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respondance très ferme du Duc de Praslin, il fallut recourir à la force. La guerre fut déclarée en mai 1770.
Le Consul, avant le début des hostilités, avait passé avec sa famille à bord d’un vaisseau du Roi, et les nationaux avaient pu quitter Tunis, avec l'agrément du Bey, et celui-ci même n’omit rien durant la guerre pour la conservation de leurs marchandises et de leurs intérêts commerciaux. Ce ne fut qu'après le bombardement de Portofarina, Sousse et Bizerte, qu'on aboutit aux deux traités du 13 septembre 1770, qui rendaient à la liberté plus de 80 captifs corses et conservaient les privilèges de la compagnie d'Afrique. Des envoyés allèrent selon l'usage ‘apporter à Louis XV à Versailles l'hommage et la soumission du Bey.
Nous devons constater que les rapports entre les deux Etats s’améliorent de plus en plus et que la place de la France en Tunisie devient réellement prépondérante. La préférence du Bey pour les Français est remarquable, que ce soit pour une concession au cap Nègre, ou une vente de blé ou de chevaux arabes, de restitution de prises, ou d’honneurs au corps consulaire.
Dès 1709, Hossein s'engage sur parole à ne rien accorder aux Anglais qui pût nous déplaire. Pour les larifs de douane surtout, la France bénéficie d’un tarif inférieur à celui des autres nations. Le consul de France a le privilège d'entrer au Bardo avec des escarpins de cuir, épée et l'uniforme de commissaire de la Marine, alors que nul ne peut y pénétrer avec des chaussures ou des armes. Il a la prééminence sur tous ses collègues, c’est un droit qui ne peut souffrir, dit le ministre Rouillé, ni discussion, ni explication. Nos
vaisseaux sont salués d'un plus grand nombre de coups de canon que ceux des autres nations. Mais malgré ces honneurs, nos consuls ne doivent pas s'endormir dans une sécurité trompeuse, nous savons qu'ils durent veiller constamment au maintien de leurs droits et de ceux de nos nationaux, s'occuper de faire relâcher des navires, des captifs, des marchandises et déjouer les ruses des Puissances ou des Consuls étrangers qui nous enviaient beaucoup. Leur tâche est rude; très peu payés, ils doivent cependant offrir des cadeaux au Bey et à ses officiers et supporter des dépenses imprévues. |
Depuis le traité du 13 septembre 1770, la paix et l'amitié régnaient entre le Bey et le roi de France; le prince tunisien devait par intérêt faire régner les bons rapports, les actives relations d’affaires entre les deux pays sans aucun retour sur le passé, il cultivait l'amitié du consul de France.
Barthélemy de Saizieu à regagné son poste le 15 octobre 1771 et à ce moment la bonne correspondance n'a jamais été meilleure entre Louis XV et Ali-Bey. Des présents, des ambassades, des promesses sont échangés. Notre amitié devait l'aider à réformer ses Etats et il nous prodiguait ses amitiés : égards très marqués pour la personne de notre consul, faculté pour la Compagnie d'Afrique d'exporter des grains en Provence, malgré les prohibitions de sortie qui frappent les denrées tunisiennes (la même faveur sera sollicitée par l'agent d'Angleterre, mais en vain). Les visites des officiers de la marine française se succédent sans interruption ; en effet, dépuis 1770, toute une escadre évolue dans la Méditerranée, pour la protec-
tion du commerce. Ce système des croisières a été repris ; quoique coûteux c’est encore plus sûr et plus économique que de courir la chance d’avoir de nombreux vaisseaux pris par les corsaires. Notre prestige s'est donc relevé très promptement, c’est le fruit de l'habileté de Saizieu et aussi du bon vouloir du fils ainé du Bey Hamouda et son beau-frère, premier ministre de la Régence : Mustapha-Khodja, tous deux très chauds partisans de l'alliance franco-tunisienne.
A la mort du roi Louis XV, Ali-Bey envoya au nouvel empereur de France, Louis XVI, un ambassadeur extraordinaire, Suleyman, qui revint à Tunis, après un séjour à Versailles qui le ravit, porteur d’une quantité de présents pour le Bey et son entourage. En 1778, de Saizieu rentrait en France, après avoir rédigé pour son successeur, le vice-consul Devoize, des instructions excellentes que ce dernier mit très bien en œuvre. Le vieil Ali s'était résigné au remplacement de son ami et ünt à régler sans plus attendre la dernière question Hitigieuse entre les deux Etats. C'était la mise en liberté de cinquante esclaves corses ; leur liberté nous coûta cher : environ 180.000 livres. Le 8 juillet 1779, arriva à la Goulette le nouveau titulaire du poste de consul à Tunis, J.-B. du Rocher, auparavant à Tripoli. Très habitué à l'Orient, où il avait vécu longtemps, parlant avec facilité le turc et l'arabe, il avait su plaire à la Cour du Bey. L'affaire la plus sérieuse, la plus délicate qu'il eut à traiter, concernait les privilèges de la Compagnie d'Afrique. Cette Compagnie, fondée en 1741, avait fait confirmer ses droits dans la Régence tunisienne par le iraité de 1768. Un an après, elle installait une factorerie à Bizerte et passait des contrats avec
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les pêcheurs de corail de lile Sainte-Marguerite et d'Ajaccio. Mais Ali-Bey s'était opposé à ces marchés et avait forcé des marchands à évacuer ce nouveau comptoir. La guerre survint ensuite. Le traité de 1770 prorogea tous les droits de la Compagnie d'Afrique, la dispensant de payer sa redevance de 4500 piastres pendant six ans. Rentrée en possession de Bizerte et du cap Nègre, la Compagnie d'Afrique crut préférable de se consacrer à l'exportation des grains, plutôt qu’à la pêche du corail. Sur ces entrefaites, des offres supérieures furent faites de Mahonnais et de Siciliens; mais de Saizieu fit donner ce privilège au ministre et gendre d'Ali, qui rétrocéda son monopole à la Compagnie pendant dix ans. Les choses en restèrent là; cependant les associés, d'accord avec le consul de France, ne purent se résoudre aux conditions onéreuses qui leur étaient proposées, soit 20.000 piastres de redevance. La Compagnie d'Afrique avait donc renoncé à s'entendre avec Mustapha et préféré le statu quo, c'est-à-dire l'abandon provisoire de droits séculaires. Du Rocher comprit le danger de pareils atermoiements; il obtint des associés marseillais quelques sacrifices et rappela à temps au Bardo l'article 8 du traité de 1728 : Il ne sera accordé aucun privilège à d'autres nations qui ne soit dans le moment commun à la française, quoiqu'il ne soil pas spécifié dans le présent traité ou les précédents. Ces négociations aboutirent à la convention du 21 juin 1781, ratifiée quelques jours après par la Compagnie d'Afrique, qui était satisfaite : tous ses droits étaient consacrés solennellement, les limites de son monopole s’étendaient aux rivages compris entre Tabarque et la Tripolitaine. Ses comptoirs
lui étaient conservés, la protection de ses agents et de ses bateaux garantie; elle pouvait résilier ses engagements ou les renouveler après six ans d'exercice. Ses redevances ne montaient qu’à 13.500 piastres, chiffre bien inférieur aux offres de ses concurrents.
Le 26 mai 1782, le vieux Bey-Ali mourut et son fils aîné, Hamouda, lui succéda; il allait régner jusqu'en 1814. Malgré les hostilités même les plus déclarées, la France continuera d'exercer son action féconde en Tunisie. En 1785, apparait son premier symptôme de mauvaise humeur, il se plaint que la Cour de France ne lui ait pas seulement offert pour son avènement un seul pelil bouquet en signe d'amitié. Du Rocher engage à lui envoyer des cadeaux et le marquis de Castries, alors à la Marine, lui envoie un bijou et un autre pour Mustapha-Khodja. — Mais pendant quatre ans, nous n'avons qu'un simple vice-consul, du Rocher étant rentré en France en 1782, d'Esparron le remplace et en 1787 l'Espine de Châteauneuf lui succède; malgré l’habileté de ce dernier, sa mission fut sans profit. Notre influence est décidément mieux soutenue par nos flottes que par nos consuls.
En décembre 1790, le secrétaire d'Etat à la Marine notifie aux Puissances africaines le changement du pavillon de France (loi du 31 octobre). Quatre mois plus tard le pavillon est reconnu, le consul ayant offert des présents au Bey. De plus un vent de révolte semble être passé sur la colonie française à Tunis, elle se plaint de souffrir de certains usages et procédés vexatoires introduits dans le Fondouk, des tarifs de la Chancellerie, du prix du pain, des entraves apportées aux affaires des marchands, des coutumes arbitraires qui
EL régissent les armateurs. Il y en a qui ont rédigé des cahiers de doléances et ont joint des dénonciations calomnieuses contre le consul; Châteauneuf part à Versailles en congé pour se disculper. Mais le Bey défend le consul et écrit à Fleurieu : A Dieu ne plaise que sur la foi d'imposteurs et de gens si peu délicats vous consommiez la perte d'un vieux serviteur de l'Etal qui compte plus de vingt ans de services. — Ainsi donc, au début de la Révolution française, les affaires de Tunisie commencent à prendre une tournure des plus fâcheuses. Châteauneuf quitte Tunis, malgré le Bey, et c’est M. de Villeneuve qui le remplace comme vice-consul, mais les relations officielles avec Hamouda-Bey restent fort tendues, les multiples griefs des nationaux nécessitent une enquête sur place, l'envoi d'un négociateur extraordinaire s'impose à bref délai, si le gouvernement veut éviter une rupture définitive et la guerre en Barbarie”.
III. La période qui va s'ouvrir est très agitée et fertile en incidents diplomatiques; elle s'étend de 1792 à 1815. -- La suspicion, l’espionnage le plus vil, les enquêtes inavouables sur la vie privée même du consul et de tous ceux qui l’'approchent, les dénonciations hypocrites et lâches, tout l'appareil officiel mis au service de la jalousie et de la haine, la loyauté vaincue et l'intrigue triomphant au nom du civisme, tel est le spectacle qu'il nous faudrait décrire, si chacun n'avait présent sous les yeux ce même spectacle, ces mêmes scènes atroces qui se déroulaient alors dans la Mère Patrie,
!* Eugène. Plantet, 0p. cf.
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fe, sous la Révolution, et dont celles de Tunis n'étaient qu'une faible répercussion.
Pour faire cesser la crise que traversaient à cette époque les relations franco-tunisiennes, Louis XVI envoya un négociateur sage, M. Devoize, ancien gérant du Consulat de Tunis, par intérim. Il partit done, et le 4 avril 1792 arrivait à la Goulette où il reçut du Bey un accueil fort distingué. IH refit connaissance avec Mustapha, toujours ministre, et sut se mettre bien avec tout le monde. Au Fondouk, tout rentrait dans l’ordre, le consul de Villeneuve, homme d'esprit et bien éduqué, assurait le service et s'appliquait à calmer les esprits. Les cabales, les réclamations avaient cessé. Devoize réussit parfaitement dans sa mission, il avait racheté des esclaves, réglé des comptes de prises, transigé sur les contestations les plus litigieuses. Quoiqu'on n'ait rien eu à reprocher à Chateauneuf, on nomma consulgénéral à Tunis, le négociateur Devoize, qui avait su se mettre si bien en cour au Bardo, le 24 juin 1792.
Devoize, que le renversement de la Royauté avait jeté en de cruelles perplexités, fut chargé de notifier au Bey, le 51 mai 1793, la nouvelle constitution et de lui remettre une lettre du Conseil exécutif de la République française. Un envoi de présents considérable estimés 82.000 livres suivit. Hamouda donna à Devoize des preuves de son attachement et même de sa préférence. Les corsaires doivent épargner les grains destinés à la Provence bien qu'embarqués sous pavillon ennemi de la Régence. Il est vrai qu’en vertu d’une entente commune, la municipalité de Marseille s’est engagée à payer une prime de 25 sequins (environ 200 francs) par 100 kaffis de blé (333 charges) de provenance tuni-
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sienne. Pour encourager cette exportation si nécessaire à l’armée d'Italie, Devoize promet aux reïs une gratification de 30 sequins. Le Comité de Salut Public accorda au Bey le relâchement de trente-huit esclaves tunisiens capturés dans les eaux de la Corse avant la guerre et des munitions de guerre promises autrefois par le consul Chateauneuf.
Hamouda devenait plus serviable à mesure que la République faisait la paix avec les Etats coalisés. Notre pavillon ayant été reconnu, fut arboré en grande pompe le 12 thermidor an II. Devoize trouvait au Bardo des sympathies respectueuses et désintéressées, et la faculté de ravitailler la Provence. Notre agent obtint tout cela par ses qualités éminentes el son soin à cultiver toujours dignement l’amitié du Bey. I allait être récompensé d’un labeur opiniâtre et persévérant, singulièrement fructueux, par l'envoi d’un représentant du Comité de Salut Public, Herculais, qui allait lui causer les plus amers déboires. Cet envoyé extraordinaire du Comité de Salut Public, dont la sottise et l'ignorance étaient complètes, en cela semblable à ses collègues, se proposait de tout réformer et de tout dénoncer.
Dès la seconde audience du Bey, ses présents sont refusés et sa personne déplait. Sa bêtise est extrême, il expose au Comité de Salut Public La décadence du commerce & Tunis, le peu d'utilité que la France en retire, malgré tout ce qu'on dit dans les gazettes, les dépenses inutiles du Consulat, etc. Devoize d’après lui sert les royalistes et dirige ses sarcasmes contre tous les patriotes. Malgré une lettre très digne et très juste de Devoize, le Directoire à nommé à sa place le citoyen Beaussier (23 nivôse an IV). Devoize demande lexpli-