CHAPITRE IV
De tout temps, le Portugal prétendait posséder des droits de souveraineté sur les territoires situés entre le 5°12 et & de latitude sud; pour les soutenir, cette puissance invoquait la priorité de sa découverte, de sa prise de possession, de son occupation, la suite de ses entreprises commerciales, la continuité d’exercice de sa souveraineté.
Elle invoquait également certains traités: ceux du 2 février 1572 et du 29 octobre 1576, conclus avec l'Angleterre ; le traité de Paris de 1763, conclu avec l’Angleterre, l'Espagne et la France ; enfin, celui conclu avec la France en 1786.
Sans rechercher ici si ces prétentions étaient justifiées, contentons-nous de dire que, de tout temps aussi, les puissances les ont énergiquement contestées.
Le Portugal, qui ne s'était pourtant occupé du Congo que d’une manière superficielle, n’y voyant, en somme, qu'une mine à esclaves, fut vivement inquiet en apprenant les entreprises de Stanley et de Brazza, et l'attrait que ces terres nouvelles exerçaient sur les puissances
européennes. Ce qui émut principalement le cabinet de Lisbonne, c’est la transformation du Comité d’études en Association internationale du Congo, et les prétentions politiques de celle-ci. Aussi, en 1882, le secrétaire général de la Société de géographie de Lisbonne posait au colonel Strauch les questions suivantes :
1° Stanley et Brazza sont-ils seulement les explorateurs de l'Association africaine et, par suite, uniquement guidés par une idée scientifique ?
2 Sont-ils autorisés à arborer, dans leurs expéditions, un drapeau national quelconque ?
3° L'Association Internationale africaine prend-elle la responsabilité de la propagande potitique de ses explorateurs ?
Dans sa réponse, datée de Bruxelles, le 25 octobre 1882, le colonel Strauch répondait que le Portugal avait lieu de craindre l’action française au Congo, et ne devait, au contraire, nullement s'inquiéter des explorations de Stanley, simple agent d’un comité international et chargé par lui de fonder uniquement des stations scientifiques.
« Autant que le sait l'A.T.A. — dit M. Strauch — M. de Brazza avait une mission du comité français de l'Association et des subsides des ministères français. Stanley, au contraire, est au service d’un comité international d’études, qui l’a chargé de fonder des stations hospitalières et scientifiques au Congo et de lui fournir les éléments nécessaires à l'étude de tout ce qui pourrait être tenté là-bas.
« Le drapeau de l'Association flotte, à l'exclusion de tout autre, sur les stations que Stanley a créées. La
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Belgique, comme Etat, ne veut, en Afrique, ni une province, ni un territoire.
« L'Association s’en tient à ses statuts, qui ont été publiés, et elle y voit sa règle de conduite. »
Rassuré par ces explications, sur le but de l’Association internationale du Congo, le Portugal ne manqua pas aussitôt de protester auprès du gouvernement français et, profitant de cette circonstance qu'on venait de ratifier le traité signé par M. de Brazza avec le roi Makoko, il fit demander par M. d'Azevedo, son représentant à Paris, à M. Duclerc, si ce traité respectait les territoires situés au sud du 5°12”.
Notre ministre des Affaires étrangères répondit que la France ne se reconnaissait aucun droit sur les territoires au sud du 5°12’, et il fit remarquer en même temps qu'aucune de nos expéditions n’avait franchi cette limite.
Cette réponse prouve simplement que la France n’'élevait aucune prétention sur ces territoires ; mais on ne peut en conclure qu’elle admettait par là les droits de souveraineté revendiqués par la cour de Lisbonne.
L'’Angleterre, de son côté, avait toujours contesté les droits très problématiques du Portugal. Nous pouvons le montrer en rapportant ici le fait suivant:
Une noyade d’une trentaine de nègres avait été commise par les habitants de Puenta da Lenha, située à l'embouchure du fleuve, pour punir une tentative d'incendie faite sur une factorerie hollandaise. Le Portugal envoya un vaisseau pour rétablir l’ordre ; et comme un nommé Scott, sujet anglais, avait été compromis dans cette noyade, il fut arrêté. Mais le gouver-
nement anglais s'opposa à sa mise en jugement par les autorités portugaises, prétextant que le Portugal n’exerçait aucune autorité effective sur les lieux où Scott avait été arrôté.