PRELIMINAIRES
Aperçu de lŒuvre Routière Française
Il n’est pas besoin d’une longue réflexion pour reconnaître la grandeur de l’œuvre routière accomplie sur notre sol pendant les siècles de noire histoire et dont nous nous trouvons les heureux bénéficiaires.
Il suffit de penser à la somme d’efforts et d’intelligence qu'il a fallu déployer pour édifier cette multitude de chemins Carrossables qui, traversant de larges marais ou des torrents profonds, enserrant de leurs lacis des pics escarpés, mettent en communication facile les plus petits villages et jusqu'aux moindres hameaux.
Et de quel doigté et de quelle persévérance les autorités successives de notre Pays ont-elles dû faire preuve pour établir et inculquer dans les usages un régime de circulation apportant l’ordre et la discipline sur ce domaine où les éléments les plus étrangers de notre population se rencontrent tous les jours.
L’honneur de cette œuvre revient tout d’abord au peuple romain, éminemment méthodique, qui en fut le promoteur et qui sut créer de toutes pièces ces voies tentaculaires, malheureusement détruites aux époques barbares, dont nous admirons encore, dans les ruines, la conception hardie et la solidité massive.
Mais c’est surtout à la compétence réelle et à l'impulsion particulièrement agissante de notre Corps des Ponts et Chaussées que nous sommes redevables du magnifique réseau, envié des autres Nations, qui fit, jusqu’à notre époque, la fierté de notre Pays.
Cette œuvre, vraiment imposante, la présente étude nous la fera suivre dans son histoire.
Le sujet sera d’autant plus intéressant que les routes restent les témoins les plus vivants des civilisations passées.
Elle subsiste toujours, sous ses transformations successives, cette grande artère commerciale de la Méditerranée à la Mer du Nord, par Lyon, Reims ou Strasbourg, qu’avaient déjà connue les colporteurs d’ambre de la Baltique au temps de la préhistoire. Elle est également demeurée, cette voie importante d’Espagne en Italie, par le mont Genèvre, foulée par Annibal, puis plus tard par les légions romaines, les cohortes des Croisés, les arquebusiers de Charles VIII, les grenadiers de Bonaparte et, plus récemment, par les Bleus horizon de la Grande Guerre. Et combien d’autres encore, d'origines aussi reculées, ont assisté, impassibles, à de non moins hauts faits de notre histoire. Les monuments publics s’effritent sous les intempéries des siècles. Les routes, elles, subsistent et continuent, au travers des temps, à remplir leur mission, qui est de conduire les uns vers les autres les hommes, que ce soit pour quelque nécessité de la vie, pour quelque but mystique, pour la guerre Ou pour la paix.
On a très justement dit qu’elles étaient (l’âme de la Nation ».