INTRODUCTION IX
largement contribué à affermir dans le département l’autorité du pouvoir central. Son rôle avait été surtout d'y accomplir une œuvre réparatrice de tolérance et de pacification. Il est incontestable qu'il y a réussi.
Dans une troisième partie comprenant quatre chapitres (XI à XIV), j étudie la préfecture de Mounier. Bonaparte est évidemment satisfait des résultats obtenus par Borie et la meilleure approbation qu'il donne à l'administration du premier préfet d’Ille-et-Vilaine, c’est le choix même de son successeur, Mounier, l’ancien Constituant, qui ne peut manquer de pratiquer dans le département une politique analogue, faite de tolérance avisée et d’énergie discrète. En acceptant d'être le collaborateur du Premier consul, Mounier venait grossir la phalange des théoriciens de 1789, ralliés à une république d'essence dictatoriale : il admirait en Bonaparte le glorieux restaurateur de la paix publique, il le respectait comme le grand sauveur de l'ordre social qu’il avait cru menacé d'un bouleversement complet. À peine arrivé dans le département, il put donner la preuve de son loyalisme, car il eut à déjouer un complot militaire hostile à Bonaparte, accusé de trahir les espérances des républicains en favorisant les anciens émigrés et les prêtres réfractaires. La répression fut facile : l'opinion publique se prononçait de plus en plus en faveur de Bonaparte. L'état de siège ayant été levé dans tout le département (23 juin 1802), les résultats du plébiscite relatif au Consulat à vie montrèrent la satisfaction générale.
Au moment même où le Consulat à vie donnait à Bonaparte un pouvoir déjà monarchique, son représentant dans l’Ille-et-Vilaine était investi d’une autorité sans cesse grandissante : il devenait vraiment le maître du département ; il n'y avait point pour lui la troublante perspective d'élections difficiles, car le corps électoral, depuis la Constitution de l’an X, ne devait plus se réunir qu'à de longs intervalles et ne songeait guère à gêner la pleine autorité du préfet. Tout dépend de Mounier: c'est à lui qu'on demande de régler la question religieuse, d'achever la pacification du pays, de mettre en pratique la nouvelle loi sur l'instruction publique.
Mounier dut s'entendre avec le nouvel évêque de Rennes, M. de Maillé, pour l'application du Concordat dans l'Ille-et-Vilaine : l’apai sement religieux fut une œuvre longue et difficile par suite de la lutte acharnée des deux clergés. Le préfet qui était d’abord résolu à défendre le clergé constitutionnel, l’abandonna peu à peu devant la résistance obstinée de l’évêque et le vœu des populations, qui presque partout réclamaient les prêtres réfractaires. D'ailleurs Mounier