‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 71 sur 221 · Arch. dép., 16 M · texte numérisé non relu

Arch. dép., 16 M

ne devaient cesser leurs fonctions qu'après avoir reçu une notification du préfet. Avec une grande délicatesse, Borie profita de cet article pour demander à l’administration municipale de Rennes de rester provisoirement en fonctions, et il le fit en des termes fort agréables pour Parcheminier et ses collègues. « Les gages que vous avez donnés jusqu'ici de votre dévouement à la patrie ne vous permettront pas sans doute de quitter votre poste. Je vous invite à seconder la marche du gouvernement en continuant vos utiles travaux”, » Aussi la municipalité ne pouvait refuser une prolongation de pouvoirs offerte avec tant de bienveillance et elle promit à Borie un concours qui devait lui être très utile”. S'il s'était séparé sans tarder de l’ancienne municipalité, il lui aurait été fort difficile d’en organiser rapidement une nouvelle, au milieu du désordre inévitable qui suivit son entrée en fonctions.

Il lui était, en effet, nécessaire de faire appel à toute son activité pour suffire à la tâche des premiers mois ; le désarroi était grand dans cette préfecture subitement appelée à l'existence ; le difficultés se présentaient d'autant plus sérieuses que le département, la ville de Rennes exceptée, était toujours placé hors du régime constitutonnel. Un mois après son installation, Borie n'avait pas encore reçu la loi du 28 pluviôse sur l'organisation des préfectures * et par suite ne pouvait connaître la nature exacte de son pouvoir et les limites précises de ses attributions. De toutes les communes du département des demandes lui étaient envoyées : ce nouveau venu, représentant d’un gouvernement qui suscitait tant d’espoirs, ne devait-1l pas réparer toutes les injustices, faire droit à tous les griefs? D'autre part les ministres lui mandaient de presser le paiement des contributions, de surveiller le recrutement des conscrits. Dans les bureaux à peine formés', le travail était énorme, car il fallait apurer les comptes de toutes les administrations municipales. Il fallait surtout satisfaire aux réclamations les plus pressantes, sous peine de discréditer la nouvelle organisation *. Les militaires blessés qui se trouvaient en congé dans le département devaient y jouir d’une solde

1. Arch. dép., 8 M 20. Lettre du 30 germinal (20 avril). 2. Archives municipales de la ville de Rennes. Registre D! 7, fol. 126.

3. Arch. dép., 16 M54. Borie à Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, 23 germinal (13 avril).

.h. Borie avait au moins trouvé une installation convenable. IL n’en était pas de même de tous les préfets. Bonnaire, par exemple, nommé préfet des Hautes-Alpes, est obligé de rester à l'auberge à Gap, ne trouvant pas d’appartement à louer (Lettre de Bonnaire Lucien Bonaparte, 1er avril 1800). Arch. nat., FIB 1 156/29.

5. Arch. dép., ibid. Borie à Lucien Bonaparte, 3 prairial (23 mai 1800).

provisoire ; le payement n'en avait pas été effectué depuis le 1° frimaire (22 novembre 1799), malgré les demandes de l'administration centrale et souvent les malheureux soldats manquaient presque de moyens d'existence”.

Les anciens commissaires du Directoire près les administrations municipales n'étaient guère dans une situation plus fortunée. Le gouvernement directorial leur devait un arriéré considérable de 8 ou 9 mois pour le traitement de leurs fonctions et pour la gratification qu'on leur accordait dans les communes où ils étaient chargés du recouvrement des contributions. Une série de lettres navrantes étaient envoyées de tous côtés au préfet, de Dinard, Combourg, Gévezé, Renac, Saint-Malo, Châteauneuf, Guipry, Cancale, Fougères. Certains de ces fonctionnaires que le changement dans l’organisation administrative privait de leurs fonctions étaient dans une véritable misère après avoir rendu souvent de réels services. Celui de Combourg demande un secours immédiat parce qu'il se trouve sans état dans un âge avancé; celui de Saint-Malo doit aliéner une : partie de ses propriétés afin de nourrir sa famille. Par dérision, quelques-uns ontreçu des mandats, mais le payeur auquel des ordres contraires ont été sans doute transmis, refuse de les acquitter *. Cette situation lamentable amenée par la pénurie financière n'était point particulière au département, et nous rencontrons certainement 1c1 une des causes du discrédit du Directoire dans les provinces. Ces commissaires étaient souvent des notables de leur canton, y jouissant d’une sérieuse autorité; puisque le Directoire oubliait leurs services et leurs traitements, paraissait se moquer d'eux en leur adressant des mandats insolvables, ils contribuèrent beaucoup à le ruiner dans l'esprit de leurs concitoyens qui n’en furent ainsi que plus empressés à bien accueillir les événements de brumaire.

II. —— Borie rassurait de son mieux les demandeurs, leur promettant que les consuls s’occuperaient de leur sort, et il écrivait en leur faveur aux ministres des Finances et de l'Intérieur. Il lui fallait aussi calmer les craintes de toute une classe importante de citoyens, les acquéreurs de biens nationaux qui pouvaient être pour le régime républicain des défenseurs très sûrs, puique leurs intérêts immédiats dépendaient de son maintien. Leur nombre était grand dans le département, surtout dans les villes principales, et ils appartenaient

1. Arch. dép., ibid. Borie à Carnot, ministre de la Guerre, 1 germinal (1e" avril). 2. Arch. dép., 26 M 31-1 P 17. Diverses lettres au préfet, de germinal à thermidor an VIII

presque tous au commerce ou à la petite bourgeoisie. Il y en avait aussi dans les campagnes, notamment dans cet arrondissement de Fougères, si éprouvé par les incursions des chouans. Les registres ouverts dans la commune de Saint-Remi-du-Plein pour l'acceptation de la constitution de lan VIII, portent de nombreuses signatures suivies de cette déclaration qui paraît faite avec fierté : acquéreur de biens nationaux.

On avait mis en vente dans l’Ille-et-Vilaine au cours des années VI et VIT beaucoup d'anciens domaines ecclésiastiques et biens des fabriques, en exécution de la loi du 16 brumaire an V (6 novembre 1706). Voici les principales ventes indiquées dans les procès-verbaux *.

Le 26 brumaire an VI (16 novembre 1597), vente de biens provenant de fabriques, de communautés ecclésiastiques ou chapitres, à Rennes, Izé, Betton, Chavagne, Bonnemain, Combourg, Gevezé, La Chapelle-Saint-Aubert pour une somme de 763 405 francs. Le principal lot est la maison conventuelle et les dépendances des grands Carmes à Rennes. Le 14 nivôse (3 janvier 1798), propriétés des fabriques de Dourdain, Retiers, Janzé pour une somme de 5140 francs. Le 8 pluviôse (27 janvier), biens des fabriques de Sant-Aubin-d'Aubigné, d'Iflendic, de Martigné, avec la communauté des Jacobins de Rennes pour 292325 francs. Le { ventôse (22 février), biens provenant des fabriques de Janzé, Marcillé-Raoul, Pleurtuit, communauté des Minimes de Rennes pour 300 000 francs. Le 25 ventôse (15 mars), domaines des fabriques de Vitré, Plélan, Châteauneuf pour 172000 francs. Le 15 germinal (4 avril) biens des fabriques de Combourg, de Montfort, de Baguer-Morvan pour 18/4000 francs. Le 27 germinal (16 avril), biens du collège de Dol, communautés du bon Pasteur à Saint-Servan, des Capucins et du Calvaire également à Saint-Servan pour 1 792 725 francs. C'était la plus forte vente. Le 15 floréal (5 mai), fabrique de Lillemer pour 12 000 francs. Le 13 prairial (1° juin), Chapelle des marais à Port- Malo pour 36 200 francs. Le / messidor (22 juin), fabriques diverses et jardins des Jacobins pour 136 230 francs. Le 8 messidor, fabriques de Janzé, de Melesse, terres du chapitre de Dol pour 273 000 francs. Le 1° thermidor (19 juillet), communauté de la Visitation à Rennes (60 000 francs).

En l’an VII les ventes continuèrent pour l’abbaye et les terres des Bénédictins de Redon (476 000 francs) et diverses fabriques.

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