaucoup de fabricants occupaient 10 à 20 ouvriers tisserands. L'ancien château ruiné possédait encore deux tours bien conservées. Le président de l'administration municipale de Châteaugiron était le notaire René Chaumont, et Thomas Noury y exerçait les fonctions de commissaire du Directoire exécutif *.

Les deux villes voisines de Saint-Malo et de Saint-Servan étaient

Arthur Young, ouv. cité, [, 269.

ADD Guillotin de Geo Les grandes seigneuriés de Haute-Bretagne, 1"e série, p. 242. 3. A. Garnier, Notice D nr. sur Châleaugiron. Rennes, 1902.

depuis longtemps divisées par une jalousie réciproque qui avait provoqué entre elles des contestations sans cesse renaissantes. En 1753 Sant-Servan avait été réunie à Saint-Malo dans des conditions désavantageuses. La représentation n'était pas égale : la communauté de ville était presque tout entière composée d'habitants de Saint-Malo qui traitaient Saint-Servan comme une simple dépendance. Aussi en 1790 Saint-Servan avait réclamé son autonomie et le Conseil général du département, sur les indications de l’Assemblée Constituante, jugea la séparation naturelle et indispensable. Les deux cités avaient beaucoup souffert, l'une et l’autre, durant les années antérieures à 1800. Le mouvement commercial de Saint-Servan était ruiné car la marine militaire avait pris la possession exclusive du Port-Solidor et tout commerce libre était interdit. La situation révolutionnaire de l'Ile-et-Vilaine avait déterminé le général Lacrosse à faire édifier en l'an VII une estacade pour barrer l'entrée du port, et la municipalité qui la jugeait inutile en réclamait vainement la démolition’. Au début de l'an VIIT l'administration municipale de Saint-Servan se composait de Moras, président, de Carouge, Ravaleux, Louis Fichet et Cousin. Devienne était commissaire du Directoire. Par le chiffre de sa population (8836 habitants), Saint-Servan disputait à Vitré le troisième rang parmi les cités de l'Ille-et-Vilaine.

Le second rang appartenait à Saint-Malo. Sa population qui était de 16700 habitants avant la Révolution, était réduite à 9000. La période de la Terreur y avait été funeste. Les principaux habitants avaient été sacrifiés ou emprisonnés ; il y avait dans la ville plus de 200 maisons abandonnées ou qui menaçaient ruine; les chemins voisins de la cité, vers Rocabey et le Talard, étaient impraticables. Mais c'était surtout le commerce qui avait traversé une crise douloureuse. La première moitié du xviu‘ siècle avait marqué pour Saint- Malo une période de prospérité incomparable : « ses armateurs entouraient de magnifiques remparts leur cité agrandie et construisaient en granit les somptueux hôtels qui les dominent. L'or étincelait sur les lambris, l’argent remplissait les coffres ; l’opulence débordait au dehors. Les maisons de campagne, les châteaux qui ornent les environs de Saint-Servan, La Verdrie, La Ballue, Lorette, La Guimerais, ont été bâtis à cette époque par des Malouins DATA la fin de l’ancien régime, le trafic des deux ports réunis de Saint-Malo

1. Arch. municip., Saint-Servan. Mimoire au ministre de la marine, 17 fructidor an IX (Registre 13 [. D.).

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