‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 36 sur 221 · Du breton Bez — tombeau · texte numérisé non relu

Du breton Bez — tombeau

2. Mounier, Annuaire statistique d’Ille-el-Vilaine, p. 158. 3. Arch. de la marine, Saint-Servan. Lettre du 29 pluviôse an VIII (18 février 1800).

D'ailleurs, en 1800, la cité malouine ne s'élevait pas dans le même cadre gracieux où nous la voyons aujourd'hui ; absolument encerclée dans ses remparts de pierre elle n’avait point la ceinture des villas du Sillon et de Rocabey ; le flot venait battre presque de tous côtés | au pied des murailles, car la mer s’étendait jusqu'au Talard, presque sous Paramé; la ville n’était reliée à la terre ferme que par la longue digue du Sillon, large à peine de quelques mètres, inabordable lors des grandes marées et mal protégée par des brise-lames vermoulus dont le Conseil d'arrondissement, à peine réuni en 1800, demandera avec instance la réfection nécessaire’. La ville n'était point dominée par la flèche de la cathédrale : il n’y avait qu'une tour massive surmontée d’un télégraphe aérien.

Saint-Malo avait été mise en état de siège depuis le 23 septembre 1798. Au début de l’an VIII l'administration municipale se composait de Hovius fils, président, Lecouturier, Plaine le Jeune, Bertrand-Lemême. Lecamus était commissaire du Directoire”.

Les ressources étaient encore plus restreintes dans la bourgade de Dinard-Saint-Enogat qui fait face à Saint-Malo, sur la rive gauche de l'estuaire maritime de la Rance. La mondaine cité balnéaire d'aujourd'hui n’était alors qu'une modeste bourgade. Les membres de l'administration municipale écrivent à Thivaut, commissaire principal à Saint-Malo, afin de se procurer gratuitement des moyens de chauffage ; ils lui demandent de leur accorder les pieds d'arbres morts dans le bois de Pontual: c’est une économie nécessaire qui leur permettra de s'acquitter envers les fonctionnaires publics à la charge de la municipalité et dont les traitements sont fort en retard *.

A 26 kilomètres de Saint-Malo se trouvait la cité de Dol. Elle était très florissante avant la Révolution par les dépenses qu'y faisaient l'évêque, le chapitre, les divers individus, bénéficiaires et pensionnés attachés à l'évêché, et par la multiplicité des affaires, en matière de jurisprudence, qui s’y traitaient. Mais en 1789 Dol perdit son évêché et ses anciennes juridictions. Elle fut chef-lieu de district de 1790 à 1800. Dans une délibération du 25 octobre 17393, la municipalité décida d'ajouter les mots de sur Mer à celui de Dol, pour éviter les confusions avec Dole du Jura, et montrer « que la mer baignait il y a plusieurs siècles les murs de la ville ». Juhel de la Plesse fut chargé

1. Arch. dép., 2 N 1. Procès-verbal du conseil d’arr., germinal an IX. 2. Arch. municip., Saint-Malo, série D. 1/4 DIT AE 3. Arch. municip., Dinard, 5 brumaire an VII (27 octobre 1799).

6o L'ILLE-ET-VILAINE EN 1799

de rédiger une adresse en ce sens à la Convention‘. Mais la dénomination de Dol-sur-Mer n'eut pas de succès. La ville avait beaucoup souffert du pillage lors des deux passages successifs des insurgés vendéens ; les affaires et le commerce y étaient presque ruinés. L'ancien palais épiscopal était occupé par la mairie et la gendarmerie. La ville était encore environnée de murs flanqués de tours, mais celte enceinte tombait en ruines et le séjour de Dol était fort peu salubre à cause des marais du voisinage qui provoquaient beaucoup de fièvres intermittentes, principalement à la fin de l'été lorsque la sécheresse produisait l'évaporation d’une partie des eaux marécageuses. Dol ne comptait guère que 2500 habitants qu'on pouvait ranger en deux classes : l’une composée de cultivateurs qui ne subsistent que du produit de l'exploitation de médiocres propriétés ou de terres en fermage; ils étaient les plus nombreux; l’autre était formée de commerçants en détail et d'artisans *.

Les pays d’alentour avaient un terroir assez fertile dans les communes du Mont-Dol, de Baguer-Pican, Baguer-Morvan, Rozlandrieux : la population était formée entièrement de cultivateurs. Plus loin on trouvait beaucoup de landes humides sur les territoires des communes de Saint-Guinoux et de Plerguer. Un lac bourbeux de 6o hectares était coupé en tous sens par de nombreux ruisseaux bordés de hauts peupliers. C'était la crevée de Saint-Guinoux ou la mare de Saint-Coulman, ainsi nommée en souvenir d’un ermite breton venu dans ces régions au vu‘ siècle’. Dans tout ce pays de Dol on voyait croître une grande quantité de chanvre très gros, très haut de tige qui s’employait pour les cordages de la marine.

Dans l’est du département, Fougères, à 45 kilomètres de Rennes, était avec 7297 habitants, un des centres urbains les plus importants'. Elle avait toutes ses anciennes fortifications détruites ; le château seul subsistait, mais était devenu depuis la Révolution une propriété particulière. La ville avait beaucoup souffert depuis 7 ans des menées royalistes et de l'insurrection permanente dans les campagnes d’alentour. Elle fournissait autrefois beaucoup de toiles qui s’exportaient de Saint-Malo et de Marseille à destination de l'Espagne et des colonies américaines, mais tout le trafic était ruiné et la mal-

1. Archives municip. de Dol. Cité par l’abbé Duine. Histoire civile et politique de Dol Jusqu'en 1789, p. 228. Paris, 1911.

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