Chapitre IL
Naissance de la presse politique.
Ainsi qu'on a pu le voir dans les pages précédentes, à l'époque de la révolution l'idée de la liberté de la presse avait pénétré profondément dans la plupart des consciences, et l'opinion publique s'était déclarée en sa faveur. Or, pendant qu'on faisait, ouvertement ou en secret, de la propagande pour la liberté de la presse, une puissance naissait, qui allait tout d'abord servir à en plaider la cause, à renforcer les opinions nouvelles et à nourrir l'enthousiasme. Cette puissance était la presse politique.
Réprimée sous l'action coercitive de l'ancien régime, la presse politique était cependant.depuis longtemps, en lutte contre la censure, et elle avait attendu impatiemment l'occasion de rejeter ses entraves. Lorsque le vieil édifice social commença à branler, quand les idées de liberté furent proclamées à voix haute sur tous les domaines, alors la presse politique se fit jour, avec une telle force qu'aucune résistance sérieuse ne fut possible.
Le pamphlet avait fait son temps, son œuvre était achevée. Les idées nouvelles exigeaient une forme plus développée, qui les répandît avec plus de rapidité et qui plaidât leurs intérêts plus hautement. Le pamphlet ne s'était adressé qu'à une partie du public, le journal politique libre parlait à tout le monde, et, ce qui était plus important encore, il parlait de tout. La censure ne put pas lui résister, elle succomba après une courte agonie.
La gloire d'avoir dirigé le mouvement qui avait pour but d'affranchir la presse, revient à deux hommes célèbres déjà antérieurement comme champions de la liberté — Brissot et Mirabeau. C'est surtout grâce à leurs mérites que la liberté de la presse fut acquise. La censure ne fut abolie ni par une volonté impérieuse ni par une législation spéciale, on peut dire
qu'elle fut détruite au fort de la lutte, et qu'ainsi la liberté de la presse fut un droit conquis.
Brissot publia déjà le 16 mars 1789 le premier prospectus de son journal, le Patriote français, journal libre, impartial et social par une société de citoyens, avec l'épigraphe suivante, empruntée de l'anglais: „Une gazette libre est une sentinelle qui veille sans cesse pour le peuple (Dr Jebb)" ^). Dans ce prospectus il met en évidence l'incroyable utilité qu'avait le journal politique libre en général et qu'il pourrait avoir aussi en France:
Ce serait insulter à la Nation Française que de lui démontrer longuement l'utilité et la nécessité de ce journal dans les circonstances actuelles. Elle touche au moment d'obtenir une constitution qui doit assurer à jamais sa liberté; cette constitution ne peut être que le fruit de l'harmonie entre tous les membres de l'Etat, et cette harmonie ne peut exister que par l'instruction universelle.
La foule de brochures qui ont paru depuis la naissance de cette révolution a commencé cette instruction; mais ces brochures ne peuvent être lues par tous, mais il est un choix à faire et ce choix est impossible sans les lire, et pour les lire il faut les acheter; mais l'achat en est dispendieux, et peu de gens en ont les moyens; mais enfin sur chaque question les brochures se multiplieront et peut-être, quoique soutenue par un vif intérêt, l'attention se fatiguera: il faut donc trouver un autre moyen pour instruire tous les Français, sans cesse, h peu de frais, et sous une forme qui ne les fatigue pas. Ce moyen est un Journal Politique ou une Gazette. C'est l'unique moyen d'instruction pour une Nation nombreuse, gênée dans ses facultés, peu accoutumée à lire, et qui cherche à sortir de l'ignorance et de l'esclavage.
1) Dans sa Bibliographie p. 142. en rectifiant le renseignement donné par les catalogues Deschiens et Labedoyère, qui ne connaissent aucun prospectus avant le 28 juillet, Hatin rapporte que le premier prospectus du Patriote français parut le 1er avril 1789, et que la publication effective du journal y était promise pour le 10 avril. Le prospectus trouvé par Hatin, n'est néanmoins pas le premier, car celui qui précède la collection de la Bibliothèque nationale est daté du 16 mars 1789 et annonce la publication prochaine du journal en ces mots: „Ce journal paraîtra dans le commencement d'avril prochain". M. lourneux (Bibliographie II, n:o 10196) date aussi la naissance du Patriote français de ce jour.
Sans les Gazettes, la révolution de l'Amérique, à laquelle la France a pris une part si glorieuse, ne se serait jamais faite. — — —
Ce sont les Gazettes qui ont tiré l'Irlande de la langueur et de l'abjection où la tenait le Parlement Anglais; ce sont les Gazettes qui conservent le peu de liberté politique qui reste en Angleterre. Une Gazette, disait le D. Jebb, est une sentinelle qui veille sans cesse pour le peuple.
Mais c'est d'une Gazette libre, indépendante, que le D. Jebb parlait ainsi; car celles qui sont soumises à une censure quelconque, portent avec elles un sceau de réprobation. L'autorité qui les domine en écarte, ou (ce qui revient au même) est supposée en écarter les faits et les réflexions qui pourraient éclairer la Nation: elle est soupçonnée d'en commander les éloges et les satyres. Eh! Jusqu'à quel point cette prostitution des Gazettes censurées n'a-t-elle pas été portée dans ces derniers temps! N'ontelles pas été tour-à tour et pour les mêmes personnes, l'organe de l'adulation et de la calomnie? — — — — — — — — — — — — — — — —
Plus éclairée aujourd'hui, et surtout plus irréprochable, l'autorité n'arrêtera plus, ne commandera plus la pensée. L'homme de génie, le bon citoyen peuvent donc développer leurs idées, et c'est dans cet heureux ordre de choses que nous nous proposons de publier un Journal politique, national, libre, indépendant de la censure et de toute espèce d'influence.
La confiance de Brissot dans le jugement éclairé du gouvernement était prématurée. Son prospectus fut saisi et le journal même empêché de paraître. M. Maissémy, directeur général de la librairie, fut m.ême si indigné de ce prospectus, qui lui semblait, comme il le dit lui-même, „au dernier degré de l'audace enhardie par l'impunité", qu'il invita, dans une circulaire du 15 avril, non seulement les officiers de la chambre syndicale de Paris et tous les inspecteurs de la librairie du royaume à en empêcher la circulation, mais demanda encore le concours du lieutenant de police, „car, dit-il, „ce concours entre nos deux administrations est d'autant plus „ nécessaire que vraisemblablement on tentera d'imprimer cet «ouvrage périodique avec des presses placées dans des maisons «particulières" ^).
Moins de deux mois plus tard, le ô mai, Brissot publia néanmoins courageusement le premier numéro de sa feuille.
1) Cf. Tourneux: Bibliographie II, n:o 10196 et Tuetey: Répertoire général II, n:o 2882.
Mais l'arrêt rendu le jour même par le Conseil d'Etat ^) en empêcha la continuation, et occupé des grandes affaires qui absorbaient alors tous les esprits, il ne commença la publication définitive du Patriote français que le 28 juillet. La prise de la Bastille avait dès lors aplani les derniers obstacles qui s'élevaient contre la liberté de la presse et finalement Brissot put dire à juste titre: „La liberté de la presse nous est enfin „ rendue, rien ne doit donc plus arrêter la libre circulation de ce journal".
Ce fut le 2 mai que Mirabeau fit circuler le premier numéro de son journal. Etats généraux, avec l'épigraphe suivante: „novus nascitur ordo" 2). De même que le Patriote français, la feuille de Mirabeau parut sans privilège et sans être soumis à la censure préalable; comme lui, les Etats généraux firent une sensation énorme, d'un côté ce furent des transports de joie et d'enthousiasme, de l'autre côté du dépit et de l'effroi. Ni l'un ni l'autre de ces journaux n'était destiné à être quotidien, celui de Brissot devait paraître deux fois par semaine ^), celui de Mirabeau trois fois.
Mirabeau expose dans son prospectus l'utilité et l'importance des journaux „pour les nations déjà constituées, pour les „ peuples libres, et, à plus forte raison, pour ceux qui aspirent „à l'être". „ Plusieurs bons citoyens, dit-il, au nombre desquels „il en est qui auront l'honneur de siéger parmi les représen- „tants de la nation, pénétrés de cette vérité, ont résolu de „faire paraître une feuille qui pût être à la fois, et le compte- „rendu de ceux-ci à leurs commettants, et un nouveau tribut „de zèle et de civisme que les premiers apportent en France. „ Constitution, Patrie, Liheréé, Vérité, voilà nos dieux".
1) Voyez p. 79.
2) Tourneux: Bibliographie II, n:o 10203. Mirabeau avait publié sous l'ancien régime un journal qui avait pour titre Analyse des papiers anglais, 1787 — 1788, 102 n. in-8''. Ce journal qui, par un singulier privilège, avait obtenu la permission de paraître sans censure préalable, traitait de la politique extérieure et Brissot y envoya aussi des articles où était discutée surtout la question de la traite des noirs. {Hatin: Bibliographie p. 66).
3) Le journal de Brissot parut plus tard tous les jours.
Déjà le 5 mai le premier numéro fut suivi d'un second. Le fonds de celui-ci ne contenait rien d'inquiétant pour la société ou de blessant pour le gouvernement, mais le ton y était différent de celui des journaux qu'on avait lus jusque là, et seulement cette circonstance qu'il était rédigé par Mirabeau, dont tout le monde connaissait la désinvolture, suffisait avec le fait, qu'il paraissait sans autorisation préalable, pour attirer l'attention du gouvernement et l'inquiéter au point de le décider à empêcher la publication de cette feuille, aussi bien que d'autres journaux du même ton et de la même attitude. Le 6 mai le Conseil d'Etat rendit un arrêt oij le Roi, „ étant informé qu'on distribue dans le public plusieurs prospectus d'ouvrages périodiques pour lesquels il n'a été accordé aucunes permissions", ordonnait très catégoriquement que les règlements existants pour la librairie fussent exécutés, jusqu'à ce que les Etats généraux eussent donné une loi précise sur les restrictions qu'il fallait imposer à la liberté de la presse, et où il défendait aussi énergiquement à tous imprimeurs, libraires ou autres d'imprimer, de publier ou de distribuer aucun prospectus, journal ou autre feuille périodique, sous quelque dénomination que ce fût, à moins qu'ils n'en eussent obtenu une permission expresse de Sa Majesté, aussi bien qu'à tous imprimeurs et libraires de recevoir aucune souscription pour lesdits ouvrages périodiques, publiés sans permission, sous peine d'interdiction de leur état, et même de plus grande peine, s'il y échéait. ^)
Mais cette interdiction générale ne suffisait pas; le lendemain même elle fut suivie d'un autre arrêt du Conseil plus spécial, dirigé seulement contre la feuille de Mirabeau. Dans cet arrêt le Roi, „ indigné d'un écrit qui lui semble aussi condamnable au fond qu'il est répréhensible dans sa forme", supprima ledit imprimé comme „injurieux et portant avec lui, sous l'apparence de la liberté, tous les caractères de la licence", et défendit à tous imprimeurs, libraires, colporteurs et autres, de vendre, publier ou distribuer ledit imprimé, sous peine d'interdiction de leur état, ordonna, à toutes personnes qui
1) Moniteur du 6—14 mai 1789.
pourraient en avoir des exemplaires, de les porter au greffe du Conseil pour y être supprimés, et menaça des peines les plus rigoureuses ceux qui recevraient une souscription à cette feuille ou en publieraient la suite ^).
Une pareille violence ne put être faite à la liberté naissante sans opposition de la part du public. Le lendemain les électeurs du tiers état -) rédigèrent une protestation adressée aux deux autres ordres. Dans cette protestation, qui les invitait à se réunir pour obtenir du gouvernement la révocation de l'arrêt du 7 mai, le tiers état faisait savoir qu'il considérait l'arrêté du Conseil comme attentatoire à la liberté publique et à ' la liberté de la presse, réclamée par la France entière, en dehors de cela comme très étrange, parcequ'il décidait une question qui, par le Roi même, avait été réservée aux Etats généraux, et qu'il rappelait au premier moment de la liberté nationale, une police et des règlements qui avaient été déjà suspendus par la sagesse et la bonté du Roi '^).
La noblesse répondit à cette invitation qu'elle adhérait à l'arrêté du tiers état mais elle désapprouva en même temps le journal de Mirabeau, qu'elle considérait comme tendant „ à semer la division entre les ordres, quand l'union est le seul gage du salut public". Le clergé de son côté répondit laconiquement que, les anciens règlements n'ayant pas été révoqués, la chambre du clergé ne pouvait réclamer contre cet arrêt ^).
Mais le gouvernement ne se contentait pas de rendre ces arrêts successifs. De nouvelles feuilles se créant toujours pour
1) Moniteur du 6—14 mai 1789.
2) Les électeurs du tiers Etat étaient encore occupés de rédiger leur cahier. Ils décidaient le 10 mai de ne pas se séparer après l'élection des députés, mais de continuer leurs réunions. Comme on sait, c'est cette assemblée des électeurs du tiers Etat qui forme la base de l'organisation municipale.
^) Hatin: Histoire IV, 440. Cette protestation était de grande importance, elle est à considérer comme le premier mouvement d'opposition de la municipalité contre le gouvernement.
■*) Hatin: Histoire IV, 441. La réponse du clergé montre tout aussi bien que les cahiers l'ont fait que dans l'ensemble cet ordre n'était point favorable à la liberté de la presse.
rendre compte des délibérations des différents ordres, en dépit des interdictions, Maissémy publia le 19 mai une circulaire qui invitait les journalistes à n'insérer aucun article concernant les Etats généraux, sans communication et approbation préalables ^).
Dans une brochure de juin 1789, intitulée Mémoire aux Etats Généraux sur la liberté de la presse -) Brissot s'opposa ■très énergiquement à tous ces arrêts. Il commence par louer la protestation du tiers état, et dit qu'il est convaincu que les Etats généraux s'occuperont de la question de la presse dès qu'ils se seront constitués. „Nulle cause, dit il, n'est peut-être plus „ intéressante pour tous les citoyens; c'est le premier combat „qui va se livrer entre la liberté et le despotisme, entre les «représentants de la nation et le pouvoir exécutif. Du sort de „ce combat dépend le sort de la constitution future. Point de „ constitution, si la liberté succombe".
L'écrit de Brissot est un des meilleurs qui aient paru en cette matière. 11 démontre avec une force persuasive la nécessité absolue de la liberté de la presse. 11 est intéressant de récapituler quelques-uns des motifs qu'il considère comme concluants en faveur de son opinion.
L'homme a de par la nature, dit-il, le droit de développer ses facultés morales et physiques. L'écriture et l'imprimerie en sont l'un des meilleurs moyens, et tout obstacle qu'on oppose à la liberté de la presse est par conséquent une violation
1) Tuetey: Répertoire général II, n:o 2894. Le même jour Maissémy adressa au Journal de Paru une circulaire où il était dit que la juste impatience du peuple avait porté le roi à trouver bon que toutes les feuilles périodiques et tous les journaux autorisés rendissent compte de ce qui se passait aux Etats généraux, en se bornant aux faits, sans se permettre aucune réflexion d'aucun caractère. Il semble d'après cela que l'on peut considérer le Journal de Paris presque comme organe officiel de l'Assemblée nationale à son début. Les autres journaux privilégiés, la Gazette et le Me)xure, ne pouvaient pas remplir ce but, celui-là étant l'organe de la cour et le Mercure ne paraissant qu'une fois par semaine. Cependant le Journal de Paris ne tira aucun profit de cette position. (Cf. Hatin: Histoire V, 127).
2) Bibl. nat. Lb^'J 7274, 76 p. in-80.
du droit naturel, un délit. Il est impossible qu'une constitution dresse de pareils obstacles, car une constitution a toujours pour but de protéger les droits naturels de l'homme. „ C'est doric „une vérité incontestable que la presse doit être entière- „ment libre, puisque cette liberté est le seul moyen d'accélérer „le perfectionnement des hommes et des sociétés. C'est le seul „ moyen de conserver les principes de la Constitution dans les ..sociétés qui en ont une. C'est le seul moyen d'en créer une «bonne, là où il n'y en a pas. Or, telle est la circonstance oiî „se trouve maintenant la France". Il s'étonne qu'on désire une constitution qui soit l'expression de la volonté universelle, et que l'on ne veuille pourtant pas admettre la liberté de la presse. S'il y avait un moyen de réunir ces 21 millions d'hommes pour leur expliquer tout et discuter avec eux sans confusion, ne serait-il pas naturel de saisir avec empressement ce moyen? ..N'est-il pas vrai, dit-il, qu'il faudrait vouer à l'exécration le ..despote, qui voudrait priver le peuple de ce moyen de s'enten- „dre et de se constituer volontairement et raisonnablement. Or, „ce moyen est trouvé — c'est l'imprimerie; elle réunit tous les ..avantages des assemblées, elle n'en a aucun inconvénient". Lorsque, comme il l'espère, les Etats généraux déclareront la presse entièrement libre, la seule restriction qu'il désire qu'on y apporte est relative aux calomnies qui pourraient être imprimées contre les Etats ■ généraux ou contre leurs membres. Mais il veut expliquer ce qu'il entend par calomnie, afin qu'aucun malentendu ne naisse sur ce point:
Critiquer le discours d'un membre, son style, son ordonnance, ses moyens, n'est pas l'outrager.
Critiquer ses principes, quand il les a développés, ses actions quand elles sont publiques, n'est pas l'outrager.
Le pouvoir censorial du peuple, dit le Docteur Jebb, par lequel j'entends la liberté de la Presse, qui est le grand boulevard des libertés anglaises, ne peut être bien exercé, à moins que chaque individu ait la liberté de discuter les actions publiques, les hommes publics.
Outrager, calomnier un membre, c'est lui prêter à l'assemblée des opinions, des discours, des actions, qui peuvent le déshonorer.
Brissot blâme fortement la circulaire de Maissémy du 19
mai; il considère qu'aucun règlement nouveau ne devrait plus être mis en question, tout le monde ayant clairement compris qu'une presse libre est nécessaire à la nation. Il ne comprend point qu'on puisse „ mettre les règlements de la „librairie dans la balance avec les droits de l'homme, avec le „vœu de la nation entière, exprimé dans tous les cahiers, avec „la nécessité de rendre la Presse entièrement libre, si l'on veut „ rendre les Etats généraux utiles, si l'on veut instruire le peuple, „si l'on veut réformer les abus.
Brissot ne fut pas le seul qui discutât ouvertement les mesures prises en cette affaire par le gouvernement. Déjà antérieurement, dans le premier numéro d'une petite feuille, Bulletin. Etats Généraux, parue en mai 1789, on pouvait entre autres lire, sous la rubrique „ Avertissement":
Nous ne nous permettrons aucunes réflexions sur les arrêts du Conseil qui défendent tous journaux non autorisés et qui suppriment celui des Etats généraux, mais qu'on nous en accorde une seule sur leur suite. La liberté de la presse ne peut exister avec la censure. Le journal des Etats pouvait n'être pas excellent; il pouvait même être détestable, supposons-le; mais il vaut mieux qu'il en existe vingt mauvais que de nous mettre dans l'impossibilité d'en avoir un bon. Dans une feuille rendue publique sous le nom de Lejay ^) une personnalité offensante pouvait être imprimée; mais la personne offensée pouvait poursuivre Lejay et le faire punir. — — —
Au moment où nous sollicitons la liberté des individus. et celle delà presse, on ne doit pas perdre de vue que le vrai moyen d'obtenir la dernière est de ne se rendre coupable d'aucun des abus qui ont donné lieu à l'établissement des censeurs -).
Mirabeau ne se laissa pas rebuter. Il changea très tranquillement le nom de son journal, et le reprit dès le 10 mai sous le titre de Première lettre du comte de Miraheau à ses commettants ^), le publiant, comme auparavant, sans demander l'autorisation. Dans la première lettre, Mirabeau éleva la voix contre l'acte de violence auquel il avait été exposé lui-même.
1) Lejay était l'imprimeur de la feuille de Mirabeau. -) Tourneux: Bibliographie II, n:o 10209.
3) 10 mai — 24 juillet 1789 in-S". Ces lettres paraissaient tout à fait irrégulièrement. Le format n'était même pas toujours identique.
et il ne cessait pas de s'étonner qu'on eût voulu ainsi réprimer la liberté de la presse.
Vingt-cinq millions de voix réclament la liberté de la presse, dit-il, la nation et le roi demandent unanimement le concours de toutes les lumières; eh bien! c'est alors qu'après nous avoir leurrés d'une tolérance illusoire et perfide, un ministère soi-disant populaire ose effrontément mettre le scellé sur nos pensées, privilégier le trafic du mensonge, et traiter comme objet de contrebande l'indispensable exportation de la vérité i).
Après la 19-ème lettre il changea de nouveau le titre de sa feuille en celui de Courrier de Provence, nom qu'elle conserva jusqu'à la fin -).
Cependant les interdictions prononcées étaient sérieuses, la preuve en est dans l'impossibilité de créer aucun nouveau journal reproduisant les débats des assemblées. Les sollicitations ne manquaient pas. Le 13 mai, Jean-Biaise Vimal demandait l'autorisation de publier un nouveau journal intitulé Le Patriote aux Etats Généraux, le 15 de Beaujour demandait un privilège pour un Journal des Etats Généraux, le 16 Zollikofer en demandait un pour un Bulletin de ce qui se passerait tous les jours à l'assem.blée des Etats Généraux, le 17 mai Jodot, le 21 du Morier, le 28 l'abbé Ducros pour de nouveaux journaux, tous ayant à peu près le même nom et le même programme. Tous subirent les mêmes refus ^).
Le gouvernement pouvait refuser les privilèges, il n'avait aucun moyen pour refréner le désir irrésistible des écrivains de discuter publiquement les grands événements, de reproduire et d'expliquer au public les délibérations de l'Assemblée nationale. Puisqu'on ne pouvait pas obtenir par la voie légale ce que l'on désirait, il n'y avait qu'à se passer d'elle. Mirabeau et Brissot avaient frayé la voie et ils furent bientôt suivis d'autres. On vit surgir une foule toujours croissante de jeunes publicistes, enflammés du même enthousiasme et séduits par les charmes de la nouveauté, et le nombre des journaux augmentait de jour
1) Hatin: Histoire IV, 446.
2) 24 juillet 1789-30 septembre 1791, 17 vol. in-80.
3) Cf. Tuetetj: Répertoire général II, n:os 2887—2897 et Toumenx: Bibliographie II, n:o 10203.
en jour. A la fin du mois de juillet 42 nouveaux journaux avaient vu le jour, à la fin d'août ils s'étaient augmentés de 27 encore, et le chiffre des journaux nés depuis la convocation des Etats généraux jusqu'à la fin de 1789 s'éleva à 192. Pendant les années 1790, 1791 et 1792 le nombre s'en accrut à peu près dans les mêmes proportions, de sorte que de 1789 au 10 août 1792 on peut compter de 400 à 500 créations de journaux ^).
Tous ces journaux étaient de Paris, et déversés sur la province. Il n'existait donc pas de presse provinciale ^).
La plupart de ces journaux étaient de petit format et n'ont eu que quelques numéros ou restèrent même à l'état de prospectus. Un certain nombre d'entre eux, le Patriote français, les Annales patriotiques, etc., étaient quotidiens, d'autres paraissaient une ou deux fois par semaine, quelques-uns, comme les Actes des Apôtres et VOrateur du j^etq^Ie de Fréron, s'imprimaient tout à fait irrégulièrement, au gré des rédacteurs euxmêmes. Beaucoup étaient sur du mauvais papier avec une impression défectueuse, souvent même avec une mauvaise orthographe, et ne se distinguaient que fort peu des pamphlets tant pour la forme que pour le fonds. La plupart de ces journaux ne révèlent guère de talents et le nombre des rédacteurs dont la postérité a retenu les noms est étonnamment petit. Mais en revanche ils se distinguent tous, au commencement au moins, par un extrême enthousiasme, auquel ils doivent leur force. C'est ce même enthousiasme qui donne une valeur aux petits journaux, dénués d'importance en eux-mêmes, ils forment réunis une vraie puissance, l'organe du zèle révolutionnaire, devenu inconscient. Malgré leur peu d'autorité ils sont loin d'être les plus
1) Cf. TonniCHx: Bibliographie II, chap. Vlil, § 5, n:os 10196 — 10794.
") Pendant toute la révolution c'est la presse de Paris qui est l'organe de la France entière. Plus tard il naquit sans doute des journaux aussi en d'autres villes, mais d'après la Bibliographie de Hatin, le nombre en était si réduit qu'ils disparaissaient à côté de ceux de la capitale. Les premiers créés hors de Paris furent des bulletins de guerre mais le premier que mentionne Hatin date seulement du juillet 1793. Il avait pour titre: Journal de l'armée des côtes de Cherbourg et s'imprimait à Caen.
timides, ce sont eux qui élèvent le plus la voix, ce sont les plus hardis, les premiers au feu, les derniers à battre en retraite.
En majeure partie ces journaux étaient des partisans plus ou moins fervents des idées nouvelles, seuls quelques-uns étaient antirévolutionnaires. Mais il est difficile, voire même impossible, de spécifier davantage leur caractère et de les classer d'après leurs tendances et leurs opinions, ou la position qu'ils avaient prise pour les différentes questions. Cela vient surtout de ce qu'ici, comme dans les brochures et les cahiers, on trouve des tendances plutôt que des systèmes proprement dits; d'autre part la marche des événements entraînait ces tendances dans une évolution rapide.
Les plus connus parmi les journaux révolutionnaires, outre le Patriote français et le Courrier de Provence, étaient: le Point du Jour par Barère de Vieuzac; le Courrier de Paris à Versailles et de Versailles a Paris par Corsas ; le journal de Prudhomme, intitulé Eévolutions de Paris, qui fut presque exclusivement rédigé par le jeune publiciste Elysée Loustallot; VAmi du peuple par Marat; les Annales patriotiques et littéraires de la France par Mercier et Carra; le journal de Camille Desmoulins, intitulé Révolutions de France et de Bradant; et VOrateur du peuple par Fréron. Il faut citer encore le Tribun du peuple et la Bouche de Fer, rédigés par l'abbé Fauchet, le Journal universel par Audouin et la Feuille villageoise qui, d'un format moins grand que les précédents, mérite l'attention à cause de la grande influence qu'il eut dans la province.
Comme journal politique le Patriote français ^) occupait sans contredit la première place. 11 se distinguait par beaucoup de dignité, par la modération de son ton et de son attitude, ainsi que par un style correct et soigné, dégagé de tout ornement déclamatoire, un peu sec parfois. Après avoir consacré d'abord son journal au commentaire de quelques questions, parmi lesquelles au premier plan celle de la traite des noirs, Brissot l'agrandit peu à peu et y discuta tout ce qui pouvait être de quelque importance et offrir de l'intérêt au cercle nombreux de
1) 28 juillet 1789 — 2 juin 1793, 1,338 numéros in-40.
ses lecteurs. On y trouvait chaque jour une opinion sur les questions brûlantes à l'ordre du jour, mieux qu'ailleurs on pouvait suivre toutes les vicissitudes de la politique intérieure ou extérieure. En outre les rapports que faisait Brissot des délibérations de l'Assemblée nationale étaient très intéressants. Il ne rendait pas compte, comme p. ex. le Moniteur et le Point du jour, d'une manière tout à fait impersonnelle de ces délibérations, il ne les défigurait pas non plus comme Marat, Camille et d'autres, par ses théories et ses sentiments, il exposait seulement les faits, mais en les faisant toujours suivre de réflexions et de commentaires personnels. La feuille de Brissot eut une extension énorme. Autant elle était appréciée par les amis de la révolution, autant elle était redoutée et haïe du parti contraire. Brissot tenait sa profession en grande estime, aucun outrage, aucune attaque n'était capable de le faire départir de son attitude tranquille et le faire entrer dans une polémique person^^elle, chose qu'il considérait comme tout à fait incompatible avec la vocation sacrée de publiciste ^).
Les Révolutions de Paris ^) fut l'un des plus sérieux parmi les journaux de la révolution, il disputa au Patriote français l'estime et la confiance du public. Il paraissait chaque dimanche avec cette épigraphe significative: „Les grands ne nous paraissent grands que parceque nous sommes à genoux. Levons nous!" Bien que, contrairement à la feuille de Brissot et à beaucoup d'autres journaux, les documents qu'on y trouve ne concernent que Paris et Versailles, ce journal a néanmoins une valeur immense. Tous les événements y sont minutieusement relatés, jour après jour, si minutieusement que l'on pourrait faire l'histoire de la révolution sur les seuls matériaux contenus
1) Brissot répétait toujours dans son journal qu'un publiciste devrait mépriser la calomnie. Un passage de lui caractérise bien son opinion sur le métier de journaliste:
Deux mots sur la conduite d'un Journaliste qui ne veut qu'être utile.
Aux injures il doit le mépris.
Aux raisonnements absurdes le silence de la pitié.
Aux erreurs dangereuses des réponses rigoureuses.
Aux bons avis la soumission. (Patriote français du 13 nov. 1789).
2) 12 juillet 1789«— 10 ventôse an II (28 févr. 1794), 18 vol. in-S».
dans ce recueil. Cette feuille s'est acquis une plus grande célébrité encore par sa valeur morale et par la fermeté de ses convictions. La gloire en revient presque exclusivement à Loustallot. Il est vrai qu'il ne dirigea ce journal guère plus d'un an ^), mais cette courte période suffit pour en assurer la célébrité, et après sa mort Prudhomme essaya de la diriger autant que possible dans le même esprit.
Honoré et apprécié de ses contemporains, oublié de la postérité, Loustallot est une des plus nobles figures de la révolution. Révolutionnaire de toute son âme, républicain de la première heure, il se distingua des autres par un enthousiasme juvénile et ardent uni à la claire compréhension des besoins de son époque et une vue lucide du développement de la révolution. Il ne se laissa pas guider par des rêves et des espérances imaginaires, tout, chez lui, reposait sur des convictions, et son respect de la loi fut inébranlable.
En parlant de Loustallot, on est prêt de Camille Desmoulins. Ils étaient amis intimes et du même âge. Mais combien différents comme hommes et comme journalistes ! Camille aspirait de toutes manières à la popularité, la modestie de Loustallot allait si loin qu'il ne signa pas ses articles. Camille resta jusqu'à sa mort un enfant, et son journal était principalement un organe pour ses sentiments et ses idées en continuelle transformation; Loustallot, jeune déjà, était un homme, il ne confiait jamais rien au papier qu'après une patiente et mûre réflexion. Le style de Camille était très original, déclamatoire, s'élevant souvent à une brillante éloquence; celui de Loustallot était impersonnel, avec quelquechose de la pureté et de la perfection antique.
Ce ne sont pas les Récolutions de France et de Brahant ^) qui ont acquis à Camille sa célébrité comme journaliste;
1) Loustallot est mort en septembre 1790, tué par le surmenage, a-t-on dit, le chagrin de voir la tournure qu'avait prise la révolution, et surtout le désespoir des tristes événements de Nancy.
2) Révolutions de France et de Bràbant et des royaumes qui demandant une assemblée nationale et arborant la cocarde mériteront une place dans ces fastes de la liberté, 28 novembre 1789 — 12 décembre
— Scsi son premier journal avait été le seul, son nom n'eut pas brillé avec tant d'éclat dans les annales de la presse française. Malgré son exaltation patriotique, malgré ses verbiages spirituels, malgré son éloquence, les Révolutions de France et de Brabant ne pouvait jamais se hausser au niveau des feuilles de Brlssot et de Loustallot, car il manquait de force pour soutenir les grands principes philosophiques, il était sans tenue et sans mesure, trop promptement cruel et trop déraisonnablement mordant. Il n'était pas sans importance pourtant, comme Camille lui-même au début de la révolution malgré toutes les exagérations dont il se rendait coupable, ou peut-être à cause de ces exagérations même; cette importance venait de la grande influence qu'il exerçait sur les masses. Les Révolutions de France et de Brabant fut, comme les Révolutions de Paris, un journal hebdomadaire.
Le Courrier de Paris à Versailles et de Versailles à Paris, de Corsas, n'était d'abord ni aussi franchement révolutionnaire, ni aussi considérable par le fonds, ni aussi répandu que les feuilles mentionnées ci-dessus, mais à mesure qu'avança la révolution, il grandit en importance, jusqu'à devenir finalement l'un des principaux organes de la Cironde. Durant toute son existence, ce journal fut quotidien; il changea de nom plusieurs fois ^).
Les Annales patriotiques et littéraires de la France'^) furent fondées par Mercier et rédigées après 1790 principalement par Carra. Le style de ce journal était trivial et de mauvais
1791, 104 numéros in-8" ; et octobre — novembre 1792, 55 numéros in-S". Avant ce journal, Camille Desmoulins avait publié deux pamphlets, qui firent sa renommée et se distinguaient d'une hardiesse extraordinaire, c. a. d. La France libre et Discours de la lanterne aux Parisiens.
1) 5 juillet 1789 — 31 mai 1793, 48 vol. in-80. Le titre nommé ci-dessus fut gardé par le journal jusqu'au 17 octobre ; 20 octobre — 2 août 1790 il s'appelle Courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris; 3 août 1790 — 28 février 1791 Courrier de Paris dans les 83 départements : 1er mai 1791 — 21 septembre 1792 Courrier des LXXXIU départements et 22 septembre 1792 — 31 mai 1793 seulement Courrier des départements.
-) 3 octobre 1789 — 30 frimaire an 111 (20 décembre 1794), 21 vol. in-4".
goût, mais il abondait en nouvelles intéressantes de tous genres, et le ton y étant en outre énergique et assez grossier, il était très lu; même il avait en province un très vaste cercle de lecteurs. Ce journal était quotidien.
Parmi les autres journaux cités, le Point du jour ^) était strictement limité aux délibérations de l'Assemblée nationale, la Bouche de Fer ^), feuille hebdomadaire, était aussi exclusivement consacrée aux discussions et aux problèmes philosophiques et politiques. La Feuille villageoise ^), également hebdomadaire, était écrite sans passion dans un style calme et clair. Le prospectus en avait paru avec l'épigraphe suivante: „Si un peuple esclave a besoin du joug et de l'ignorance, un peuple libre a besoin du frein de l'instruction", et elle se proposait uniquement d'instruire la province. Le Journal universel ^), rédigé par Audouin, ne pouvait se mesurer avec aucun des journaux nommés ci-dessus, mais il mérite néanmoins d'être mentionné, soit parce qu'il devint plus tard l'un des principaux organes des jacobins, soit parce qu'il unissait à son zèle révolutionnaire une crainte non dissimulée de tout excès.
De tous les journaux de la révolution c'est cependant VAmi du peuple •') de Marat qui eut incontestablement la plus grande et la plus fatale influence sur la marche de la révolution *"'). Son style et son attitude sont trop connus pour qu'une
1) 27 avril 1789 — 1er octobre 1791, 27 vol. in-80. La période jusqu'au 7 juin étant composé plus tard, on peut considérer le journal comme datant de ce jour.
2) Janvier 1790 — juillet 1791, 5 vol. in-BO. Ce journal fut précédé par le Tribun du Peuple, et en même temps Fauchet et Bonneville publiaient le Cercle social.
3) 30 septembre 1790 — 25 thermidor an IV (12 août 1796), 10 parties in-B^.
"*) Journal universel ou Révolutions des royaumes, 23 novembre 17B9 — 14 prairial an III (2 juin 1795), 1993 n. in-B».
^) L'Ami du peuple ou le pidilicisic parisien, 16 septembre 17B9 — 21 septembre 1792. Entre le 12 et le 15 septembre Marat avait déjà fait paraître les 5 premiers numéros de son journal, sous le titre de Pnblicisfe parisien.
^) On peut juger de la popularité de Marat par le grand nombre de continuations et de contrefaçons apocryphes qui circulaient. Cf. Tourncux:
analyse en soit nécessaire. La force, la conviction, le manque de toute considération, le plus grossier cynisme, voilà les traits distinctifs de sa manière d'écrire, démasquer les traîtres, voilà son programme. Au lieu d'être le guide et l'ami du peuple, ce à quoi probablement il aspirait sincèrement, Marat fut l'instigateur de ses colères funestes et son mauvais génie. C'est lui qui le pousse aux excès, c'est lui qui, versant l'huile sur la flamme du fanatisme et des passions, provoque l'incendie qui dévore tout. Marat était fidèlement secondé par un jeune frère d'armes, Fréron, rédacteur de VOrateur du peuple ^), qui moins énergique et moins populaire que lui, imitait sa manière d'écrire. A ce propos il faut encore' mentionner le Père Duchêne d'Hébert. Publié pendant l'année 1790 -), ce journal n'était sans doute, comme plusieurs des journaux de la révolution, guère plus qu'un pamphlet périodique, mais sa grande influence et surtout sa périodicité autorisent à le ranger parmi les journaux. Le Père Duchêne, qui avait réellement pour titre: Je suis le vérifaMe Père Duchêne^ suivi ou non d'un juron, s'adressait seulement à la plus vile populace; le style, auprès duquel celui de l'Ami du peuple semble presque calme et modéré, était approprié au public, entremêlé de grossières saillies et de jurons souvent répétés, qui rendent le journal presque illisible, bien que Hébert ne manquât nullement de force ni de
Bibliographie II, n:os 10420, 10440, 10456, 10457, 10621. 10759. Quelquefois le journal de Marat qui coûtait un sol, se payait jusqu'à 18 livres le numéro {Goncourt: La Société française pendant la Révolution, p. 249).
1) 14 vol. in 8'^. Le journal de Fréron paraissant tout à fait irrégulièrement, sans être daté, et les événements n'étant indiqués que par le jour de la semaine, il est hasardeux de déterminer l'époque de son existence. M. Journcux suppose que la publication en a commencé au mois de mai 1790.
-) 30 n. in-8''. Le nom de Père Duchêne, de l'origine duquel Hatin donne plusieurs indications différentes, n'était pas de l'invention d'Hébert. Déjà antérieurement (dès 1789) Lemaire avait fait paraître une sorte de pamphlets qui avaient pour titres: Les vitres cassées par le ve'ritahle Père Duchêne et Lettres bougrement imtriotiques du véritable Père Duchêne. Malgré ce titre ronflant, le journal de Lemaire était bien plus modéré que celui d'Hébert. (Cf. Hatin: Histoire VI, 452 et suiv.).
talent. Ce journal eut de nombreux imitateurs, on vit surgir toute une série de Pères Duchênc, plus tard aussi de Mères Duchêne, dont la majeure partie n'étaient cependant que des pamphlets sans importance et sans périodicité, et aucun ne fut si répandu ni lu avec autant de plaisir que le journal d'Hébert ^).
Les royalistes firent à ces journaux une opposition faible tant par le nombre que par la valeur des feuilles, opposition qui vint trop tard du reste, car le premier organe anti-révolutionnaire, VAmi du Roi, fut créé seulement le 1^^ septembre, époque à laquelle la partie révolutionnaire avait déjà 70 nouveaux journaux. On peut comprendre ce qu'il avait gagné sur ses adversaires qui, pendant tout ce temps, n'avaient eu que l'ancienne Gazette à lui opposer.
Les principaux organes du royalisme furent: le Journal de la Cour et de la Ville, rédigé par Brune, le futur maréchal de France, et Gautier, ce qui le faisait appeler en termes familiers „le Petit Gautier"; la Gazette de Paris, rédigée par du Rozoy; les Actes des Apôtres, dirigés par Peltier, avec Rivarol et Ghampcenetz comme rédacteurs en chef; VAmi du Roi de l'Abbé Royou et le Journal de M. Suleau.
Le trait le plus caractéristique des feuilles royalistes est en général leur goût pour les personnalités, ainsi que leur manie de railler et de ridiculiser tout. A ce point de vue la Gazette de Paris et VAmi du Roi forment une exception. Celle-là ^), dont le rédacteur du Rozoy était un personnage très médiocre, ne se distingue ni par un style brillant ni par un contenu varié, mais offre pour les trois années de son existence des renseignements importants pour l'histoire du parti antirévolutionnaire. Il paraissait tous les jours. VAmi du Roi '^) était l'organe du parti extrême, du Rozoy était le Marat des royalistes. Son ton est
1) Cf. là-dessus Tounieux: Bibliographie II, n:os 11486 — 11637.
-) Gazette de Paris, ouvrage consacré au patriotisme, à l'histoire, à la politique et aux beaux arts, 1er octobre 1789 — 10 août 1792, 6 vol. in-40.
^) Ami du Roi, des français, de l'ordre et surtout de la vérité. Par les continuateurs de Fréron, 1er septembre 1790 — 4 mai 1792,
tout aussi grossier, sa fureur aussi effrénée que celle de Ma^ rat, et il ne se fait pas plus de scrupule que l'autre d'exciter son parti aux meurtres, aux massacres, aux cruantés de toutes sortes.
On serait tenté de croire le langage des journaux royalistes plus modéré et moins grossier que celui des feuilles révolutionnaires, ceux-là étant écrits pour les salons, celles-ci pour la rue. Ce n'était pas le cas. Les royalistes ne craignaient pas de semer, eux aussi, leurs récits de toutes les trivialités employées par la canaille, dont aucune des grossièretés ne leur semblait trop grossière. En outre leur moyen de prédilection était, on l'a déjà dit, de s'attaquer aux personnalités par de violentes satires. Ceux qui y excellèrent surtout sont les Actes des Apôtres ') et le Journal de la Cour et de la Ville ^). Alternativement en vers ou en prose ils livraient à la publicité les plus infâmes attaques contre tous les coryphées du parti antagoniste, des insinuations cyniques, des plaisanteries frivoles à leurs dépens. Les lourds quolibets de la presse du peuple étaient presque préférables aux saletés et aux obscénités frivoles dans lesquelles excellaient les royalistes. Ridiculiser était leur mot d'ordre. „Le ridicule, le ridicule, disaient-ils eux-mêmes, „est la seule arme qu'il faut employer dans le genre de com- „bat qui nous est offert". Leur but était d'amuser. Et ils y réussissaient, car leurs feuilles étaient souvent très spirituelles et très plaisantes. Les Actes des Apôtres eurent une extension énorme, la reine les lisait, la cour et la noblesse suivaient son exemple. La satire du Petit Gautier était plus lourde que celle
4 vol. in-4''. Cette feuille avait été précédée d'une autre du même nom, publiée du 1er juin au 5 novembre 1790 par Crapart, avec Royou et Montjoye comme rédacteurs. Montjoye en publia parallèlement avec Royou une continuation du 1er september 1790 au 10 août 1792, 4 vol. in-40, qui rédigée sur un ton plus modéré, était beaucoup moins goûtée.
1) 2 novembre 1789— octobre 1791, 311 numéros. 11 vol. in-80.
-) Ce journal avait les titres suivants: Magaz in historique ou Journal général; Journal général dédié aux district des Cordeliers (18 — 23 septembre 1789); Journal général de la Cour et de la Ville (24 septembre - 31 décembre 1790); Journal de la Coiir et de la Ville (1er janvier 1791 — 10 août 1792).
de la feuille de Peltier, les plaisanteries y étaient plus forcées, aussi ce journal eut-il moins de vogue. Pour le peuple les armes de la satire étaient trop finement aiguisées, on riait à la lecture de ces journaux, mais ils n'étaient pas assez forts pour entraîner les grandes masses, comme le faisaient Marat, Fréron et Hébert.
Le plus intéressant et le plus original parmi les publicistes royalistes fut incontestablement Suleau. C'est le type du chevalier batailleur, spirituel et brave. Sous plusieurs rapports on peut le comparer à Camille Desmoulins. Suleau travailla d'abord aux Actes des Apôtres, où il se rendit indispensable par sa plume, prompte à la riposte, ses idées baroques et son esprit vif. Son propre journal, qui portait tout simplement le titre de Journal de M. Suleau, publié dans le courant de l'année 1791 à Neuwid sur le Rhin et à Paris, était une revue plutôt qu'un journal et devait en somme son importance à cela
Il y avait encore une foule de journaux qui ne se rattachaient à aucun de ces deux partis, mais occupaient une situation à part. Parmi ces feuilles il faut nommer la Chronique de Paris '), qui fut révolutionnaire sans l'être aussi ardemment que les journaux cités ci-dessus et qui, rédigée d'une manière excellente par Condorcet, Millin, Rabaud, Villette et d'autres, se recommandait autant par la dignité de son attitude que par la variété et l'intérêt de son contenu. Elle renfermait surtout des nouvelles importantes du monde littéraire et c'est une source très abondante pour l'histoire de la civilisation, à cette époque. Le Journal de Paris, rédigé pendant les premières années de la révolution par Carat, Condorcet, Regnault de Saint-Jeand'Angély et Rœderer, était foncièrement contre-révolutionnaire, sans partager les exagérations d'opinions des Actes des Apôtres et du journal de l'abbé Royou. Ce journal fut, comme on l'a dit, de quelque sorte officiel pendant les premiers temps de l'Assemblée nationale, mais comme il ne savait pas du tout tirer parti des avantages que lui procurait cette situation, il ne fut point connu comme officiel. Il acquit sa célébrité et une grande popularité
1) 24 août 1789—25 août 1793. 8 vol. in-40.
par ses Suppléments, où le public pouvait écrire librement, insérer les opinions les plus divergentes et les discuter à son gré ^). D'autres journaux, comme le Mercure de France, dont la partie politique fut rédigée par Mallet du Pan, se plaçaient entre les deux parties pour essayer de les juger équitablement. Par cette neutralité d'attitude, Mallet du Pan encourut la désapprobation des deux camps. Le Journal des débats et des décrets, qui commença le 29 août 1789, fit aussi preuve d'une grande modération. Il avait été créé par trois députés du Puy-de-Dôme, qui l'avaient substitué à une correspondance écrite qu'ils entretenaient avec leurs électeurs.
Deux journaux, le Lofiographc et le Moniteur, occupèrent une position à part. Le premier, qui était rédigé par Le Hodey -) d'après le procédé des membres de la Société logographique, acquit sa célébrité en reproduisant mot à mot les séances ■^). Comme on trouvait qu'il était de grande utilité, il fut même subventionné par le gouvernement et eut de bonne 'neure, comme quelques autres journaux, une place réservée à l'Assemblée nationale.
Le Moniteur ^), que possédait Panckoucke, se distinguait par son format inusité, par une rare modération de ton et d'attitude, par ses nouvelles intéressantes et par ses reproductions
^) André Chénier p. ex. écrivait uniquement dans ces suppléments, il n'inséra jamais rien dans le journal même.
-) Le Hodey avait rédigé déjà avant un Journal des Etats Généraux, 1789—1791.
3) II n'y avait pas encore de sténographie, mais on avait inventé une manière d'abréviations et de signes, avec lesquels on arrivait à saisir même les expressions les plus fugitives. Une autre variété de cette manière d'écrire mot à mot fut inventée par Guiraut. II appela son procédé „logotachigraphie". (Cf. Tourncux : Bibliographie II, n:o 10663).
1) Le Moniteur parut depuis le 24 novembre 1789 pendant toute la révolution, mais son importance ne date réellement que du 2 février 1790, jour où il fut uni au Bulletin, journal quotidien du soir, dirigé par Maret (le futur duc de Bassano) et Méjan, qui le publiaient depuis le 12 septembre. Après la fin de la Constituante, le rédacteur en chef du Moniteur fut Berquin, et les comptes-rendus des délibérations de l'Assemblée nationale furent rédigés jusqu'à la fin de 1793 par Thuau de Grandville. En 1800 ce journal devint formellement officiel.
exactes des délibérations de l'Assemblée nationale. Contrairennent aux autres journaux, il ne devançait jamais les événements, mais les suivait, réglant d'après eux son ton et son attitude, ne s'opposant jamais au gouvernement, dont il fut toujours l'organe fidèle, aussi bien sous le gouvernement monarchique que quand il fut constitutionnel, girondin ou jacobin. Aussi il peut être considéré, sinon précisément comme un journal officiel, du moins comme un miroir fidèle des diverses vicissitudes de la révolution.
De même qu'avant la révolution la presse avait été presque exclusivement littéraire, la presse de la révolution était sans exception politique. C'étaient les délibérations, les discussions et les décisions de l'Assemblée nationale qui remplissaient en majeure partie les colonnes de ces feuilles; beaucoup, comme le Point du jour et une foule de petits journaux, ne contenaient rien de plus, d'autres essayaient de préparer les opinions du public par des articles et des dissertations, ou d'amuser leurs lecteurs avec des anecdotes.
Un coup d'oeil sur quelques-uns de ces journaux suffit pour montrer combien était étendue la liberté qui régna dans la presse aussitôt après la convocation des Etats généraux, et plus encore après la prise de la Bastille, liberté qu'aucune disposition ne limitait, et assurée comme si elle avait réellement été édifiée sur une base légale, et non sur un droit usurpé. Une pareille liberté, qu'aucun règlement légal n'avait fondée et qu'aucune loi défensive ne consolidait, devait naturellement subir toutes les influences et ouvrir la porte à tous les abus. Il ne fallut pas longtemps pour que la liberté de la presse en vînt là. Mais auparavant on peut apercevoir tout à fait au début de la révolution une courte période de vraie liberté, un bel essor vigoureux, lorsque toutes les âmes étaient enflammées pour la liberté nouvellement acquise, convaincues que la liberté de la parole allaient ouvrir de nouvelles vues, instruire, éclairer la nation entière, amener une rénovation des esprits et des choses.
Conserver intacte cette liberté, la protéger contre toutes les attaques, fut naturellement dès le début l'une des principales
préoccupations de la presse. Sur ce point tous les journaux étaient d'accord, quelle que fût du reste leur couleur; tous sans exception voulaient que cette liberté ne fût gênée m restreinte par aucune restriction, ils la voulaient illimitée dans toute la portée de ce terme. La question de la liberté de la presse montre quelle étroite solidarité régnait entre tous les journalistes au début de la révolution. Il est singulier de voir qu'à cette époque de dissidences et de haines, un rédacteur s'indigne dans son journal si les autorités poursuivent son plus acharné antagoniste, et que des réclamations unanimes se font entendre dès que la liberté de la presse risque d'être violée en quelque manière.
Les intérêts de la liberté de la presse étaient plaides avec beaucoup d'ardeur par Brissot et Loustallot.
Ils reviennent toujours à ce sujet, la liberté de la presse est le pôle qui oriente toutes leurs discussions, la liberté de la presse était pour eux le fondement indispensable à la durée de la société. La foi de Loustallot en sa force morale était inébranlable. „Si la liberté de la presse pouvait exister dans un „pays où le despotisme le plus absolu réunit dans une seule „main tous les pouvoirs, elle suffirait seule pour faire contre- „poids", disait-il souvent, citant un auteur anglais. De même que Loustallot, Brissot était toujours sur ses gardes contre toute atteinte portée à ce droit précieux, comme lui il ne manque jamais de prendre la défense de ceux qui souffrent persécution pour la liberté, qu'ils soient de ses amis ou non, comme par exemple Marat. Il reproduit avec beaucoup d'exactitude les séances de l'Assemblée nationale et plus tard celles du club des Jacobins, chaque fo's qu'une question relative à la liberté de la presse a été débattue; il ne néglige jamais une occasion de rappeler à ses lecteurs que la liberté de la presse est un des fondements sur lesquels doit s'élever la nouvelle société. De temps à autre son journal publie des articles de grande valeur sur ce sujet, écrits tantôt par quelque citoyen en vue, comme Condorcet, Lanthenas ou KéraHo ^), tantôt par lui-même.
1) Kéralio dit lui-même qu'il était volontaire-vétéran de la garde nationale parisienne. Il publia en 1790 une brochure intitulée De la liberté
Il lui arrivait aussi d'insérer une traduction de quelque auteur anglais qui avait fait paraître ses opinions sur la liberté de la presse ^).
Marat aussi voulait de toute son âme la liberté de la presse. Conformément à sa nature, son culte pour cette liberté était inébranlable et violent, mais aussi extrêmement égoïste. Il est vrai que Marat était lui-même le principal martyr de la liberté de la presse, et que souvent les atteintes portées à elle étaient associées à son nom." Mais Marat n'a jamais fait attention aux autres affaires de presse qu'aux siennes propres, jamais il n'a crié malheur sur des attaques portées contre d'autres que lui ou quelquefois Fréron. Pour lui la liberté de la presse n'était rien de plus que le droit pour son propre journal de dire ce qu'il voulait, et toute plainte contre ses excès lui semblait un désir de réinstaller la censure, Mais les efforts de Marat en faveur de la liberté de la presse étaient détruits par ses propres actes. Rien n'était aussi dangereux pour la durée de cette liberté, que les abus qu'on en faisait. Marat plus que personne discrédita la liberté de la presse par les abus dont il se rendit tous les jours coupable; amis et ennemis de cette liberté furent soulevés par lui en une violente opposition. On peut savoir gré à Marat de son zèle à chanter les hymnes de la liberté de la presse, mais il faut déplorer en même temps qu'il n'ait pas su en faire meilleur usage.
Les feuilles royalistes firent aussi tout leur possible pour discréditer la liberté de la presse. Elles l'employèrent bientôt à leurs propres intérêts égoïstes, et il s'ensuivit qu'elle franchit de bonne heure les barrières et dégénéra en licence.
Naturellement, dès le commencement les journaux révolutionnaires et les antirévolutionnaires se déclarèrent une querre
d'énoncer, d'écrire, et d'imprimer sa pensée (Bibl. nat. Lb^^ 9204), où il soutint les intérêts de la liberté de la presse, n'admettant, pour en empêcher les abus, ni la responsabilité des imprimeurs, ni le droit de possession des auteurs et trouvant que la presse n'avait pas besoin de lois spéciales, puisque chacun avait le droit de poursuivre en justice celui qui l'aurait offensé,
1) Comme un exemple on peut annoter un article dans le Patriote français du 5 janvier 1790 où Brissot avait inséré les opinions du Dr Price. anglais, sur les articles de la déclaration des droits, relatifs à la presse.
sans merci. Dans cette lutte ils cherchèrent à se surpasser non seulement par la variété de leurs matières, par la fraîcheur de leurs informations, par l'imprévu et l'originalité du style; il se fit aussi une violente concurrence dans la manière de débiter ces feuilles et de leur procurer la plus nombreuse clientèle possible. Pour faire connaître les journaux et pour en imprimer en quelque sorte les noms dans tous les esprits, on en fit proclamer les titres à haute voix par les colporteurs, dans les rues et les ruelles, sur les ponts et sur les places publiques. On inventait encore pour tenter la curiosité et attirer les acheteurs, des titres aussi excentriques, piquants et spirituels que possible, souvent même cyniques, grossiers et scandaleux, selon le public auquel on s'adressait surtout. Quelques journaux publiaient même une édition spéciale pour les proclamateurs, avec le sommaire qui devait être débité. Cependant, voyant l'attraction puissante qu'exerçaient ces prorlamations et les avantages pécuniaires qu'on en retirait, les colporteurs commencèrent à crier non seulement les titres, mais encore une énumération des mérites de leurs journaux; ils allèrent même si loin que finalement, indépendamment du boniment fourni par les maîtres ou les directeurs des journaux, ils criaient tout ce qui leur venait à l'esprit. Et comme tous voulaient crier plus fort que leurs collègues, c'était un vacarme et un chaos qui effrayait et indignait les particuliers et la police. Le Palais Royal était le principal rendez-vous des colporteurs. Là, des gens de toutes les classes se réunissaient pour discuter les questions à l'ordre du jour, pour se tenir au courant des nouveautés littéraires exposées sous les galeries; des orateurs populaires -y instruisaient les masses ou les excitaient à l'émeute, enfin c'était le centre de la corruption parisienne; c'était là qu'on criait les journaux du matin jusqu'au soir.
Les colporteurs de jourjiaux étaient activement secondés par ceux qui étaient chargés de distribuer les innombrables pamphlets dont le nombre inquiétant ne cessa de croître pendant la révolution. Parmi ces pamphlets, les écrits obscènes, accompagnés de gravures, les satires contre le gouvernement ou l'Assemblée nationale, ainsi que les pamphlets dans le style
du Père Duchêne, comme p. ex. le cycle Jean Bart, contribuèrent chacun de son côté à augmenter la dépravation et à échauffer les esprits.
Mais les rédacteurs ne se contentèrent pas de faire colporter et proclamer leurs productions, ils se servirent d'autres manières encore pour les distribuer. -Beaucoup les envoyaient par ballots en province pour y être vendus, d'autres distribuaient partout gratuitement leurs ouvrages et se procuraient ainsi une clientèle nombreuse. D'autres encore inventèrent une forme nouvelle, qui fit sensation et fut très goûtée, celle du journal collé, le placard. Ces journaux, auxquels on n'était pas abonné et que l'on ne pouvait pas acheter, mais qui étaient tout simplement collés partout aux murs des maisons, avaient l'avantage d'arrêter les passants, de se faire lire et ainsi d'être connus, souvent plus même que les autres journaux. Quelques-unes des feuilles placardées, comme V Ami des Citoyens ^) de Tallien et la Sentinelle de Louvet ^), étaient de véritables journaux politiques qui avaient pour but de consolider et de répandre les idées révolutionnaires. On les envoyait en province par milliers d'exemplaires pour y être placardés, et ils exercèrent autant à Paris que dans la province une influence puissante sur l'opinion publique. Les autres étaient presque tous des armes de parti sans valeur, créés pour ridiculiser et calomnier les particuliers et pour discréditer les adversaires. Les plus connus de ces placards étaient le Chant du Coq et son prédécesseur le BahiUard. publiés dès le 3 juin jusqu'au 30 octobre 1791 et dirigés contre Brissot '^).
Comme ce n'était pas en vertu d'une disposition légale qu'avait disparu la censure, aucune loi n'en avait non plus
1) 1791 — 1793. Cette feuille devint en quelque sorte organe officieux du club des Jacobins. (Voir plus loin, chap. V).
-) La Sentinelle, qui fut publiée pendant l'année 1792, avait un caractère tout-à-fait officieux. Elle fut créée et entretenue par des moyens du gouver.nement. Plus tard Roland la payait avec les moyens que la liste civile mettait à sa disposition. (Cf. les Mémoires de Madame Roland et plus loin Livre II, chap. 1).
^) Tourneux: Bibliographie II, n:os 10669 et 10691.
supprimé les formes. Les censeurs royaux restèrent longtemps en fonctions, bien qu'ils n'eussent rien à faire; la fonction de maître de librairie, dont le dernier titulaire Maissémy fit de vains efforts pour arrêter le flot montant des journaux, fut aussi conservée. De même, jusqu'à la fin de 1789, il arrivait qu'avant de paraître les journaux en sollicitaient l'autorisation du comité de police, suivant les vieilles coutumes ou par calcul; cette autorisation ils l'imprimaient ensuite soit à la fin de chaque numéro, soit dans un numéro quelconque de temps à autre. Le Bulletin de V Assemblée nationale, par Maret, eut à son apparition le 7 juillet 1789 une permission qui fut renouvelée le 2 septembre et encore une fois le 20 octobre. La dernière version était ainsi conçue:
En considération du député de l'Assemblée nationale, auteur du journal intitulé Bulletin de V Assanhhc nationale, lequel s'est rendu garant de cet ouvrage, le comité de police renouvelle la pe-mission donnée le 2 septembre, par voie d'exception, pour la publication de cette feuille. Fait au comité de police le 20 octobre 1789.
Le Journal du Citoyen ^) a aussi à présenter deux permissions différentes, dont l'une, datée du 3 septembre et imprimée dans tous les numéros de la première série, sauf le n:o 5, est le privilège qui" fut accordé ce jour à la feuille Versailles et Paris -), et l'autre, qui se trouve dans le n:o 5 et dans toute la seconde série, est datée du 26 août et autorise ce journal à paraître à la seule condition „que sur les feuilles du Journal „soit le nom d'un imprimeur de Paris". Des permissions analogues, à la seule condition de mettre le nom de l'imprimeur, étaient obtenus par plusieurs autres journaux encore: les Nouvelles Révolutions de Paris, appelé plus tard Bévolutions nationales ^), dont la permission date du 5 septembre, le Journal de la ville ■*), qui a dès le n:o 6 une autorisation de circuler datée du 26 juillet, le Nouvelliste universel du sieur
1) 29 août 1789 — 19 janvier 1790.
2) Dans quel rapport se trouvaient ces deux journaux, je l'ignore. ^) Concurrence à la feuille de Prudhomme.
^) Petit journal qui n'eut que 8 numéros.
Houet ^), qui a une permission du 18 août. Le texte est un peu différent pour les privilèges accordés à V Assemblée nationale -), et à la Voix du peuple de Marsillac ^), qui avait une permission de circuler, datée du 16 septembre, „à la condition „ expresse de se conformer à l'arrêté des Représentants de la „ Commune qui défend de crier aucun écrit" "*), et aux Xouvelles de Versailles ^), dont la permission était conçue en ces termes: „Le Bureau de la Ville à Paris consent que les Im- „ primeurs de Paris impriment la feuille des Nouvelles de Ver- „sailles. En foi de quoi nous avons délivré le présent à Paris „le 14 juillet 1789„. Cette permission fut renouvelée encore le \^^ août et se trouve imprimée jusqu'au 15 octobre, époque à laquelle la feuille changea de titre. Quelque étonnant que cela paraisse, Marat même demanda et obtint, le 8 septembre 1789, du comité de police un permis de circuler pour son Puhliciste parisien, permission qu'il imprima de temps en temps à la fin de VAmi du peuple jusqu'au 23 décembre 1789 ^).
Cependant ces formalités étaient assez inutiles, la municipalité les avaient supprimées dès le 1^'' octobre '). et le comité de police lui-même fait preuve d'opinions libérales sur ce point, lorsqu'il ajoute ces mots à une permission donnée le 2 septembre au Bulletin de Maret: „sans néanmoins entendre «établir la nécessité d'aucune permission". Marat se heurta même à ce propos contre la municipalité de Paris: déjà au mois d'août il avait demandé une autorisation au comité de
1) 5 août— 7 octobre 1789, 24 n. in-S».
2) 8 mai 1789—19 juin 1790. A la fin du n:o du 15 juillet 1789 on lit: „Laissez passer pour M. Gueffier, le jeune, Libraire, les Nouvelles qui „lui viendront de Versailles. Ce 15 juillet 1789". A la fin du numéro suivant: „App!ouvée de la ville". Dans les autres, rien.
3) 3—30 septembre 1789.
4) Cet arrêté datait du 1er septembre (Voir plus loin chap. IV). '=>) Selon Hatin ce journal a commencé le 17 juin 1789.
<5) Cf. pour ces permissions, Tournmx: Bibliographie II, n:os 10234 — 10234b, 10306, 10307, 10254, 10272, 10298, 10205, 10318, 10219, 10319; ainsi que les journaux eux-mêmes.
") Voir plus loin chap. IV.
police, qui lui avait répondu alors qu'une pareille permission était superflue. Marat se permit des propos peu décents sur ce refus et fut appelé pour en répondre à la commune. Le 13 août cette cause fut mise en question et le président déclara que Marat était allé trop loin dans son zèle à faire le bien. „Vous con- „fondez, dit-il, la permission d'imprimer, qui dans le fait existe „pour cela seul qu'on ne s'y oppose pas, avec une autorisation „spéciale qui résulterait de la décision du Comité, et qu'il ne „peut être contraint de vous donner, comme on ne peut con- „traindre aucun imprimeur d'imprimer malgré la loi. Nous louons „le zèle qui vous porte à tout sacrifier, pour ce que vous croyez «intéressant au bien public; mais nous ne pouvons pas nous „empêcher de condamner au moins comme indiscrète la préten- „tion d'un citoyen qui entreprendrait de faire valoir son opinion „ contre celle d'une Assemblée que la patrie a spécialement ho- „norée de sa confiance et chargée de veiller à ses intérêts les „plus sacrés ^).
Lorsque, en septembre 1790, l'auteur d'un ouvrage intitulé Code de la France demanda l'autorisation de faire paraître son ouvrage, le comité de police lui donna la réponse suivante:
Le droit de permettre, Monsieur, suppose le pouvoir de défendre. Ce pouvoir ia police n'a plus sur les écrivains qui signent leurs ouvrages. Ils ne doivent des comptes qu'à la loi. Jouissez de la liberté de la presse et que votre Code de la France la consigne et la justifie. P. Manuel -).
Jusqu'au 17 mars 1791 il existait des imprimeurs privilégiés, mais à cette date leur corporation fut abolie, comme toutes les corporations, en vertu de la liberté de l'industrie '^).
Naturellement, à cette épopue de liberté illimitée l'existence de restes même fictifs des jours de l'oppression, devaient scandaliser les gens aimant l'ordre dans la société. Le 18 décembre 1789 on parlait dans un article du Patriote français avec beaucoup de mépris des trente six Imprimeurs priviligiés. Le 7 jan-
1) Actes de la Commune de Paris I, 206.
-) Patriote français du 27 septembre 1790.
^) Dalloz: Jurisprudence générale, tome VI, chap. I, art. I.
vier 1790 le Moniteur contenait sous la rubrique Mélanges, un article dans lequel l'auteur, qui déclare être à Paris depuis quelques jours, dit qu'il a vu un journal, le Bulletin de l' Assemblée nationale, imprimer dans ses numéros du 27 et du 29 décembre 1789 une permission que le journal tenait du Comité de police. 11 s'en étonne vivement et, s'adressant au directeur du journal, demande en son nom et en celui de beaucoup d'autres: 1°) s'il existe quelque prohibition de publier des feuilles; 2°) si on peut obtenir des permissions, c. à. d. la liberté par voie d'exception ; 3^') s'il y a des privilèges particuliers sur cet objet en considération des députés de l'Assemblée nationale; 4°) .s'il est nécessaire, pour publier ses pensées, de s'en rendre garant auprès du comité de police.
Déjà antérieurement, en août 1789, l'existence des ceneurs royaux avait été énergiquement combattue par deux petits écrits. Dans sa brochure citée plus haut, Les Inquisiteurs de la pensée, qui parut le 24 août et qui respirait beaucoup d'enthousiasme pour la liberté de la presse sans entraves, Marie- Joseph Chénier considère que l'existence de censeurs royaux à cette époque était tout à fait absurde, et que ces fonctionnaires n'avaient qu'à „ quitter demain leur emploi". L'autre brochure, composée par Pierre Manuel, avait pour titre Lettre à un censeur royal. La liberté de la presse, et parut presqu'en même temps que celle de Chénier ^). Ecrite dans un style hardi et énergique, elle fit beaucoup de bruit et fut très louée par les journaux contemporains -).
En voici quelques extraits:
Quoi, Monsieur, dit l'auteur de la brochure, s'adressant directement à un censeur royal, c'est lorsque les Rois et les Peuples travaillent à réparer leurs vieilles erreurs, que Vous voulez encore, commis à la phrase, exercer sur les livres un despotisme qui ne pèse plus sur les hommes? N'y-a-t-il pas assez longtemps, que les inquisiteurs de la pensée ferment
1) Lb39 6785, 15 p. in-S^. M. Tourneux a placé cette brochure parmi celles qui ont paru au temps de la convocation des Etats généraux (Bibliographie I, n:o 946). Si on en lit le contenu, on verra bientôt qu'elle doit être écrite beaucoup plus tard, il y est question entre autres de la nuit du 4 août.
2) Voir p. ex. la Chronique de Paris du 1-er septembre 1789.
cette bouche publique par où ne s'échappait que de loin en loin le cri fort de la vérité? — — —
Il fait l'éloge de la culture et des lumières du roi Frédéric II et il dit de lui que, en lisant le catalogue immense des censeurs royaux en France, il ne pouvait pas trop admirer qu'il y eût dans la seule ville de Paris tant de juges capables de prononcer sur les ouvrages d'un Buffon et d'un Bailly; et il demandait à tous les voyageurs français, s'il était bien vrai que l'Académie des d'Alembert, des Condorcet, des Marmontel, fût soumise aux suffrages de la Sorbonne.
Malgré toutes les représentations, dit-il, de Voltaire et d'autres, il ne voulait jamais avoir chez lui ni Sorbonne, ni Censeurs. Persuadé que c'était déjà assez pour un Roi. d'ôter aux Citoyens le droit de tout faire, sans leur ôter celui de penser et d'écrire, il permettait tous les livres, comme Dieu permet tous les cultes. 11 n'y a que les ignorants et les méchants qui peuvent craindre qu'on les éclaire ou qu'on les corrige. Il faisait même grâce à un libelle, quand il y trouvait une leçon. Sa niaxime était celle d'Arcadius et d'Honorius, qui écrivaient à Ruffin, Préfet du Prétoire: si quelqu'un parle mal de notre gouvernement, nous ne voulons pas qu'on le punisse; s'il a parlé par légèreté, il faut le mépriser, si c'est par folie, le plaindre. Est-ce une injure? Qu'on la lui pardonne. La tolérance est la vertu des âmes fortes.
Ensuite il invite les censeurs royaux à résigner leur mandat: Croyez-moi, Monsieur, devancez les événements: ils ne poussent que les hommes médiocres. Celui qui a du génie les calente et les presse. Puisque toutes les Compagnies, tous les Ordres se disputent la gloire de faire des sacrifices à la mère commune, que le Clergé lui offre ses dixmes, la Cour ses soldats, le Parlement ses charges, la noblesse ses lapins et la Religion ses Moines, renvoyez votre serpe stérile à Monseigneur le Garde des Sceaux, qui lui-même doit rendre au Roi son cachet et sa cire jaune.
On ajoutera comme une curiosité qu'un censeur royal se démit réellement de ses fonctions. Le Moniteur du 8 octobre contient sous la rubrique Mélanges- la demande d'un petit emprunt à l'Assemblée nationale, par un certain Bérenger, citoyen de Toulouse, gouverneur du prince Honoré du Monaco, qui promet en échange de consacrer sa très légère offrande par un sacrifice d'une autre espèce, qu'on s'empressera d'imiter sans doute par amiour pour l'indépendance:
J'étais, dit-il, ce qu'on appelle „censeur royal", j'abdique ce vain titre et je renonce aux fonctions qu'il m'imposait, comme contraires au droit de parler librement, que nous tenons de la nature, et à la liberté de la presse, que les sages regardent comme le plus grand bienfait de l'Assemblée nationale. J'ai toujours eu de ce ministère de gêne l'opinion que les anciens aruspices avaient entre eux de leur sacerdoce.
Naturellement une presse politique si puissante dut si non précisément diriger les événements, du moins influer beaucoup sur eux. Il est certain que les journaux ont beaucoup contribué au renversement de la vieille société et à l'érection de la nouvelle, sûrement, durant toute cette première période, on voit que les journaux conduisent l'œuvre de régénération, on trouve dans leurs pages de sages indications que le gouvernement mettait à profit, de bons conseils que suivait le peuple, D'un autre côté, dans les articles fulgurants des journaux, on peut découvrir aussi l'origine de bien des actes de violence, et il est incontestable que les journaux révolutionnaires, spécialement celui de Marat, ont remué les mauvaises passions de la foule, lui ont inspiré plus que de raison la méfiance du gouvernement et ont provoqué par là le fanatisme violent qui causa tant d'événements douloureux de la révolution.
Si la presse exerça de l'influence sur la révolution, celleci de son côté influa sur les journaux. On aurait tort de croire que durant toute la période qui s'étend jusqu'au 10 aoiît 1792, la presse ait conservé le même caractère enthousiaste qu'elle avait eu au commencement de la révolution. A cette époque tout marchait plus rapidement que d'ordinaire et le développement de la presse suivit le mouvement. Au commencement de la révolution, la presse avait été assez timide et prudente. Déjà après les journées d'octobre, les journaux devinrent plus arrogants et plus hardis, prenant envers le gouvernement et l'Assemblée nationale une position d'intolérance et d'effronterie, qui nuisait autant aux journaux eux-mêmes qu'à ceux qu'ils attaquaient. Les dénonciations, ces accusations particulières à la révolution dirigées alternativement par les journaux contre l'autorité ou par l'autorité contre les journaux, furent toujours plus nombreuses durant l'année 1790, et les calomnies devinrent toujours plus insensées. Et plus la situation
se tendait entre les partis, plus le ton des journaux devenait haineux, plus on commençait à les employer à des intérêts des partis.
Insensiblement, pendant cette époque, le sens même de liberté de la presse subit une transformation. En 1789 on avait voulu la liberté de la presse, mais on parlait de réserves et de restrictions; en 1790 et en 1791 l'avis général était que si l'on voulait la liberté il fallait aussi supporter la licence; déjà à la fin de 1791 et au commencement de 1792 on commence à faire de la liberté de la presse une question de politique, et on cherche à la réprimer pour des intérêts de parti. A l'époque du 10 août 1792, les champions de la révolution n'attachaient plus à ce terme la même idée qu'au début. Il ne s'agit plus du droit de dire librement son opinion, l'esprit de division a déjà semé, chez les défenseurs de la liberté, les principes qui vont plus tard mener à la naissance du terrorisme au nom de la liberté. De même que patriotisme devint synonyme de révolution, et que tous ceux qui n'étaient pas du parti révolutionnaire étaient considérés comme hors la loi, ainsi on croyait aussi que la loi qui ordonnait la liberté de la presse existait seulement pour les patriotes, et c'est au nom de la liberté qu'on mit fin, le 10 août, à tous les journaux portant un caractère antirévolutionnaire.
La presse s'étant rendue coupable, dès le début, d'horribles transgressions, il devait naturellement en résulter qu'elle attirerait sur elle tous les regards et que les autorités ne pourraient pas supporter tranquillement les excès des journaux. Bientôt on essaya d'y mettre obstacle, mais comme aucun acte ne disait quelle autorité avait à exercer, en premier lieu, le contrôle sur la presse, comme, en général, aucun contrôle n'était disposé, il y eut dans l'opposition une confusion qui devint très pernicieuse. Toutes les autorités se crurent le droit de se mêler aux affaires de presse, essayant d'en réprimer les exagérations: l'Assemblée nationale et la municipalité publièrent leurs décrets pêle-mêle; les clubs aussi et les cafés, leurs copies en miniature, se jugèrent compétents pour exercer une juridiction sur les journaux qui leur étaient odieux. Mais cette confusion
des pouvoirs paralysa leur force. Les nombreux décrets qui se publiaient, soit qu'ils fussent dirigés contre les colporteurs, contre la presse en général ou contre les journalistes particuliers, pouvaient sans doute agir une certaine modération pour quelque temps, mais leurs effets n'étaient pas durables. La presse continuait dans la même voie, sur le même ton, conservant la liberté illimitée sans tenir compte du trouble et de la confusion qui en résultait. De même que, sous l'ancien régime, en dépil de tous ses efforts, la presse avait été impuissante vis-àvis de l'autorité, ainsi, maintenant, en dépit de toutes les décisions et de tous les arrêts, l'autorité restait impuissante visà-vis de la presse.
Nous allons voir maintenant les tentatives faites par les diverses autorités pour régler les affaires de la presse et pour en réprimer les abus.