CHAPITRE IL — L’ETRANGER
$ 1er. — Le régime international de l’Alsérie. — Le tarif applicable aux importations de l’étranger en Algérie étant le tarif métropolitain, la colonie participe au bénéfice de toutes les conventions ou traités de commerce conclus par la France avec les Pays étrangers.
Le Gouvernement français est autorisé par la loi du 22 juillet 1919, à négocier les conventions de commerce et à accorder des réductions de droit sur le tarif général, réductions calculées en pourcentages sur l’écart existant entre le tarif général et le tarif minimum. Les réductions accordées dans ces conditions, en échange d’avantages corrélatifs, sont soumises à la ratification des chambres, immédiatement, si elles sont réunies, sinon, dès l’ouverture de la prochaine session.
Cette loi a mis dans les mains du Gouvernement un instrument de négociation rapide, très souple, lui permettant de proportionner exactement les avantages qu'il consent à ceux que les pays étrangers lui accordent en retour. De nombreuses applications du nouveau régime ont d’ailleurs été faites en ces dernières années,
L'Algérie jouit du traitement de la clause de la nation la plus favorisée toutes les fois qu’elle est insérée au bénéfice de la France dans un acte contractuel. Elle bénéficie donc de toute faveur ou immunité, de tout privilège où abaissement de tarif pour l’importation des marchandises, qui sont ou peuvent être accordés par les pays contractants à d’autres Etats, dans les conditions déterminées par les instruments diplo- . matiques. La clause joue également sur les nombreuses stipulations que renferment les conventions et traités, relativement à l’établissement des nationaux, au transit, à la réexportation, aux droits d’octroi et droits accessoires et locaux, au courtage, aux formalités de douane, au régime des échantillons et généralement à tout ce qui a rapport à l’exercice du commerce international.
L’Algérie, il ne faut pas l’oublier, est une excellente monnaie d'échange dans les négociations internationales, car le marché français où il s’agit, pour la nation étrangère d’aborder est en quelque sorte doublé de l’autre côté de la Méditerranée, d’un second marché, où les produits étrangers auront accès dans les mêmes conditions que sur le premier. La capacité d’achat de l'Algérie va augmentant avec la mise en valeur progressive de ses immenses ressources et avec l’éveil d’une vie industrielle. Il y a donc là une carte que nos négociateurs ne doivent pas manquer de jouer.
D'autre part, nous avons vu qu’il est important, pour l’avenir de la colonie, que dans l’élaboration des accords internationaux, les intérêts spécifiquement algériens ne soient pas perdus de vue et qu’ils soieñt toujours conjugués avec les intérêts métropolitains.
$ 2. — Nature du trafic avec l'Etranger. — Le volume des achats et des ventes de l’Algérie à l’étranger est important, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte par
la lecture du tableau du Commerce extérieur depuis la conquête. | Nous recevons principalement de l’Etranger :
Des céréales que nous envoient, dans les années déficitaires, les Etats-Unis, la République Argentine, l’Australie et la Roumanie ;
Des sucres raffinés, dont les arrivages des marchés extérieurs croissent chaque année ;
Des denrées coloniales que le sol métropolitain ne produit pas : cafés du Brésil, thés de Chine, tabacs en feuilles des Etats-Unis ;
Des bois des pays septentrionaux, de Yougo-Slavie, de Roumanie ; É
Des combustibles minéraux : houilles de la Grande- Bretagne et pétroles américains ;
Des produits chimiques d’Allemagne et de Belgique ;
Des machines agricoles des Etats-Unis ;
Des voitures automobiles d'Italie.
On voit par cette nomenclature, forcément incomplète, que l’Algérie ne demande généralement à l’étranger que les produits que la Métropole est souvent contrainte d’importer elle-même et pour lesquels certains pays ont un quasi-monopole de fait.
La tension des changes commande de limiter nos acquisitions et de réduire nos paiements à l’étranger. Mais s’il faut se garder d’achats excessifs ou somptuaires il ne saurait être question de renoncer à ce courant d’échanges. Pour vendre, 1l faut acheter. Il y a longtemps que les économistes classiques nous ont enseigné que c’est avec des exportations que se paient les importations et que soutenir les unes c’est favoriser les autres,
Il va sans dire que le budget algérien, lui, s’accomode volontiers de ces importations étrangères qui lui procurent un appoint annuel très appréciable (1).
Quant à nos ventes à l’extérieur-elles portent principalement sur : :
— les peaux et laines demandées par les Etats-Unis et par tous les pays européens ;
— les poissons secs et conservés, qui prennent surtout le chemin de la Grèce et de l'Italie.
— les céréales, plus spécialement l’orge et l’avoine que l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique, et les pays méditerranéens nous achètent à l’envi.
— les tabacs en feuilles pour lesquels les Pays-Bas et la Belgique se partagent la totalité de nos expéditions.
— les tabacs fabriqués qui forment un des éléments de notre commerce extérieur des plus intéressants et dont l’étranger constitue le principal débouché, du fait du régime de monopole qui est celui de la Métropole.
— les huiles d'olive, les essences végétales.
— les lièges.
— le crin végétal, dont le meilleur acheteur est l'Italie ; l’alfa, dont l’Angleterre absorbe presque toute la production.
— les phosphates naturels : l’exportation en augmente chaque année dans une proportion et avec une régularité qui atteste éloquemment les progrès de l’industrie extractive. L'Italie, l'Angleterre, l'Espagne, les Pays-Bas et la Belgique sont ici de gros clients, ainsi que les EtatsUnis qui, en outre, achètent les minerais de fer algériens.
(1) De 1921 à 1925, il a encaissé au titre des seuls droits de douane proprement dits, sur les marchandises étrangères, une moyenne annuelle de 52.800.000 francs.
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Les relations directes de l’Algérie avec l’étranger sont ordinairement assurées pour un tiers, par des navires français et pour deux tiers par des navires étrangers. Les puissances étrangères dont les bâtiments depuis la fin des hostilités se présentent le plus souvent dans les ports algériens, sont par ordre d’importance : l’Angleterre, l'Italie, les Pays-Bas, l'Espagne, les Pays Scandinaves, l’Allemagne, la Grèce.