ORACLE
deVaient leur assurer, au Moghreb, une situation prépondérante. Les Pisans, s’ils ne furent pas les premiers à commercer en Algérie, y entretinrent longtemps les relations les plus suivies. Ils obtinrent des princes arabes, notamment des Almohades, des traités leur assurant, à Bougie et à Tunis, une situation avantageuse. Les Siliciens avaient fondé au XIIe siècle, un empire éphémère en Afrique. Chassés par Abd-el-Moumen, ils furent accueillis ét à nouveau £dmis au négoce par le fils de ce prince. Les navires des Génois, des Vénitiens, des Florentins apparaissent fréquemment aussi dans les ports algériens.
Les Catalans furent admis, vers le XIIIe siècle, au même régime que les Italiens. Quant aux Provençaux, c'est à partir du XIIe siècle qu’ils commencèrent à nouer des relations suivies avec les côtes de Barbarie et on les voit conclure en 1220, un important traité avec Bougie. Marseille fut, pendant tout le Moyen-Age, un important entrepôt où les Musulmans venaient, ainsi qu’à Narbonne et à Montpellier, quérir les fers du Nord qu'ils appréciaient beaucoup.
Les Arabes abordaient eux-mêmes volontiers, aux côtes d'Europe et chaque année, des, marchands moghrebins partis de Tunis, de Bougie, d’Alger venaient offrir leurs cargaisons de cire, de cuirs, d’écorces tanniques, de minerai de plomb dans les ports de France, d’Espagne, d’Italie, d’où ils rapportaient des toiles, des futaies, de la quincaillerie, des armes. La marine arabe étant quasi-inexistante, ces marchands nolisaient des navires chrétiens. Ils fréquentaient ‘plus volontiers Venise, qui fût longtemps la grande commissionnaire de l’Afrique. Les musulmans y étaient, d’ailleurs, fort nombreux et tenus en grande estime.
Les étrangers résidant au Moghreb étaient établis dans les ports qui étaient naturellement les lieux d’échange les plus actifs. Les indigènes y venaient pro-
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poser les produits de l’intérieur du pays et repartaient nantis d’objets manufacturés achetés aux chrétiens. Ce commerce, vers le cœur du pays, était très lucratif. C’est la raison pour laquelle les Musulmans attachèrent toujours un soin jaloux à en écarter les chrétiens. Ceuxci tentèrent fréquemment de pénétrer, eux-mêmes, dans l’intérieur de l’Afrique et d’y nouer des relations commerciales. Ils se heurtèrent à la jalousie des indigènes, au fanatisme des populations et durent renoncer, en présence d’obstacles de toute neture, à former des caravanes.
Quelques-uns obtinrent néanmoins l’autorisation de se joindre aux caravanes indigènes qui sillonnaient la terre africaine. C’est ainsi qu’au quatorzième siècle des marchands italiens et catalans purent s’établir à Cons- ‘tantine, l’antique Cirta. De cette cité populeuse, active et riche, partait une grande voie de pénétration vers l’Afrique Centrale. D’importantes théories de marchands la suivaient, s’enfonçant par Biskra et Touggourth, jusqu’au cœur du désert. Elles rencontraient dans le Tafilalet ces longues caravanes venues de Fez ou de Tripoli par des routes connues depuis la plus haute antiquité, et dont Hérodote à décrit le lent cheminement à travers les sc bles de la Cyrénaïque.
$ 3. — Nature des échanges. — Tels étaient les principzux courants commerciaux, maritimes et terrestres, qui unissaient chrétiens et musulmans dans l’amour du gain. La liste des marchandises qui les alimentaient est longue, et il faut nous résoudre à n’indiquer que celles qui donnaient lieu à un trafic particulièrement important.
Les documents anciens, les traités, actes d’association, contrats de nolis spécifient rarement la nature des marchandises transportées d'Europe en Afrique ; seuls les tarifs, dont on ne possède malheureusement qu’un
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petit nombre, donnent des indications précises à cet égard.
Voici cette nomenclature : (1)
IMPORTATIONS D'EUROPE EN AFRIQUE. — Oiseaux de chasse — Bois de Venise et de Gaëte.
Métaux : étain, fer, acier et surtout cuivre importé en grande quantité du douzième au seizième siècle dans tout le Moghreb, d’où il pénétrait dans l’Afrique Centrale — Armes venant en grande partie de la Lombardie et de l’Allemagne — Métaux précieux et monnaies ; il se faisait indépendamment des espèces monnayées, une importation incessante d’or et d’argent en lingots, lames ou fils dans tous les Etats du Moghreb, soit pour les travaux de bijouterie, soit pour les hôtels des monnaies établis à Tunis, à Bougie, et au Maroc.
Bijoux, pierres précieuses, coraux travaillés.
Quincaillerie et mercerie.
Laques de toutes sortes.
Tissus et draps : tissus de coton, de lin, de chanvre, de soie, draps d’Arras, de Florence, d’Angleterre, étofes des Cévennes — Matières textiles et substances tinctoriales.
Céréales : orge, froment et fèves de Catalogne, du Roussillon, du Bas-Languedoc, des Baléares.
Epiceries importées des ports d'Europe et surtout d'Egypte.
Parfums et substances médicinales.
Vins de France, d’Espagne, de Grèce, dont l’usage et le débit étaient chose commune en Afrique, tant chez les indigènes que chez les chrétiens.
Navires et agrés.
Verres et verroteries de Venise. Papier.
(1) De Mas Latrie, Relations et Commerce de l'Afrique sepientrionale avec les nations chrétiennes au Moyen-Age,
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EXPORTATIONS D'AFRIQUE. — Chevaux, poissons salés.Cuirs, dont il se faisait des expéditions considérables jusqu’en Normandie et en Angleterre.
Ecorces à tan et substances tinctoriales.
Sel, dont l’exportation fut considérable dans la partie orientale du Moghreb.
Sucres : la canne était cultivée à Bône.
Cire : exportée d’Alger, Bougie, Bône et dont l’Afrique était très riche. Huile, un des grands objets du commerce du Moghreb.
Céréales : orge, blé, grains divers. Le blé fut l’objet de stipulations particulières dans les traités; son prix moyen variait, au douzième siècle, entre 20 et 25 francs le quintal dans le Moghreb.
Fruits : dattes, figues, et raisins secs, amandes.
Tapis : Laïines et peaux envoyées de Bougie en Italie et en France. Coton, dont la culture était répandue dans tout le Nord de l’Afrique. Lin et soie. Vannerie.
Métaux : fer, plomb et mercure. Or venu du Soudan. Corail travaillé à Venise, Gênes, Naples, Barcelone, en Egypte et en Syrie.
Il faut enfin mentionner un trafic qui, heureusement, a disparu des statistiques, le commerce des esclaves qui se vendaient à Pise, à Gênes et surtout sur les marchés d’Orient, Il n’est que trop certain que des marins chrétiens, surtout des Génois, se livraient aussi à cette traite fructueuse.
$ 4. — Législation douanière des Arabes. — Le régime douanier auquel étaient soumis les échanges, avait une certaine uniformité. Encore qu’il n’épousât point. les contours précis d’une doctrine, il tirait ses principes des nécessités fiscales et, ainsi que l’atteste l’ébauche d’un régime de prohibition de sortie des céréales et des CUITS, de certaines Contingences économiques.
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Aussi loin que l’on remonte dans la notation des relations commerciales entre chrétiens et musulmans, le droit de douane est établi. On ne sait rien de sa qualité, ni des formes desa perception aux premières époques, car les conventions qui valurent des facilités aux premiers pionniers du commerce furent des accords purement verbaux. Mais dès qu’un texte apparaît, on y voit que le droit o-dinaire d’importation applicable dans les royaumes de Tunis, de Bougie, de Tlemcen, aux négociants chrétiens comme aux sujets du Moghreb, était fixé à 8 % de la valeur des marchandises. Il fut vite élevé à 10 % : on l’appelait d’ailleurs communément le dixième, décimum.
Ce droit atteignait la généralité des marchandises de toutes provenances. Seuls les produits apportés par les Florentins acquittaient un droit plus élevé : 11 et demi pour 100 ad valorem.
Certaines marchandises dont les sultans avaient intérêt à favoriser l’importation jouissaient à l’entrée de l’exemption entière, de la franchise douanière. T'els étaient les produits vendus directement au sultan ou achetés à la douane par lui ; les navires, barques et agrés maritimes vendus à des Sarrasins ou à des chrétiens alliés,; le blé, l'orge et généralement toutes les céréales ; les marchandises vendues entre chrétiens. D’autres articles étaient admis au tarif réduit du demi-droit et n’acquittaient, de ce fait, que 5 % : l’or et l’argent non monnayés, les bijoux destinés aux ventes générales.
A l’exportation, la règle était que toutes les marchandises acquittassent un droit de 5% ad valorem, mais de nombreuses exceptions y furent apportées. La plus importante était celle qui autorisait les marchands chrétiens à exporter en franchise, une quantité de marchandises égale en valeur à la totalité des marchandises importées par eux en Afrique. D’autres exemptions, stipulées dans les traités, concernaient : le blé dans les