‹ Le Régime Douanier de la TunisieChapitre 29 sur 39 · RUES · texte numérisé non relu

RUES

quée, el que l'administration du Protectorat sut fort bien aider le Gouvernement Métropolitain dans son œuvre si éminemment utile.

La création d’une Conférence consultative ayant dans ses attributions l'examen des questions touchant à la colonisation, au commerce, à l’agriculture, n’a pas été une des œuvres les moins remarquables du Protectorat.

Tous les ans, cette conférence consultative se réunit deux fois, dépose des vœux et des résolutions sur les questions qui lui sont soumises; elle a toujours fait preuve de l'intelligence la plus éclairée, du sens le plus pratique, secondant l’action des Pouvoirs publics en signalant les réformes à opérer.

Dès 1891, plusieurs des vœux qu’elle à formulés ont reçu satisfaction, c’est elle qui a fait rendre ces décrets, permettant l'exportation des animaux femelles comme des mâles, exemptant du droit de kentria et d’exportation les savons fabriqués dans la Régence, levant la prohibition qui frappe, à leur entrée dans la Régence, divers produits chimiques, et admettant en franchise à l'importation les engrais chimiques et organiques, et une nouvelle série de machines etinstrumentsagricoles !.

À ce moment (1891), 15 articles seuls sont soumis à des droits de sortie ; ce sont l’alfa et le diss, la boutargue et le thon, les chiffons, les dattes, les éponges, les grignons, les huiles, la laine, les olives fraîches des pays de Kanoun, les os et cornes d’animaux, les peaux, les poissons salés, les poulpes, la laine filée, les tissus de laine.

! Bompard et Caudel, Législation de la Tunisie, Douanes, p. 52.

Ces droits disparaitront tour à tour, la Conférence consultative en demande la suppression, le Gouvernement consentirail volontiers à la réaliser, mais la suppression complète se fera attendre plusieurs années forcément.

Les dégrèvements effectués jusqu’à ce jour sur l’exportation représentent pour le Trésor tunisien une perte annuelle d'environ 3 millions et demi de piastres. Les droits de cette catégorie ne figurent plus que pour 1.457.000 francs dansles prévisions de recettes de 1892; or ces 1.400.000 franes sont indispensables à l'équilibre budgétaire : on ne pourra s'en passer qu'à mesure el en proportion des plus-values qui se produiront sur les autres chapitres du budget.

Cette abolition pourrait être hâtée cependant en rele- ‘ant certains droits à l'importation, principalement ceux sur les vins et spiritueux, les comestibles, etc... mais outre que ce serait peu politique et très déplacé quant à la France qui vient de consentir à des dégrèvements pour les produits tunisiens, et qu'elle devrait payer plus en importanten Tunisie, ilsemble nécessaire d'attendre pour ces remaniements de taxes l'expiration du traité de commerce italo-tunisien, c’est-à-dire 1896.

Il en est de même pour un octroi de mer qui procurerait quelques ressources aux communes tunisiennes bien délaissées, mais ces mesures (relèvement des droits d'importation et octroi de mer) seraient une violation du principe de réciprocité que la France réclame à juste titre. La Tunisie serait mal accueillie au Parlement lorsqu'elle solliciterait la franchise douanière, après avoir créé au profit des produits tunisiens comme des droits protecteurs sur l'importation des produits simi-

laires de la métropole. Ce serait un danger. Il est vrai que seules les marchandises étrangères pourraient payer cet octrol.

En attendant que le gouvernement tunisien entre dans cette voie, voici le tarif des droits d'importation en 1891 : en général toutes les marchandises sont soumises à un droit ad valorem de 8 0/0, seuls les vins et spiritueux payent 10 0/0; quelques articles bénéficient d’un tarif réduit, la bijouterie, les pierres précieuses, le corail brut, les dorures fines, l'horlogerie, l’ivoire brut.

Les céréales, les feuilles imprimées, les douilles et bourres, l’or et l’argent en lingots, les pierres meulières, les animaux des races chevaline, asine, mulassière, bovine, ovine, caprine et porcine, les huiles pures d'olive, le gibier mort ou vivant, les volailles mortes ou vivantes, les instruments et machines agricoles énumérés dans les décrets, les appareils de sondage et de forage des puits artésiens, — sont admis en franchise.

L'introduction des armes et munitions de guerre, du nitrate de soude, du salpêtre et du soufre est prohibée. Il en est de même du tabac, du kif, du haschich; de même encore des ceps de vigne, des sarments, des boutures avec ou sans racines, des marcottes, etc.…., ainsi que de tous les débris de la vigne ou d’arbres, afin de préserver la Tunisie du phylloxéra. Exception est faite pour les pommes de terre, les truffes, et les topinambours, qui sont admis après avoir été lavés et entièrement dégarnis de terre.

En 1892, la Conférence consultative porta principalement son attention sur la suppression si désirée des

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droits de douane à l'entrée en Tunisie de certains produits tunisiens, et le gouvernement beylical, continuant ses excellentes traditions, rendit un décret le 17 mars, qui supprimait les droits d'exportation qui frappent certains produits (beurre frais et salé, cire, goudron, graisse, résidus de grignons d'olive traités par le sulfure de carbone entièrement secs, olives en saumure, poils de chèvre, scories, soude, tan).

Cette année avait été féconde et était venue apporter à la Régence son tribut de progrès et d'améliorations, la France en avait aussi profité, puisqu'elle voit sa part être 540/0 du total du commerce extérieur de la Régence.

En 1893, les principales questions examinées par la Conférence consultative furent les dimes sur les huiles, l'importation en franchise du plâtre en général destiné à l'amendement des terres, l'admission en franchise à leur entrée en France d’une manière générale de tous les légumes frais ou secs, et de toutes espèces médicinales, etc...

Le Gouvernement beylical rendit plusieurs décrets intéressants : le décret du 18 mars, réduisant le tarif d'exportation surles dattes, etle décret du 30 septembre sur la boutargue et le thon, étendant ceite mesure à l'exportation des poissons secs et fumés; le décret du 18 décembre, établissant un régime douanier de faveur pour les plantes et boutures destinées aux plantations, enfin le décret du 24 décembre réduisant les droits sur les charbons et les bois introduits en Tunisie.

La Conférence consultative en 1894 s’est occupée de l'introduction en Tunisie des plants, fruits et légumes frais, de la modification du régime fiscal sur les laines et les peaux, ete. C’est d’un décret du 13 décembre que

date la réduction des droits d'importation sur les laines en suint et bonnetouf qui ne payeront que 12 francs et la laine lavée que 20 francs le quintal. La laine filée ne paye plus rien au lieu de 10 fr. 20 ad valorem.

En 1895, les travaux de la Conférence consultative ont porté principalement sur l'extension des franchises stipulées en faveur des produits tunisiens par la loi du 19 juillet 1890 (légumes, fruits verts et secs, bois, etc.) extension aux commerçants en vins de la délivrance des certificats d’origine, suppression du droit de sortie sur les os et cornes, du droit d'exportation sur les alfas et les dattes, admission en franchise des raisins frais de Tunisie en France, modifications aux dispositions qui régissent la délivrance des certificats d’origine, etc. Elle déposa de plus un vœu « tendant à obtenir du Gouvernement français l'union douanière à partir de septembre 1896 ».

Elle reçut la satisfaction d'un de ses désirs par le décret du 11 mars qui abaissait les droits d’entrée sur les fruits et légumes à Tunis'!, le décret du 30 mai, qui étendait la franchise des droits d'importation à des instruments agricoles, et le décret du 27 juin, supprimant, à partir du 1e janvier 1896, le droit desortie sur les os et cornes d'animaux.

En 1896, la Conférence consultative, dans sa session de juin, s'occupa des différentes questions financières et économiques d’un haut intérêt pour l'avenir de la Régence, question du régime douanier, réduction des droits de sortie sur les alfas, et étude des conséquences fiscales de la réforme douanière qui avait commencé

! Bompard et Caudel, Supplément.

cette année même par la signature de quelques arrangements avec des puissances étrangères.

Les décrets modifiant le tarif douanier en 1896 sont le décret du 18 mars réduisant de 1 fr. 95 à 0 fr. 75 les droits d'exportation sur chaque quintal de dattes de Gabès et B'serr ; le décret du 24 octobre réduisant aussi mais transitoirement les droits d'exportation des dattes Horra et Dégla à 2 fr. 50 pour les premières et 6 francs pour les autres par 100 kiïlog.; le décret du 21 juin, admettant temporairement en franchise de droits les tonneaux de colza importés dans la Régence, destinés à être traités par le sulfure de carbone. L'objet de cette mesure était de favoriser l'industrie locale du savon et de prévenir le chômage de certaines huileries, en cas de pénurie de grignons d'olive. Enfin un décret beylical du 28 septembre portait tarif général des douanes pour les productions originaires des pays n'ayant pas de convention commerciale avec la Régence.

En 1897, la Conférence consultative eut à s'occuper de différentes mesures relatives au régime douanier, encouragement aux industries tunisiennes, réforme du régime fiscal du bétail, communication des instructions relatives aux certificats d’origine, époque de la pêche des éponges, etc.

La préoccupation constante du Gouvernement tunisien d'apporter toutes facilités et d'accorder toutes faveurs possibles au commerce et à l'industrie, se manifeste encore au cours de 1897, par des décisions qui réduisent les droits perçus par la douane. Nous devons citer :

Le D. B. du 17 juillet, réduisant à 1 fr. par 100 kil. le droit d'exportation sur la boutargue et le thon, et à

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2 fr. les droits sur les autres poissons salés ; le D. B. du 11 février, réduisant à 2 fr. 50 par 100 kil. l’ancien droit de 4 piastres et demie sur les dattes Horra et à 6 fr. celui de 11 piastres et demie sur les dattes Dégla. Ce même décret réduit de 1 fr. 27 à 0 fr. 50, le droit perçu par quintal sur l’alfa et le diss à Sfax et dans les ports du Sud de cette ville; le D. B. du 27 octobre, supprimant le droit d'exportation de 20 fr. sur le quintal de laine lavée : le D. B. du 27 décembre, modifiant le tarif général des douanes, en ce qui concerne Îles cotonnades et appliquant aux huiles pures, fruits et graines oléagineuses des pays étrangers les droits et surtaxes du tarif général.

Telles sont les principales décisions prises au cours de l’année 1897, qui jointes aux décisions des années antérieures nous donnent, dans leur ensemble, le régime douanier tunisien à la date du 31 décembre 1897.

I, = Le commerce franco-lunisien & la fin de l'année 1897.

1° Marchandises et proluits français importés en Tunisie !.

Semoules. — En tête de nos importations françaises figurent les gruaux et la semoule, qui viennent exclusivement de Marseille. D'introduction récente en Tunisie, leur consommation prend de jour en jour des proportions plus grandes. On estime de 6 à 7 millions de francs par an la valeur des semoules et des gruaux

‘Dollin du Fresnel, Bullelin de la Société de Géographie commerciale 189%, p, 63 et 64,

français introduits en Tunisie. Gênes a tenté un moment de nous enlever cet article, mais elle n’y a pas réussi, la prime de sortie dont jouissent les minotiers de Marseille, pour leurs expéditions dans la Régence, leur assurant le monopole de ce produit dans toutes nos échelles.

Cafés. — L'importation marseillaise des cafés est peu de chose en comparaison de celle des semoules. En 1896, ces importations se sont élevées à 560.124 kil., représentant une valeur de 811.909 fr. Les cafés de Gênes, Trieste et Malte concurrencent les cafés français.

Sucres. —- Le produit français est ici très concurrencé par l'Autriche. En 1896, les importations de sucre français ont atteint: sucres bruts, 977.281 kil., valeur 279.600 fr.; sucres raffinés, 237.335 kil., valeur 759,500 fr.; contre 2.095.581 kil. venant directement de Trieste et 1.525.945 kil. de même provenance, mais par voie de Malte.

Matériaux de construction. — Comme tonnage c'est une importation importante en Tunisie : chaux hydraulique, ciment, briques, tuiles. Nous ne sommes battus que pour les briques par les Italiens. La Tunisie reçoit aussi de France les pierres brutes ou préparées d'Arles, le plâtre brut ou préparé, les tuyaux en terre cuite, les carreaux de terre-et de ciment comprimé et autres. L'Italie nous fait concurrence pour les carreaux vernis ou émaillés.

Tissus. — Dans les tissus de coton, nous sommes complètement battus par l'Angleterre avec ses produits de Manchester et de Glasgow. Les seuls tissus de coton français reçus dans la Régence sont les satins, satinettes,

mousselines, cretonnes et les tissus imprimés pour robes. En 1896, la France expédie en tissus de coton pour 600.000 francs contre plus de 3 millions pour l'Angleterre. Nous reprenons l'avantage sur les tissus de laine qui représentent en 1896 une importation tunisienne de 482.245 francs contre 300.000 francs pour la Belgique, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne et la Turquie réunies. Nous avons le même privilège pour les tissus de jute et de chanvre, l'Angleterre pour les premiers, l'Italie pour les seconds tente la concurrence. Lyon vend exclusivement des soieries, Zurich seule vend aussi des taffetas unis et des marcelines.

Boissons. — La France n’a une réelle suprématie que pour les bières. Elle est battue sur les vins et les alcools par l'Italie, l'Espagne et l'Autriche. Nous exportons en 1896 : 5.403 hectolitres de bière contre 180 de toute autre provenance, mais pour les vins pour une somme de 142.000 francs contre 296.000 et 370.000, parts de l'Italie et de l'Espagne. L'alcool vient surtout d’Autriche pour une valeur de 400.000 francs contre 90.000 francs d'importation française. La Tunisie reçoit encore de France les rhums et tafias, les eaux-de-vie (250.000 fr.) et les liqueurs.

Métaux. — La part de la France dans l'importation des fers en Tunisie ne saurait être regardée comme normale, à cause de la construction de nombreuses voies ferrées : de là l'importation de 578.000 francs de rails en fer en 185 et de près d’un million en 1896. Pour les fers commerciaux, nous avons eu à lutter avec la Belgique qui nous a combattu avec un avantage marqué pour le fer en barre et le fer à T pour constructions. La France fournit encore à la Tunisie : les

fers feuillards, les tôles en fer-blanc, les essieux, les laminés ou battus, le plomb en masses brutes ou saumons, l’étain en barres, le zinc laminé et d’autres métaux.

Compositions diverses. — La France envoie en Tunisie les savons ordinaires de ménage, la parfumerie, les cirages, les médicaments composés, surtout les bouoies de toute sorte, dont elle a la fourniture exclusive.

Produits d'animaux. — La Tunisie demande à la France la viande salée de pore, les conserves et extraits de viande, les fromages, le beurre, les graisses, les laines, les soies teintes et surtout les soies grèges et moulinées. Les soies grèges les plus importantes comme chiffres d’affaires (574.467 fr.) sont concurrencées par celles de Milan (211.714 fr.).

Poteries. —- Les poteries venant de France sont les poteries communes, les carreaux et pavés céramiques, les faïences et porcelaines. Les faïences de Gien priment les autres par leur importance.

Verres et cristaux. — C'est 100.000 francs d'importations françaises annuelles, avec une concurrence peu importante de Belgique, d'Italie et de Bohême. Notre supériorité existe surtout pour les bouteilles et notre infériorité pour les verres à vitres.

Papier el ses applications. — Les cartons, papiers, livres, gravures, et cartes à jouer sont importés de France. L'Italie a contrebalancé un moment la France pour le papier paille, et, en cet article, son importation est encore assez forte.

La France a importé en Tunisie, en 1896, 758.542 kilog. de papier de toute sorte, d’une valeur de 318.355 francs, alors que l'Italie en à importé 81.215 kilog., pour une

valeur de 30.022 francs. La France occupe donc le premier rang pour cette fourniture. Nos manufacturiers ayant apporté de grandes améliorations à leur outillage, ce qui leur a permis d’abaisser leurs prix, il est possible que bientôt ils enlèvent à l'Italie et à la Belgique les papiers que ces nations importent encore.

Les papiers belges sont surtout des papiers d’emballage, du papier paille dont les indigènes usent, et dont on a besoin même en Tripolitaine.

Carrosserie de toule sorte. — C’est encore la France qui a le monopole de la fourniture : 518.467 francs sur une importation de 551.409 francs. La différence entre ces deux sommes est fournie par l'Italie.

Machines, instruments et outils agricoles. — C’est un important article, dont le chiffre va toujours en augmentant, ce qui démontre le progrès de l’industrie et de l’agriculture en Tunisie. La France a en effet importé, dans la Régence, en 1896, pour 632.566 francs de machines et mécaniques de toute sorte, chaudières, pièces détachées et organes. Après viennent la Belgique, l'Italie, l'Angleterre. Quant aux outils agricoles, sur une importation d’une valeur de 51.985, la part de la France a été de 46.585 francs.

2°, — Marchandises et produits tunisiens exportés en France‘.

Avant la loi douanière de 1890, tous les blés, une bonne partie des huiles, les cires et les orges tunisiens étaient presque exclusivement dirigés vers Gênes, Livourne et Castellamare. La franchise accordée à ces

!Dollin du Fresnel, op. cit., p. 70 à 77.

produits à leur entrée en France nous a réservé l'achat exclusif de ces marchandises, sans nous faire craindre aujourd'hui aucune concurrence de la part de n’importe quel Etat.

Blés. — Une des branches les plus actives des exportations tunisiennes en France, porte sur le blé dur. Marseille moud ces grains, les réduit en semoule, et les réexpédie dans toute la France. Ces blés durs tunisiens sont d’une excellente qualité et servent en France à la fabrication des pâtes alimentaires. Cette fabrication a pris une vaste extension dans la Métropole.

Orges. — Les expéditions d'orge en France n'ont pas la même importance que celle des blés durs ; cependant Marseille et Dunkerque reçoivent des orges qui sont très appréciées dans le nord de la France, pour la confection de la bière, ainsi que par les brassesies belges et anglaises.

Huiles d'olive. — Ces huiles sont un des principaux produits de la Tunisie exportés en France. Elles sont excellentes depuis que les Européens ont installé des usines perfectionnées. Ces huiles fines et surfines vont toutes à Marseille ou à Salon. Les expéditions en France sont croissantes. Le trafic avec l'étranger est très faible, à peine peut-on citer l'Italie et Malte qui achètent 500.000 kiïlog. les bonnes années. Les grignons d'olive sont maintenant utilisés en Tunisie même, par des usines, On en fait de l'huile de grignon, bonne à la fabrication du savon et au graissage des machines. Cette huile vaut 40 francs les 100 kilog. Après la France, Tripoli et l'Egypte en achètent de petites quantités. Il serait désirable que l'achat direct à Sousse, Médhia, Monastir ou Sfax, se répandiît en France.

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Vin. -- Un autre produit qui est appelé à de grands développements dans un avenir très prochain, est la fabrication du vin. De très bonne qualité, ces vins sont tous dirigés vers la France. En 1895, les expéditions se sont élevées à 132.282 hectolitres, mais en 1896, à raison de la sécheresse, elles ont baissé à 85.957 hectolitres. Le prix obtenu à Tunis a été de 18 francs l’hectolitre, ce qui fait pour les exportations de 1895 un total de 2.489.076 francs, et en 1896 : 1.547.226 francs seulement.

Une idée, préconisée à plusieurs reprises et dont l'application serait une fortune pour la colonie, serait la création d’entrepôts dans les divers départements de France ne cultivant pas la vigne.

Animaux vivants. -- Autrefois nulles, ces expédilions prennent beaucoup d'extension. La race bovine tunisienne est de petite taille, mais vigoureuse et solide. Suffisamment engraissés, les bœufs tunisiens peuvent sans crainte aborder les marchés de la Métropole. En 1896, le mouvement d'exportation en France a été de 8.164 bœufs, représentant une valeur de 2.632.600 fr.

La race ovine, presque unique en Tunisie, est le mouton de Barbarie, à large queue. Sa chair, par une nourriture de plantes aromatiques et salines, est généralement très bonne. Les exportations moyennes en France atteignent annuellement 250.000 francs. Celles d'animaux de la race porcine sont insignifiantes aussi bien pour la France que pour l'Algérie.

Dépouilles d'animaux. -— L'abatage des bœufs produit beaucoup de peaux; seulement, elles vont surtout en Italie; cela provient de ce que les peaux de bœufs n'entrent pas en France en franchise.

En 1896, la Tunisie expédie en France 39.810 kilog. de grandes peaux brutes de bœufs, représentant 29.357 francs, alors que l'Italie reçoit 258.051 kilog., valant 201.038 francs. En petites peaux de brebis, moutons, agneaux, la proportion se présente en sens inverse, En 1896, la France en reçoit pour 182.470 francs. Un autre produit, non moins important, en dépouilles d’animaux, est celui des peaux de chèvres et de chevreaux ; la production est toute dirigée vers la France, En 1896, la Tunisie a expédié à Marseille 134.761 kilog. de ces peaux, soit une valeur de 188.665 francs. De tout ce qui précède, on peut donc conclure que les exportations sur Ia France des peaux brutes représente une valeur de près de 400.000 francs par an.

Laines. — I y à fort peu de temps, presque toutes Les laines tunisiennes étaient dirigées vers la France; aujourd'hui, c'est l'Italie qui en achète la majeure partie. Cela dépend des droits d'entrée auxquels sont encore assujetties les laines à leur entrée en France, droits dont sont exempts les produits similaires de l'Algérie, La totalité des exportations de laines en suint atteint à peine 150.000 kilog. par an, dont 30.000 kilogs pour la France, le reste pour l'Italie; cette insignifiance des exportations de laine tient à ce que le filage et le tissage de la laine en Tunisie sont une industrie du pays; dans l’île de Djerba, on fabrique les haïks, les burnous, les couvertures; à Kairouan, les tapis.

Eponges. -- Très nombreuses dans les eaux de Sfax, Gabès et Djerba, la pêche des éponges est entre Îles mains des Grecs, des Siciliens et des Arabes; elle commence en avril et finit en octobre. Les produits lavés

sont vendus aux enchères et achetés, pour la moitié au moins, par des maisons françaises et dirigées uniquement vers Paris. Le reste va en Autriche, en Belgique, en Grèce, en Italie et à Malte. En 1896, la part de la France a été de 46.589 kilog., valant 559.068 fr. Ce produit a donc une grande importance.

Pêches. — En fait de pêches, le commerce de la Tunisie avec la France est d’une infériorité désolante. La métropole prend pour 70.000 francs de ces produits, alors que l'Italie en absorbe un million et plus. Ceci provient de ce que par les anciennes conventions presque toutes les pêcheries sont entre les mains des Italiens. Pour les thons, la boutargue, les poissons secs et salés, l'Italie importe de Tunisie pour plus de 1.200.000 francs, alors que la part de la France ne monte pas à 600 francs. Pour le poisson frais seulement, par contre, nous faisons pour 85.410 francs d’affaires, alors que la part des autres Etats est absolument nulle.

Alfa. — Ce produit autrefois inutilisé constitue aujourd'hui une des principales richesses de l'Est et du Sud de la Tunisie. Malheureusement la France, encore insuffisamment outillée pour utiliser le sparte, laisse l'Angleterre s’approvisionner en Tunisie, et presque tout cet alfa sert à la fabrication du papier. La France en achète annuellement 10.000 quintaux, l'Angleterre dix fois plus pour un million de francs; et pourtant autrefois la sparterie était une branche du commerce français assez importante, surtout à Paris où Louis XV l’entourait d’une protection toute spéciale. A la manufacture royale de Popincourt, on était parvenu à réduire le sparte en brins assez fins et assez souples pour faire

des toiles. Tout cela est bien changé.

Dattes. — Le sud de la Tunisie produit des dattes excellentes, supérieures à celles de l'Egypte, de la Tripolitaine, et même de l'Algérie. Pourtant la France en achète à la Tunisie pour 50.000 francs seulement par an, et pour près de 600.000 à l'Algérie.

Minerais. — La Tunisie est riche en mines et en carrières (zinc, plomb, calamine). Toutes les mines de zinc de la Régence réunies produisent plus d’un million de francs de minerai, sur ce chiffre la part de la France est de 400.000 francs, alors que le reste va en Belgique et surtout à Liège en passant par Anvers.

Phosphates. — C’est une exploitation destinée à jouer un grand rôle dans les transactions tunisiennes avec la mère-patrie. La société française des phosphates de Gafsa a une mine qui peut donner, annuellement, 90 millions de tonnes avec une bonne proportion de phosphates. Les compagnies de transport devraients’entendre avec cette société concessionnaire pour faire profiter la France agricole tout entière des produits de ce riche gisement.

Telle était la situation du commerce franco-lunisien, au début de 1898. Bien des produits importants ne font pas encore l’objet de transactions aussi considérables que le voudraient les fabriques de la métropole et les besoins de la colonie, et réciproquement, mais cette situation va être profondément modifiée par le nouveau régime douanier qui va donner de sérieux avantages aux meilleurs éléments du commerce francotunisien, tant à l'importation qu’à l'exportation.

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