‹ Le régime de la saccharine et la répression des falsifications commises à l'aide de ce produitChapitre 7 sur 23 · RASE · texte numérisé non relu

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prix égal, préférer au sucre par les industriels, seront peut être moins p:isées du consommateur : c'est un cas de plus où celui-ci subit l'envers des avantages procurés à celui-là. La digestion n’est qu'une sorte de fermentation des aliments sous l'action des diastases ou ferments solubles que renferment les sucs digestifs. Les aliments sont par ces diastases transformés en substances assimilables et alors seulement peuvent concourir à l’entretien de la vie. Les précieuses vertus antifermentescibles et antiseptiques de la saccharine subsistent malheureusement, comme bien on pense, après son introduction dans le tube digestif, elles vont s'opposer à l'accomplissement de la digestion.

Le docteur Dujardin-Baumetz a dans un rapport fait au Sénat (1) cité en ce sens les conclusions de nombreux savants : Salkouski en Allemagne, Adduceo et Mosso en Italie, Worms et Mercier en France se sont accordé à dire que « la saccharine retarde l’action du suc gastrique sur les matières albuminoïdes, ralentit la saccharification de l’amidon par la ptyaline ». Ils constatenten même temps que « lasaccharine possède une action microbicide évidente ». Cette action microbicide elle-même n'est pas sans danger, les microbes ayant leur raison d'être, et certains d'entreeux étant nécessaires à l'accomplissement

(1) Sénat : Séance du 27 mars 1902,

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des principaux phénomènes qui entretiennent la Viet)

Il arrivera non seulement qu’une partie des aliments sera évacuée sans avoir été digérée et aura ainsi été détruite en pure perte, mais encore que l’estomac et l'intestin éprouveront une grande fatigue par suite d’une prolongation anormale de la digestion, et enfin se manifestera la dyspepsie avec les souffrances et les autres maladies qu'elle engendre.

Si des médecins conseillent la saccharine comme édulcorant à certains de leurs clients, ils ont eu soin, au préalable, de s'assurer que ceuxci ont bon estomac et des reins bien perméables. De plus, les malades auront toujours la faculté de limiter à leur gré l'introduction de la saccharine dans les mets qu'ils feront préparer. Aux premiers symptômes d’indisposition, rien ne sera plus facile que de réduire la dose dans la mesure que l'on voudra. Il en va tout autrement si la saccharine est employée librement dans les industries de l'alimentation.

Tous ceux qui déclarent que l’action de la saccharine est inoffensive fixent pourtant pour l'individu une dose plus ou moins élevée, qu'ils n'ont pu affirmer pouvoir être dépassée sans danger.

Dans les expériences sur la nocuité des aliments

(1) Des lapins et des cobayes nourris exclusivement de carottes stérilisées ne tardèrent pas à périr.

Ceope

saccharinés, on a fait absorber des quantités de saccharine qui semblent être bien supérieures à celles que le consommateur devra ingérer habituellement. C'est peut être une illusion. Quand on songe à tous les aliments qui sont susceptibles d'être traités par la saccharine (jambon, morue, gâteaux, confitures, boissons de toutes sortes, etc.), on s'aperçoit que la dose est illimitée. L'emploi de la saccharine sera d’autant plus général et plus constant que, comme on l'a dit, l'abus est bien près de l'usage, quand il s’agit de procédés de préparation avantageux pour le producteur. Le principal inconvénient consiste en ce que le public ignore quels sont les mets qui sont édulcorés chimiquement. Et ainsi il n’y à aucun moyen pour le consommateur de se rendre compte du moment où il a atteint le maximum tolérable. Le professeur Lépine dit : « La saccharine est beaucoup moins nuisible que le poivre ». On peut l’admettre et réclamer contre la saccharine des mesures prohibitives qu'on ne réclamera pas contre les épices les plus dangereuses. Celui qui consomme du poivre sait en général dans quelles proportions il en absorbe. Nul n’est certain de la quantité de saccharine qu’il ingérera dans une journée, parce que ce sera le plus souvent à Son insu que les produits saccharinés lui seront présentés.

Si on à la certitude que bien des gens sont promptement incommodés par un régime sacchariné, il n’est pas niable, non plus, que ceux qui jouissent d’un excellent estomac et dont les reins

fonctionnent régulièrement peuvent absorber longtemps des aliments édulcorés par la saccharine sans que leur santé en souffre d'une façon apparente. Comme, en somme, la nocuité de la saccharine ne se manifeste qu’en provoquant . ou en développant des maladies qui peuvent provenir de causes multiples difficiles à déterminer, on pourra toujours avoir des doutes sur cette nocuité et se demander si, en pratique, c’est bien à la saccharine qu'il taut reprocher les inconvénients qu'une étude théorique de son action tendrait à lui faire attribuer.

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