‹ Le Régime Consulaire en BretagneChapitre 79 sur 221 · LA CONSCRIPTION EN L’AN VIII ET EN L'AN IX · texte numérisé non relu

LA CONSCRIPTION EN L’AN VIII ET EN L'AN IX

bandes de chouans qui en avaient rendu pendant les années précédentes la situation si pénible. L'une de celles qui avaient le mieux réussi à se maintenir par la terreur, la bande des frères Bobon, put encore se signaler par un guet-apens. Elle attira le commandant de place de Fougères, le chef de bataillon Vernier, à une entrevue dans les environs de la ville sur le territoire de la petite commune, La Chapelle-Janson, égorgea les quelques hommes qui lui faisaient escorte et ne le rendit à la liberté qu'après la remise d’une rançon de 10000 francs”. Ce fut d’ailleurs son dernier exploit, car le 5 prairial (25 mai 1800) un détachement de troupes venu d’Antrain rencontra une parte de la bande à Saint-Etienne-en-Coglès : le fameux chef de chouans André Bobon fut tué: le 13 prairial (2 juin) nouveau combat à Luitré, où Michel-Jacques Bobon, ancien volontaire de la 13° demi-brigade légère et déserteur, trouva la mort. Les bulletins de police générale annoncent avec une satisfaction non déguisée la fin « de ces brigands aussi rusés et méfiants que redoutés* ». L’activité du lieutenant de gendarmerie Durocher, en résidence à Vitré, avait beaucoup contribué à ce résultat. Aussi le préfet en annonçant aux consuls la destruction de la bande des Bobons put demander le brevet de capitaine pour cet officier énergique et distingué *.

La disparition de la bande des Bobons paraissait de bon augure pour le retour de la complète tranquillité ; mais on apprit bientôt que certains fugitifs des environs de Vitré unis à d’autres rebelles de l'arrondissement de Saint-Malo parcouraient les campagnes de Dol. Plusieurs assassinats furent commis dans les petites communes de La Fresnaye, le Vivier, Hirel, Cherrueix. Une nuit la maison du maire de Hirel fut menacée, mais on dispersa les assaillants à coups de fusil‘. La terreur fut grande dans les campagnes riveraines de la baie du Mont Saint-Michel, dans un pays alors si favorable aux embuscades: les défilés nombreux des marais de Dol offraient de faciles retraites et le jour les brigands disparaissaient cachés dans les blés ou les roseaux. L'été de 1800 était vraiment torride et la chaleur accablante de thermidor (juillet) dans cette région dénudée,

1. Arch. nat., F7 9726. Lettres de Borie à Fouché, du 8 au 15 floréal.

2, Bibl. nat., manuscrits français 11 361, feuillets 93 et 103. M. Delarue dans son intéressant ouvrage : le Clergé pendant la Révolution dans le district de Dol, donne des détails sur la famille des Bobon qui habitait avant la Révolution la commune de Tremblay. T. Ier, p. 797. La plupart des pièces relatives aux frères Bobon se trouvent Arch. dép., 8 M3.

3. Le lieutenant Durocher fut promu capitaine peu de temps après. Nous le retrouvons avec ce grade en 1813.

4. Arch. dép., 8 M 3. Lettre de Boullet à Boric, 22 juillet 1800.

sans abri forestier, rendait toute poursuite rapide fort difficile‘. Borie averti fut très ému : allait-on voir se reformer près de Dol une des grandes bandes de la chouannerie ? II mande à Boullet « d'avoir les brigands morts ou vifs, de ne pas souffrir que ces coquins forment un noyau, qu’il a pleine confiance dans son zèle et dans ses efforts”. » Le sous-préfet agit, en effet, rapidement et de concert avec le général Paradis, commandant à Saint-Malo, 1l fit envoyer à Dol plusieurs détachements de soldats et gendarmes qui avaient quitté leurs uniformes pour prendre des habits de paysan et devaient visiter tous les endroits que l’on soupçonnait pouvoir servir de retraites aux brigands. L'idée était bonne, mais les moyens d’exécution laissèrent beaucoup à désirer. Les deux autorités civile et militaire s’en remirent l’une à l’autre du soin de prévenir au sujet des nouvelles mesures les municipalités intéressées. Le seul maire de Dol, Villalard, fut avisé directement par le sous-préfet de la présence des soldats déguisés, mais les chefs des détachements militaires ne se mirent nullement en rapport avec les maires des diverses communes pour prendre les meilleures mesures de police. Ils agirent pour leur compte. Ce défaut d'entente préalable ne donna que de mauvais résultats pour l'arrestation des chouans poursuivis et amena la déplorable méprise du Mont Dol.

À une lieue au nord de Dol s'élève une éminence granitique de 60 mètres environ, le Mont Dol, portant sur sa pente occidentale un très ancien village; en 1800 il était difficile d'accès entouré par les marais aujourd’hui desséchés. Le lieutenant de gendarmerie de Saint-Servan, Dhénin, y vit une retraite facile pour les brigands qu'on recherchait et sans aviser le maire de cette petite commune, Provost, il y envoya un détachement le 6 thermidor au soir (25 juillet). Cette imprudence devait coûter cher. La vue des soldats déguisés fit croire au maire, déjà surexcité et inquiet par toutes les rumeurs de la région, à la présence de ces chouans dont tout le monde parlait: il fuit dans sa maison ; de leur côté les soldats soupçonnent un brigand et désireux de faire quelque capture ils envahissent la demeure. Provost revient avec plusieurs habitants, cerne les prétendus brigands et comme il les voit disposés à résister, fait tirer sur eux; la décharge en tue plusieurs; d'autres sont gravement blessés. Alors seulement la méprise est reconnue.

1. Arch. dép., 22 M 3. Borie au ministre de l'Intérieur, 19 thermidor. Il se plaint de l’excessive chaleur.

2. Arch. dép., 8 M 3. Lettre du 4 thermidor an VIII (23 juillet 1800).

Page 1