LA CONSCRIPTION EN L'AN VIII ET EN LAN IX
On accepta les hommes de bonne volonté qui ne se dérobèrent pas à l’accomplissement de leurs devoirs de citoyens ; quant aux autres, réfractaires incorrigibles, ils ne furent pas inquiétés, malgré les menaces que l'autorité militaire leur adressait parfois. A la fin de l’an IX Borie avait la satisfaction d'annoncer aux sous-prélets que par décision du ministre de la Guerre, Berthier, il était interdit de rechercher et de poursuivre les conscrits réfractaires d'’Ille-et-Vilaine antérieurs à l’an IX”. C'était le triomphe de l'administration prudente et bien avisée du préfet.
IT. — La persistance de l’état de siège créait à Borie une situation délicate et lui suscitait parfois de sérieux embarras ?. Il y eut souvent des conflits de juridiction entre les autorités militaires et les nouveaux administrateurs civils qu’on plaçait à côté des généraux et des commandants de place. Les autorités militaires avaient rendu de réels services ; sans elles l’œuvre de la pacification aurait élé impossible et elles préparèrent utilement la voie aux mesures de Borie ; mais nous avons montré aussi combien leurs exigences étaient grandes et leurs prétentions exagérées. Les généraux voulaient être maitres absolus dans un pays en état de siège, et ils placèrent partout des représentants directs de leur autorité, choisis le plus souvent parmi les officiers de la garde nationale. Lorsque Borie entra en fonctions, 1l n'y avait pas une commune rurale de quelque importance qui n’eût son commandant militaire, et depuis le général en chef, Bernadotte, jusqu’à ces modestes officiers la même prétention s’affirmait très nette de tout commander et de se faire rendre compte de l’admimistration tout entière. Pour donner des troupes à tous ces chefs on avait mis en activité les gardes nationales des campagnes qu'on obligeait à un service continu. Les soldats maugréaient contre ces exigences du service, mais devenaient aussi autoritaires que leurs chefs et non moins gênants pour l'autorité civile *. Le préfet voyait bien les dangers de cette domination militaire que le gouvernement l’obligeait d'accepter, mais il montra beaucoup de tact'en recommandant à ses subordonnés l'entente parfaite avec les autorités militaires.
Il insiste sur les services rendus qui doivent faire excuser quel-
1. Arch. dép., 7 R 30. 3e complémentaire, an IX (20 septembre 1801).
2. La plupart des villes, mises en état de siège, n'avaient cessé de protester, notamment Châteaugiron (délibération du Conseil municipal, 7 novembre 1799). Garnier. Notice sur ClâteauJiron, p. 177. |
3. Arch. dép., 1 R 2. Borie à Carnot, le 21 vendémiaire an IX (13 octobre 1800).
ques abus de pouvoir de la part de ces généraux qu'il appelle « amis de l'humanité ». « Le maintien de la paix intérieure, écrit-1l aux sous-préfets, sera le fait de votre concert avec les chefs militaires, dont la conduite prudente et ferme a mérité l’estime et la reconnaissance de vos concitoyens. » Le préfet était d’ailleurs soutenu par le nouveau ministre de la Guerre, Carnot, qui avait remplacé le 12 germinal (2 avril 1800) Berthier appelé au commandement de l’armée de réserve *. Carnot dans une lettre au général La Barolière se plaint de la mésintelligence qui règne trop souvent entre les autorités civiles et militaires ; 1l réclame la bonne entente et déclare que tous les officiers doivent le respect au pouvoir civil°. Malgré les avis du ministre, l'accord parfait était impossible et des conflits ne pouvaient manquer de se produire. Souvent les maires s’entendirent fort mal avec les commandants de place qui voulaient s’immiscer à tout moment dans la police de leur commune, et sans en être requis prendre une part active à l'administration civile. Des réclamations fréquentes arrivaient à la préfecture. Borie prit alors une attitude très énergique. Il avait beaucoup de peine à former les municipalités nouvelles et1l lui déplaisait fort d'apprendre le mécontentement de ces maires qui souvent n'avaient accepté leurs fonctions qu'après une longue insistance de sa part. Il écrivit aux généraux qui représentaient à Rennes Bernadotte, le divisionnaire La Barolhère et le brigadier Beyssac, pour affirmer les droits effectifs des maires et les prier de rappeler à tous les commandants militaires les égards légitimes qu'ils devaient aux municipalités. « Il est essentiel, écrit-il, que les premières autorités municipales soient organisées ; ces fonctions pémibles et gratuites méritent des encouragements et vous sentirez combien 1l serait funeste à l'intérêt public que des commandants de garde nationale puissent s’attribuer une prééminence et des droits qu'ils n'ont pas. »
Toutes ces précautions de Borie ne pouvaient empêcher les conflits d’attributions qui amenèrent un événement des plus regrettables,
l'affaire du Mont Dol.
IIT. — Les rassemblements armés devenaient de plus en plus rares dans l’Ille-et-Vilaine: les arrondissements les plus troublés, ceux de Vitré et de Fougères, étaient peu à peu débarrassés des
Arch. dép., 9 M 82. 7 floréal an VIII (27 avril 1800).
Arch. nat., AF1v or.
. Arch. historiques de la guerre, lettre du 9 prairial (29 mai).
Arch. dép., 9 M 82. Borie à Beyssac, le 16 messidor (5 juillet 1800).