kg. venant de France; 8.200 kg. venant de Suisse
L’'exportation française croissante montre la prospérité de l’industrie de la saccharine sur notre territoire.
Tous les pays se mettent à consommer des quantités toujours plus grandes de ce nouvel édulcorant Comme le prouvent les exportations allemandes :
Exportation totale d'Allemagne en 1899 44.100 kg. dont :
5.600 kg. en Angleterre ; 14.000 kg. en Russie ; 11.500 kg. aux Etats-Unis.
Exportation totale d'Allemagne en 1900 65.400 kg., dont :
5.800 kg. en Angleterre ; 25.300 kg. en Russie ; 17.200 kg. aux Etats-Unis.
Est-ce que l'usage thérapeutique de la saccharine pouvait correspondre à une production aussi active de ce produit? Il est aisé de juger que non, et immédiatement on songe au nombre énorme de quintaux de confitures, de conserves et de sirops de fruits, d'hectolitres de bière dans lesquels la saccharine et ses analogues étaient venus usurper la place des sucres naturels, grâce à leur bon marché.
Lors de la discussion de la loi sur la saccharine à la date du 27 mars 1902, M. le sénateur Poirier déclara que le prix du kilogramme de saccharine équivalant à 500 kilogrammes de sucre de betterave s'était abaissé à 20 francs. Quelques années auparavant, le kilogramme de saccharine se payait encore 50 francs. Même en adoptant ce prix, on constate que, le kilogramme de sucre se tenant alors aux environs de un franc, le bénéfice des fraudeurs était encore largement rémunérateur : il atteignait 450 francs sur l'équivalent de 500 kilogrammes de sucre à employer. [l est vrai, qu’au détail, les petits falsificateurs paient beaucoup plus cher la saccharine que ne le laissent supposer
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les prix de gros. Elle leur est livrée en tubes,
cachets, tablettes, qui, touten étant pour eux d’un emploitrès lucratif, doivent préalablement laisser aux industriels qui les fabriquent un notable bénéfice.
Des enquêtes faites à un autre point de vue viennent pleinement corroborer ce qu’on pouvait déjà inférer des données statistiques : l’emploi frauduleux de la saccharine. Les investigations auxquelles se sont livrés des savants allemands ont montré jusqu'où peut aller la fraude par la saccharine dans un pays où le législateur n’a pas pris soin de réglementer sévèrement la production et le commerce de cette matière. D’après les ‘enquêtes des hygiénistes faites en Allemagne, la falsification la plus générale porte sur les bières à fermentation haute. Les analyses du professeur Herzfeld sur des bières prélevées à Berlin, lui ont révélé l’adultération par la saccharine de soixante bières de diverses provenances. Ces bières étaient dites « Ammenbier », bière des nourrices, dénomination qui semble pourtant indiquer une valeur nutritive spéciale ; or leur principe alimentaire ne peut résider que dans leur teneur en sucre, et précisément la matière sucrée y est remplacée par un édulcorant inactif sinon nuisible. Les bières dites de Lubben et les bières blanches (Weissbeir), toutes bières de consommation très courante en Allemagne sont l'objet d'une falsification intense. Les bières appelées bières de santé (Gesundheits-Biere) n’échappent pas aux manipulations des sophisticateurs.
L'enquête menée dans toutes les grandes villes
allemandes (Brunswick, Magdebourg, Leipzig, Francfort, etc.....) a prouvé que partout le public buvait sans le savoir des bières saccharinées. Pourquoi l'emploi si général d’édulcorants chimiques fait par les brasseurs, sinon pour remplacer économiquement le malt et le houblon, par une mixture sans valeur nutritive d’un goût sucré très prononcé qui vient masquer la substitution ? ÿ
L'examen des sirops, limonades et boissons gazeuses a révélé la présence de la saccharine dans beaucoup d’entre eux. Le maitranck, boisson très goûtée en Allemagne et qui n’est autre qu'une infusion à froid de l’Aspérule odorante dans du vin blanc sucré, s'est trouvé également falsiffé à l’aide de la saccharine. Enfin on a découvert à Hildesheim des dragées composées, en grande partie, de poudre de noix de coco sucrée à la saccharine.
En France, la fraude par la saccharine moins généralement constatée n'en était pas moins pratiquée. La saccharine servait à confectionner de nombreux édulcorants qui se vendaient couramment et au grand jour, soi-disant pour améliorer les cidres, bières, vins et eaux-de-vie. Ces édulcorants étaient vantés dans des prospectus qui constituaient une véritable excitation à la fraude, comme le montre l'extrait suivant (1) :
(1) Journal de l'Agriculture, H. SAGniEr. 1* Semestre, 1902.
« Pour améliorer cidres et eaux-de-vie employez
la Sucramine sucrant 700 fois plus que le sucre de betterave et de canne, seul produit licite, bonificateur et conservateur..... Pour corriger un cidre piqué 3 à 5 grammes suffisent généralement. — Même dans les meilleurs crus une
addition de 2 à 3 grammes donne au cidre un.
moelleux qui n’est pas sans procurer une plusvalue, sensible à la vente. »
Cette réclame habile, jointe aux avantages pé-
cuniaires que chacun devait retirer de l'emploi de la saccharine, portait fatalement un grave préjudice à l’industrie sucrière. Pourtant, les statistiques relatives à la sucrerie française ne peuvent nous renseigner suffisamment en ce qui concerne l'influence de la fabrication et de la vente de la saccharine sur la production et la consommation du sucre en France. D'une part une législation sucrière extrêmement compliquée et souvent remaniée à beaucoup agi sur la consommation; d'autre part les immenses progrès techniques réalisés aussi bien dans le traitement de 12 canne à sucre que dans celui de la betterave ont contribué à faire tripler la production dans la période décennale qui précéda le vote de la loi sur la saccnarine. Dés lors comment discerner dans les variations, indiquées par la statistique, la part d'action qui revient à l'emploi des édulcorants artificiels ? L’accroissement momentané de la consommation a pu être tel pendant une certaine période qu'il a réussi, non seulement à contrebalancer la concurrence faite par la sac-
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charine, mais à se résoudre en un excédent mathématiquement constaté, malgré cette intervention d’un’produit rival. C’est avec juste raison que les pouvoirs publics pensérent qu'il serait peutêtre trop tard d'attendre, pour songer à remédier à ses néfastes conséquences, que se fût manifestée d'une manière sensible cette concurrence qui, pour tant de causes, pouvait passer inaperçue à ses débuts. La question de la saccharine les préoccupait d'autant plus que le sucre portait le poids de lourds impôts; l’équilibre du budget allait se trouver menacé non seulement indirectement par les répercussions économiques d’une crise de l'industrie sucrière, mais en outre directement par une moins-value considérable du rendement de l'impôt sur les sucres. Cet impôt rapportait près de 200 millions. Il fallait veiller soigneusement à ce que cette source de revenus ne diminuât point.
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