‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 57 sur 221 · Arch. municipales de Rennes. Registres D RE · texte numérisé non relu

Arch. municipales de Rennes. Registres D RE

h. Cité par M. Aulard, État de la France en l'an VIII, p. 69.

le ton était bien différent de la précédente. « Une plus longue patience, disait-elle, ferait le triomphe des ennemis de la République. » Il était défendu désormais à tous les généraux et fonctionnaires publics de correspondre avec les chefs des rebelles pour éviter les fallacieuses promesses de soumission, trop souvent suivies de dangereux revirements. Les gardes nationales de toutes les communes devaient prendre les armes et chasser les insurgés de leurs territoires respectifs. Toute commune qui leur donnerait protection serait traitée comme rebelle‘.

Une décision plus grave encore suivit de près la proclamation du 21 nivôse. Le 17 de ce mois, Rœderer, président de la section de l'Intérieur au Conseil d'Etat, soumit aux Consuls un rapport sur la nécessité de suspendre pendant trois mois l'empire de la Constitution dans 10 départements: Ille-et-Vilaine, Morbihan, Côtes-du-Nord, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Mayenne, Sarthe, Orne, Manche, Calvados”. Le rapport fut approuvé séance tenante et le 23 nivôse (13 janvier) une loi conforme était rendue par le Corps législatif toujours empressé à subir docilement la volonté de Bonaparte”. Le nouveau ministre de l'Intérieur, Lucien Bonaparte, écrivit alors aux administrateurs d'Ille-et-Vilaine : « Le gouvernement a épuisé pour rendre la paix à vos contrées, l'autorité de la persuasion et la puissance des conseils ; mais il faut la guerre‘. » L'arrêté des consuls du 26 nivôse (16 janvier) établit, en effet, la domination complète du régime militaire auquel toutes les autorités civiles restaient subordonnées. Le général commandant en chef pouvait faire des règlements, même édicter la peine de mort; il lui était permis d'imposer à son gré des contributions extraordinaires sur les communes du département pour les punir de leur inertie ou de leur entente avec les chouans*.

L'armée d'Angleterre devait prendre désormais le nom d'armée de l'Ouest par un arrêté du 24 nivôse, mis à exécution le 27 (17 janvier). Son chef qui allait être appelé à exercer un commandement des plus importants, fut également changé: pour une nouvelle politique d'intimidation, Hédouville ne pouvait plus convenir. Sa suCCession fut donnée à Brune‘. C'était un général rude et sévère. Il avait

Bulletin des Lois,2e Série B. 344, 3520.

Arch. nat., AF 1v,911.

Bulletin des Lois, 3° Série. B. 1. 4.

Arch. dép., L. 298. Lettre du 1er pluviôse an VIII (21 janvier 1800). Bulletin des Lois, 3° Série B. 345. 3534.

6. Brune né à Brive le 13 mars 1763 était fils d’un avocat qui le destinait à la même

autrefois commandé le corps d'occupation de la Cisalpine, puis en 1799 il venait de remporter en Batavie de glorieux succès contre les coalisés anglo-russes. On peut remarquer que Fouché fut chargé à deux reprises de missions en Cisalpine et en Hollande : il y connut Brune et son influence ne fut certainement pas étrangère à la nomination de Brune comme chef de l’armée de l'Ouest. Bonaparte en cette circonstance traita Hédouville sans ménagements avec cette rudesse, ce manque d'égards dont il était coutumier quand ses lieutenants ou familiers cessaient de lui plaire. Il le rend responsable de l'insuccès subi dans l'Ouest par la politique de conciliation, et sans lui donner le moindre délai pour achever l’œuvre entreprise, il lui fait annoncer brutalement par une lettre de Clarke que son commandement a pris fin’. Maintenant qu'il veut intimider par la force, les lenteurs d'Hédouville l’exaspèrent. Le ministre de la Guerre, Berthier, voulant adoucir quelque peu la rigueur du maitre, écrivit à Hédouville une lettre d’éloges pour le remercier de ses services et lui conseiller de ne pas quitter l’armée de l'Ouest”. D'ailleurs Bonaparte qui connaissait les qualités d'Hédouville lui faisait savoir officieusement que pour éviter une complète disgrâce 1l ferait bien d'accepter les fonctions de chef d'état-major auprès de Brune et il avertissait le nouveau commandant d’avoir à se servir de son prédécesseur. € Le général Hédouville remplirait très bien le poste de votre chef d'état-major ou premier lieutenant : 1l connaît très bien les individus et les localités, mais n’a ni assez d'énergie, ni assez d'habitude de diriger lui-même des opérations militaires pour pouvoir commander en chef”. » En ces circonstances très pénibles pour son amour-propre, Hédouville resta digne ; 1l répondit aux procédés violents du premier Consul par un absolu respect de la discipline militaire, acceptant le poste que Brune lui offrait et promettant de justifier la confiance de son nouveau chef".

Il faut reconnaître d’ailleurs que Hédouville préoccupé surtout des négocialions n'avait pas pris les mesures nécessaires pour discipliner

profession. Il étudia le droit, puis en 1789 fut inscrit dans la garde nationale parisienne. IL s’enrôla dans le 2e bataillon des volontaires de S ine-et Oise; à Hondschoote il est déjà général de brigade ; il était devenu général de division pendant la campagne d'Italie.

1. Arch. nat., AF* 1v, registre 21, Clarke à Hédouville, 24 nivôse (14 janvier 1800).

2. Arch. hist. de la guerre, Correspondance de l’armée de l'Ouest. Hédouville à Berthier, 29 nivôse an VIII (19 janvier 1800).

3. Arch. nat., AF 1v, 861. Bonaparte à Brune, 24 nivôse (14 janvier).

4. Voir au sujet des négociations du général avec les royalistes, l’article de M. P. Robiquet. Revue de la Révolulion française, 14 juin 1901.

les troupes et leur permettre d’exercer contre les insurgés une action décisive. L'armée de l'Ouest, d’un effectif restreint, était beaucoup trop dispersée sur de larges espaces; elle avait plus de 10000 cantonnements, si bien que Brune, quinze jours après sa prise de commandement, n'avait encore, malgré tous ses efforts, pu concentrer plus de 7000 hommes d'infanterie et 150 de cavalerie’. Cet éparpillement des troupes permettait aux chefs de chouans de tout oser et de risquer les attaques les plus audacieuses, étant à peu près sûrs de l'impunité. Les généraux auxquels Hédouville laissait trop de repos et de liberté dans le commandement, ne sortaient plus guère des villes qu'ils étaient chargés de protéger et les chouans restaient ainsi les maîtres de la campagne et des routes ; les quelques colonnes que l’on organisait avec le concours de la garde nationale et de compagnies franches très insuflisantes, parlaient sans aucune entente préalable entre les chefs d’une même région et ne pouvaient saisir un ennenu dont la principale force était l'extrême mobilité.

À cette inertie des troupes s’ajoutait pour achever la désorganisation de l’armée et compromettre la discipline une fâcheuse détresse financière dont nous trouvons des exposés significatifs dans un mémoire du général Lespinasse qui commanda l'artillerie de l'armée d'Angleterre et dans le rapport du délégué consulaire Challan*. Certaines demi-brigades avaient un arriéré de solde de 3 mois. Cette pénurie n'était point particulière à l’armée de l'Ouest, car dès le 25 brumaire, Berthier avait rédigé pour les consuls provisoires, un triste rapport sur le dénuement absolu des armées françaises ; seule, celle de Batavie faisait exception parce que le gouvernement hollandais se chargeait en grande partie de son entretien. Une telle misère était particulièrement dangereuse à l’armée de l'Ouest, à cause de l'excitation à la désertion. « Les insurgés, écrit Challan, viennent débaucher les soldats jusque dans les faubourgs des villes où ceux-c1 sont cantonnés “. » Aussi l'effectif des troupes est tout à fait réduit. Le 1° et le 2° bataillon de la 29° légère qui sont à Rennes

1. Arch. nat., AF 1v, 1590. Brune au 1e" Consul, 2 pluviôse-12 pluviôse (22 janvier- 1er février 1800).

2. Arch. nat., AF 1v, 1590. Mémoire du général Lespinasse, membre du Sénat conservateur, sur la situation de l’armée d'Angleterre, adressé au rer Consul, 7 pluviôse an VIIL, 27 janvier 1800 et F1, 552. Rapport de Challan.

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