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RÉGIME DES PRÉMATURÉS SIMPLES

Dans le service de médecine infantile de la Sal-

pétrière, le prématuré simple est soumis à un al-

laitement mixte ; mélange de lait de femme et babeurre.

— Le lait de femme est nécessaire au prématuré :

Um —

Talbot dif que, sans lait de femme, on ne peuf obtenir de croissance chez ce nourrisson.

L'essai de tous les allaitements artificiels confirme cette opinion. — Marfan (11) a d’ailleurs critiqué la plupart d’entre eux.

— Le lait de vache est souvent donné comme alimentation exclusive à des prématurés après leur sortie de la maternité, parce que la mère ne peut ou ne veut allaitter. La dénutrition rapide, les troubles digestifs graves sont la conséquence de ce régime dont nous voyons les effets sur les enfants qu’on nous amène déjà dysthrepsiques ou athrepsiques.

Besau (26), en 1929, a fait l'essai, par réaction contre Îles laits modifiés, générateurs de carences, du régime : lait de vache complet additionné d’hydrates de carbone. Les prématurés de moins de 2.500 grammes ainsi nourris ont tous présenté un. état fébrile, des vomissements, des selles liquides, glaireuses ou même sanglantes. Trois sont morts et on a trouvé à l’autopsie des lésions d’entéro-colite ulcéreuse.

Marfan dit que le lait de vache n'est supporté par les prématurés qu’à une grande dilution. Sa valeur calorique est alors très insuffisante et malgré sa dilution excessive il est mal digéré.

— Le lait de vache homogénéisé a les mêmes inconvénients. De plus il a perdu une partie de ses vitamines, altérées par les manipulations qu’a subies le lait frais au cours de l’homogénéisation.

— Le lait homogénéisé hypersucré serait, d’après Variot, très bien utilisé par les débiles. Il nous

(26) Béssau : Monatsch. f. Kinderheil . Janvier 1929.

or ee

paraît avoir les mêmes défauts que les laits précédents.

De plus l'excès de sucre est mauvais.

— Le lait de vache concentré et sucré ne répond pas aux besoins des prématurés. Sa pauvreté en caséine (9 à 10 % dans le lait non dilué), sa teneur élevée en matières grasses (9 à 11 %) ont pour conséquence un défaut ou une irrégularité de croissance et des troubles digestifs. La valeur calorique de ce lait qui fournit (à la dilution habituelle), 786 calories par 1.ooocc. semble pourtant à priori suffisante pour permettre la croissance. — Nous voyons ici encore à quel point la valeur qualitative d’un aliment importe plus que son pouvoir calorique.

— Le lait humanisé de Backaüs employé autrefois par Péhu dans l'alimentation des prématurés avec de bons résultats n’est pas d’un emploi courant. D'ailleurs, si sa composition quantitative est iden-

tique à celle du lait de femme, la nature de ses com-

posants (albumines et graisses) reste différente. La caséine, quoique peptonifiée est toujours caséine du lait de vache.

Même l'emploi de laits maigres ou demi écrémés n’est pas satisfaisant. Les troubles digestifs sont moins graves et fréquents avec le lait sec qu'avec les autres laits mais on observe des vomissements, des selles grumeleuses et la croissance est médiocre et irrégulière.

Le babeurre est d’un usage discutable comme unique alimentation du prématuré. — Contrairement au Pr. Marfan, notre maître le Dr. Ribadeau- Dumas n'a jamais pu élever un prématuré au babeurre. Après un temps variable de croissance nor-

male, la courbe de poids marque un plateau. La croissance est bloquée et seul un changement de régime permet une reprise de poids. De plis, les selles “sont très glaireuses masi jamais grümieleuses.

L'ensemble des laits dont la critique vient d'être faite présente les mêmes inconvénients : ce sont tous des laits de vache plus ou moins modifiés et leur mauvaise digestion ou leur inaptitude à assurer la croissance viennent de la nature des éléments qu'ils renferrnent. Les matières albuminoïdes sont constituées essentiellement par la caséine (3,02 %) qui coagule en masse sous l’action de la présure et qui est plus difficilement attaquée et dissociée que la caséine du lait de femme, et par une petite quantité de lactalbumine (0,53 %). Les acides aminés essentiels à la nutrition et à la croissance, lysine et tryptophane ÿ sont en proportion plus faible que dans le lait de femme qui contient plus de lactalbumine (1,26 %) que de caséine (1,03 %).

Les graisses du lait de vache sont en émulsion moins fine que dans le lait de femnie, done moins digestibles. Elles contiennent de plus 10 % d'acides gras volatils dont 6 % d'acide butyrique irritant pour la muqueuse intestinale.

Le lait concentré sucré et le fait sec complet ont perdu une partie de leurs acides gras volatils mais leur teneur en graisses de digestion difficile est encore trop élevée pour un prématuré.

Ces inconvénients ont fait adopter pour le prématuré le lait d’ânesse. Il se rapproche davantage du lait de femme par sa composition en protéines : 0,67 % de caséine et 1,55 % de lactalbumine ; il est très pauvre en graisse. —- I] convient aux prématurés qui le digèrent bien, mais sa valeur calorique et son taux de matières azotées sont trop fai-

bles ; la croissance est médiocre, par sous alimentation. Marfan signale un autre danger du lait d’ànesse : l'apparition de diarrhées cholériformes sou- -vent mortelles par athrepsie aigue. En outre, le lait d'ânesse a l'inconvénient d’être coûteux et difficile à se procurer.

| — Le lait de femme, au contraire, fournit au prématuré, tous les éléments nécessaires sous une forme facilement et complètement assimilable. Les vitamines sont intactes. — Enfin, plusieurs diastases, dont une amylase puissante, sont présentes dans le lait de femme et apportent une aide efficace aux glandes digestives encore mal développées chez le prématuré. L'alimentation au lait de femme assure en outre l'absence de putréfactions coliques, grâce à Ja flore intestinale de type fixe qui se développe (b. bifidus : go %, entérocoque 4 %, bacille du colon : 6 %). L'introduction du lait de vache dans l’alinrentation augmente le nb. de b. coli et abaisse celui de b. bifidus. Ges avantages du lait de femme sont tels que plusieurs pédiatres dont Marfan, estiment que la meilleure alimentation pour le prématuré est l’alimentation exclusive au lait de femme. Beaucoup d'auteurs (Birk, Czerny et Keller, Zeltner, Rohmer), partisans pour le prématuré d’une alimentation mixte, conseillent cependant l'alimentation exclusive au lait de femme pendant les premières semaines. Tout au plus sucrent-ils ce lait ou lui ajoutent-ils une décoction d'avoine.

Le lait de femme ne nous paraît pas convenir parfaitement au prématuré : La croissance avec ce régime est souvent un peu irrégulière, Les selles grumeleuses ; la dyspepsie du lait de femme, les érythrodermies desquamatives sont plus fréquentes chez les prématurés nourris au lait de femme que

ET À Ne

chez les nourrissons normaux. La valeur calorique du lait de femme (662 calories par 1000 oc — Alquier), oblige le prématuré à en absorber un volume important qu'il ne tolère pas toujours.

La proportion de protéines (1,90 % — Alquier) est trop faible pour assurer une forte croissance chez le prématuré. La teneur en sels (0,20 %) est également trop basse. Les graisses par contre sont peutêtre trop abondantes (3,74 %). Il nous faudra choisir un aliment complémentaire qui ne présente pas ces défauts.

Les farines pas plus que Îles graisses ne sont indiquées. — C'est un complément de protéines et de sels que demande le prématuré.

Schick (16) avait augmenté la valeur nutritive du lait de femme par l'addition d’hydrates de carbone. Il a constaté que ce régime n'était pas sans défauts dùs à son insuffisance en protéines et sels.

L'addition de sucre au lait de femme ne satisfait pas pour Miner (27 le besoin de croissance. — Rohmer à eu cependant avec le même procédé de bons résultats dans les deux premieres semaines de la vie des prématurés.

Le complément préconisé par Czerny (28) et Keller est formé des deux substances le moins facilement acceptées des prématurés : c’est un roux dont les proportions de beurre, farine et eau sont variables, augmentant avec l’âge du nourrisson. — Le beurre y est évidemment débarrassé par la cuisson de ses acides gras volatils, la farine roussie est plus di-

(27) Miner ei Hill (New-York). Am. J, Dis. Child. 1930. The feeding of premature infants.

(28) Czerny : La soupe au beurre. Monat. f. Kinderheïlk, 1918, et Czerny et Keller : Traité de pédiatrie.

gestible que la farine ordinaire. Malgré tout, nous sommes surpris de voir conseiller pareil complément.

Finkelstein a préconisé l’emploi d’un mélange de graisses et d’albumine d'œuf. — Il a d’abord pensé que la proportion des graisses devait dominer mais son avis actuel est opposé ; il préfère donner peu de graisses et beauccoup d’albumine.

L'addition de matières protéiques a la faveur

de nombreux pédiatres, et à juste titre. — La pou-

dre de lait 1/2 écrémé, le babeurre paraissent, mieux que tout autre aliment, répondre aux exigences du prématuré, par leur pauvreté en graisses. Les inconvénients qualitatifs du lait de vache, origine de ces substances, sont compensés par la présence du lait de femme dans le régime.

Miner (27) a obtenu une croissance régulière

et belle avec un régime ainsi conçu : 3/4 de lait de

femme et 1/4 de lait sec.

Nous employons le lait sec 1/2 écrémé Guigoz quand le babeurre est mal toléré (selles glaireuses ou vomissements) fait rare chez les prématurés simples. Le lait Guigoz, à la dilution habituelle, contient 3 % de protéines, 9,5 % de sucre (1/2 lactose te 1/2 sucre de canne) 1,7 % de graisses et tous les sels du lait de vache. Sa composition est donc adaptée aux besoins du prématuré. — Sa valeur calorique est légèrement supérieure à celle du lait de femme : 669 calories par 1000 cc.

Mais le mode de préparation du babeurre le rend supérieur au lait sec. — Le babeurre est un lait acide. On peut ajouter au lait:

sec une proportion convenable d’acide lactique.

Mais cette addition n'est pas le résultat d’une fer-

mentation microbienne et le lait sec acidifié reste

| inférieur au babeurre comme facteur de croissance.

Les laits acidifiés par la fermentation des microbes du groupe des ferments lactiques sont : au Caucase pour le yogourth, en Hollande pour Le babeurre, utilisés depuis longtemps en raison de leurs bons effets sur la croissance et la digestion.

Moll (29) a observé de très belles croissances sans hyperthermie, ni troubles digestifs, en ajoutant au lait de fenime du yogourth acide auquel il mêlait parfois de la poudre de charbon.

Neubauer (30) recommande, pendant Les 3 preimjers mois, un complément de yogourth alcalinisé, puis un complément de babeurre après 3 mois.

Le bacille bulgare agent de la fermentation lactique du yogourth nine très fortement Le Lait (2,5 à 3 % d’acide lactique). Cette acidité est peut-être excessive pour l'intestin du prématuré. — D'autre part le yogourth, s’il a les avantages du lait consommé frais (apport de vitamines) en a Finconvénient : il introduit dans l'intestin une culture de B. bulgares peut être trop. abondante. — Nous verrons, en étudiant les propriétés du babeuxre qu'il n'y a aucun inconvénient à te donner stérilisé ce qui Le rend d’un emploi plus facile et plus général.

Le, babeurre, employé depuis le XVII siècle par les paysans de la Frise pour nourrir leurs enfants, est recommandé par de nombreux pédiatres comme

complément du lait de femime. Zeltner (31) Le con-

seille mais ne paraît pas le préférer à l'addition au lait d'un mélange de protéines, ou de caséine. Birk

(29) Moll : Wiener. Klin. Wochenschr. 1929, n° 3. 88 21.

| (32), Zeltner : Notes sur le problème de la, prématuration. Gsadhtsfürs f. d. Kindesalt. r929-4, p. 493.

(30) Neubauen, : Monatschrift f. Kinderheïlk, r921. 27, pa-

ie

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