‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 73 sur 221 · Arch. nat., FIB 1x, Ille-et-Vilaine · texte numérisé non relu

Arch. nat., FIB 1x, Ille-et-Vilaine

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tagne. Il se signala dès 1788 par son adhésion aux idées nouvelles, devint maire de Rennes le 10 décembre 1792. Dans ce poste difficile il protégea beaucoup de suspects durant la Terreur'. Dénoncé au Comité de Salut Public, sa tête fut mise à prix par Carrier, mais il réussit à se dérober aux recherches. C'était un des amis de Borie. Plus tard il devint conseiller à la Cour Impériale de Rennes le 14 avril 1811, et député d'Ille-et-Vilaine durant la Restauration (1810-1830).

Le Coz, ancien avocat, avait fait partie de l'administration centrale d'Ille-et-Vilaine. Alexis Legraverend, dont nous avons vu le rôle actif dans la dernière période critique du Directoire, présidait le département lorsqu'il fut appelé au Conseil de préfecture. Jean Bertin, âgé de 50 ans, était avocat au Parlement et procureur de la baronnie de Chäteaugiron, lorsqu'il présida, le 31 mars 1789, l’assemblée électorale de cette commune *. Il fut ensuite membre du Directoire du département, puis président. Il fut envoyé à la barre de l’Assemblée législative en 1792 pour demander une nouvelle loi contre les prêtres insrementés; sous la Terreur considéré comme suspect il fut longtemps incarcéré ; rendu à la liberté, il fit partie du Jury d'instruction pour l’organisation de l'École centrale et s’occupa beaucoup d’agriculture, car 1l était membre fondateur de la Société d'agriculture et des arts de Rennes et publia un essai sur la culture du châtaignier. Bientôt en 1801 il devait être appelé au Corps Législatif, mais sa santé avait été ruinée par une longue captivité et 1l mourut en 1803 *.

Borie se trouvait donc appelé à présider un Conseil de préfecture composé d'hommes distingués qui partageaient ses idées politiques et dont plusieurs lui étaient unis par les liens d’une ancienne amitié. Grâce à sa connaissance des diverses personnalités du département 1l avait pu diriger également les choix du premier Consul pour la désignation des nouveaux sous-préfets. Boullet fut nommé souspréfet de Saint-Malo. Né à Plévenon, près de Dinan, en 1755, 1l n'avait point quitté la région. Il était en 1789 notaire et procureur fiscal à Châteauneuf; 1l figure dans l'assemblée électorale de Châteauneuf, le 1° avril 1789, comme adjoint au président Jean-Jacques Michel de la Morvonnais ‘. Lors dela première formation des municipalités il devint procureur de la commune de Châteauneuf en 1790,

Saulnier. Le Parlement de Bretagne, 1, 505. Lesort, 1, 545.

Kerviler. Bio-bibliographie bretonne, II, 03. Lesort, III, p. 123.

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puis en 1791 procureur syndic du district de Saint-Malo. En 1793 il fut destitué par le terrible conventionnel en mission Le Carpentier, comme fédéraliste et girondin, et envoyé au tribunal révolutionnaire de Paris ; le 9 thermidor le sauva. Il fut rétabli dans ses fonctions en 1795. Les députés d'Ille-et-Vilaine, Bodinier et Rallier, l'avaient recommandé à Lucien Bonaparte pour un poste de sous-préfet". La désignation fut heureuse car il avait eu le temps de bien connaître l'arrondissement.

Les sous-préfets de Fougères, Montfort et Vitré étaient dans les mêmes conditions pour leurs arrondissements respectifs. Celui de Fougères, Baron (43 ans, né en 1797), avocat avant la Révolution, avait été nommé secrétaire de l'administration municipale de Fougères, puis commissaire du Directoire auprès d'elle. Celui de Vitré, Thomas de la Plesse, était né dans cette même ville en 1749 (51 ans). Il fut maire de Vitré durant la période de la Constituante, car ses idées modérées le rattachaient au Club des Feuillants. 11 resta souspréfet durant tout le premier empire. Il obtint en 1810 la croix de la Légion d'honneur. Ses opinions étaient très opportunistes. «C’est un brave homme », disait de lui le préfet Bonnaire.

Le sous-préfet de Montfort, Maudet, était le doyen d'âge des nouveaux sous-préfets du département (56 ans). D'abord notaire à Montfort, 1l était devenu président du district, puis juge de paix du canton d’'Iffendic. La sous-préfecture de Redon fut donnée à Baymé qui n’avait que 39: ans (né à Rennes en 1761).1 Nous avons déjà vu son rôle actif, lorsqu'il était commissaire près l'administration centrale ; en l’appelant à figurer parmi les collaborateurs du préfet le gouvernement consulaire lui témoignait une juste reconnaissance de son courage et de son attachement aux principes républicains.

Les sous-préfectures furent donc organisées assez rapidement et sans trop de difficultés durant le mois de mai 1800. Les nouveaux fonctionnaires étaient très désireux de contribuer au bien public en suivant les avis d’un préfet qu'ils savaient apprécier. Leur tâche était délicate : ils allaient rencontrer de sérieux obstacles au moment de l’organisation des municipalités.

IV. — Les habitants des campagnes souhaitaient presque tous le maintien de la tranquillité, mais beaucoup d’entre eux restaient inquiets et défiants et n’aidaient nullement à la répression des derniers

1. Lettre du 27 pluviôse. Arch. nat., F1B 1. Ille-et-Vilaine, 2. Boullet mourut le 10: janvier 1813 d’une fièvre maligne. Il fut remplacé par Dupetit-Thouars.

brigandages. Les grandes crises à peine calmées amènent toujours à leur suite ces lendemains de lassitude. Dans la plupart des communes tout était soumis à l'influence des prêtres insermentés, rentrés peu à peu par suite des mesures de tolérance du général Brune. Le gouvernement consulaire voulantles ménager avait promulgué l'arrêté du 7 nivôse (28 décembre 1799"). Tous les édifices religieux qui n'avaient pas été aliénés pendant la Révolution devaient de nouveau servir à la célébration du culte. C'était un premier pas vers le rétablissement des anciens usages. Aussitôt les offices du dimanche reparurent. Les consuls par un reste de déférence à l’égard du nouveau calendrier et des cérémonies républicaines, décrètent que les édifices religieux rendus au culte catholique et qui servaient auparavant aux fêtes du decadi, continueraient de servir en même temps à leur célébration et à celle des cérémonies religieuses”. La mise en pratique de ce bizarre compromis était impossible, surtout dans les contrées de l'Ouest ; les prêtres ,une fois rentrés dans leurs églises, ne pouvaient y tolérer à certains jours la célébration de ces fêtes toutes laïques, contre lesquelles ils n'avaient cessé de lutter les années précédentes. Ils voulurent naturellement y demeurer les maîtres sans partage et réclamèrent l'application pleine et entière de l'arrêté de nivôse. [ls empêchèrent de tout leur pouvoir la célébration des cérémonies décadaires et demandèrent le rétablissement des sonneries de cloches. Les habitants des campagnes les soutenaient d’une façon presque unanime et recommençaient à tenir les foires de leurs communes d’après l’ancien calendrier, aux jours consacrés par des usages souvent séculaires *. Borie était tout disposé à faire les concessions nécessaires qui lui paraissaient du reste de faible importance. &A l’époque du renouvellement précipité d’une grande machine, écrivait-il au sous-préfet de Fougères, on tâche de bien soigner les pièces principales et on néglige les accessoires sans inconvénient majeur *. » Il était tout à fait dans son caractère de conduire les esprits à la soumission par la persuasion et la douceur ; mais il lui fallait compter avec les ordres venus de Paris : le premier consul n’entendait pas laisser aux préfets leur libre initiative. Il tenait à faire d’eux des agents dont la soumission serait complète vis-à-vis du pouvoir central. Le ministre de l'Intérieur, Lucien Bonaparte, écrivait à

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