‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 72 sur 221 · Arch. dép., 1 Q · texte numérisé non relu

Arch. dép., 1 Q

Dans un travail très documenté M. Guillou a étudié la vente des biens du clergé et des émigrés dans la seule ville de Rennes. Il évalue à la moitié du territoire de Rennes la superficie occupée par les biens du clergé avant la Révolution": 60 établissements ecclésiastiques y possédaient des immeubles, 32 pour le clergé séculier et 28 pour le clergé régulier : les biens fonciers de ce dernier étaient beaucoup plus considérables et atteignirent des prix de vente beaucoup plus élevés, notamment ceux des congrégations suivantes : Bénédictins (237798 francs), des Grands Carmes (822 503 francs), des Cordeliers (188178 francs), des Jacobins (324095 francs), des Minimes (160003 francs), des Carmélites (1756445 francs), des Religieuses de l’abbaye de Saint-Georges (221 307 francs), des Religieuses de la Visitation (245 335 trancs). En ajoutant à la vente de ces biens ecclésiastiques, le produit de la vente des biens de 2° origine (émigrés ou condamnés), on atteint un total de 15 millions de francs pour la ville de Rennes, avec 416 acquéreurs. Il faut y Joindre au moins b millions pour les diverses ventes dans les autres localités d’Ille-et-Vilaine que nous signalions précédemment.

Pour elfrayer tous ces acquéreurs on répandait les bruits les plus inquiétants : les émigrés, disait-on, rentraient sans obstacle et le gouvernement était décidé à les rétablir dans leurs anciennes propriétés. Borie fut même informé que certains acquéreurs plus timorés et trop crédules avaient proposé à d'anciens chefs de chouans d'entrer en pourparlers avec eux pour la restitution de leurs domaines d'autrefois. Le préfet ordonna aussitôt de surveiller d’une façon très sévère tout le littoral aux environs de Saint-Malo pour faire arrêter tout émigré non soumis qui voudrait débarquer sur le territoire du département. Il fit envoyer des troupes dans toutes les communes où étaient arrivés depuis peu des individus inconnus, et dans lesquelles les acquéreurs de biens nationaux manifestaient la plus vive inquiétude” ; enfin 1l donna une grande publicité à certaines parties d'une circulaire du ministre de la police Fouché: « Pour qui pourrait jamais être douteuse l'obligation de la République française, à déployer tout ce qu'elle a de puissance pour garantir et protéger ces domaines nationaux par lesquels elle existe elle-même ? Que chaque acquéreur de ces propriétés, au milieu de ses sillons, se voie toujours environné de la République tout entière*! » Pour ces

1. À. Guillou. La vente des biens du clergé et des émigrés à Rennes pendant la Révolution. Annales de Bretagne, novembre 1910, tome XX VI, r.

2. Arch. dép., 8M 13. Borie à Fouché, 17 messidor an VIII (6 juillet 1800).

3. Arch. dép., ibid. Fouché à Borie, 24 thermidor (12 août 1800).

diverses mesures le préfet se concertait avec le nouveau commandant en chef de l’armée de l'Ouest. Bonaparte venait, en effet, de rappeler Brune pour exercer un commandement à l'armée de réserve qui se réunissait à Dijon et le 28 germinal (18 avril 1800) il remplaça Brune dans l'Ouest par le général Bernadotte, conseiller d'État. A la suite de départs successifs pour les frontières de l'Est, l'effectif de l’armée de Bretagne était réduit à 16000 hommes environ, bien qu'elle eût plus de 1 000 kilomètres de côtes à surveiller et au besoin à défendre”. Lorsque Bernadotte établit son quartier général à Rennes, le 18 floréal (8 mai) il n’y avait plus dans l’Ille-et-Vilaine que 2 718 hommes de troupes de ligne avec quelques compagnies auxiliaires, c'est-à-dire 3000 hommes au plus, au lieu des 8000 disponibles au mois de février précédent. Ces troupes étaient réparüies de la manière suivante :

Infanterie : À Rennes, 2° bataillon de la 30° légère. . . 631 Rene = — bataillon de grenadiers de la 59° de or. 390 — = À Saint-Malo, Cancale, Châteauneuf, 1°" Doll

CALE MAÉ PAU INR CO US OMS:

== À Saint-Servan, 2° Aatillon. Mr OO

== 4 compagnies RE es à Rennes, Vitré, LA Cr ne QT 2

Cavalerie : À Rennes, détachement du 19° ee NU Nr DOS

= À Vitré, dé te du 14° dragons. . . L 77 — Artillerie: A Hs 4°, 9°, 13° compagnies di ne Péoiment à

Be ae DEA Te DORE

— == 8° compagnie du 2° de à pied. : 59 —

—— — r'e et 3° compagnies du 5° régiment. . tn 2

= === 11° compagnie d'ouvriers lee : DR

— À Saint-Malo, 20° compagnie du 8° régiment. . . 7 —

23 = 9° compagnie du {4° régiment. . . . To —

Les avis rassurants du préfet fortifiés par les promesses du gouvernement n'étaient pas inutiles, car dans les campagnes et parfois même sur les routes principales la sécurité n'était pas encore bien rétablie. Les grands moyens militaires employés simultanément dans tous les cantons où les chouans se montraient en force avaient amené la soumission de la plupart des chefs. La remise des armes continuait toujours. Au 15 prairial (4 juin 1800) le désarmement avait déjà fourni 2400 fusils, dont 1500 de munition, 300 de chasse, 600 de fabrication anglaise, dont plus des deux tiers en très

1. Arch. nat, AFIv OI. | >. Arch. historiques de la guerre. Bernadotte au ministre de la Guerre, 25 floréal (15

mai 1800). | 3. État de situation au 1er thermidor an VIII (20 juillet 1800). Arch. nat., AF rv 1590.

bon état’. L'insurrection se réduisait à des brigandages partiels mais. qui ne laissaient pas d’être encore dangereux. Aussi le préfet malgré ses instances auprès des ministres ne put obtenir la levée de l’état de siège qui génait beaucoup l'exercice de l’autorité civile. A Paris on craignait toujours d'apprendre quelque débarquement des Anglais à Saint-Malo. Fouché, par des lettres fréquentes, ne cessait de recommander à Borie la plus extrême vigilance. Les entreprises théâtrales mêmes étaient surveillées de près et le ministre envoyait la liste des pièces qui seules pouvaient être jouées en public. Une représentation d’Afhalie fut interdite à Saint-Malo”. La seule concession que Borie put obtenir fut la rentrée du département sous le régime constitutionnel à partir du 4 floréal (24 avril r800)°.

IIT. — Peu à peu les divers collaborateurs de Borie avaient été nommés et étaient venus prendre possession de leurs nouveaux postes. Le 17 germinal (7 avril) sur la proposition de Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, le premier Consul désignait les conseillers de préfecture et les sous-préfets d'Ille-et-Vilaine*. Mais le personnel administratif relevant du ministère de l'Intérieur ne fut complet que le 22 floréal (12 mai) par l'installation du secrétaire général Claude Even qui rendit de réels services à Borie et mourut prématurément. Il fut remplacé le 13 floréal an X (3 mai 1802) par Routhier qui remplit les mêmes fonctions pendant l'Empire. Il y eut cinq conseillers de préfecture: Le Boucher aîné, Alexis Legraverend, Duplessis de Grenedan, Le Coz et Bertin. Ces choix étaient heureux car les Uitulaires des nouvelles fonctions étaient tous des hommes de grande honorabilité, connus par les services rendus avant 1789 et durant la Révolution. L'installation du Conseil de préfecture eut lieu le 2 floréal (22 avril)”.

Le plus âgé des conseillers, François Le Boucher, de Rennes, avait 65 ans. Longtemps négociant dans la ville il fut consul en 1780 et désigné ensuite pour le poste de commissaire civil de nos établissements de la mer des Indes. Il était revenu de cette mission en 1796.

Duplessis, éomte de Grenedan, âgé de 33 ans, était avant la Révolution, malgré son jeune âge, conseiller au Parlement de Bre-

1. Bibl. nat., manuscrits fonds français, 11 361. Rapports de police, 18 prairial. Arch. dép., 8 M 20. Borie au sous-préfet de Saint-Malo, 13 floréal (3 mai 1800). Bulletin des Lois, III, 20.

h. Arch. nat., AFrvorr,le registre de nomination aux Arch. dép., 1 M 13 porte parerreur le 28 germinal.

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