Dépôt, 23 février
FÉVRIER 1798 m
« troupes françaises dans la République Cisalpine, ce « gouvernement n'ayant pas le sol et laissant protester <( ses lettres de change. » Masséna n'a donc aucune responsabilité personnelle dans l'affaire des églises; il est tout aussi injuste de lui reprocher les vols individuels' qui accompagnent le pillage légal. Le surlendemain de son arrivée, 22 février (4 ventôse), il écrit aux consuls romains : « N'accordez aucune réqui- « sition qui ne porte ma signature ou celle du commis- « saire ordonnateur en chef, Villemanzy"^. » Il n'y a pas plus de justice encore à l'accuser de la misère ovi languit l'armée : le même jour où il écrit aux Consuls, il ordonne qu'on réunisse sur-le-champ une commission afin de rechercher : 1° les besoins de l'armée de Rome; — 2° la situation exacte des magasins; — 3° ce qui leur manque afin que les approvisionnements soient assurés pour trois mois; — 4° ce qu'il faut faire pour y pourvoir^. A ce même moment, enfin, il ordonne au gouvernement provisoire de verser dans les trois jours aux magasins de l'armée 6.000 paires de souliers et 6.000 chemises^. Rien n'est plus légitime que sa colère lorsqu'il connaît l'accueil que lui font les troupes.
On s'explique donc sans peine ses efforts, — déloyaux, du reste, — pour faire croire à Paris, en dépit de l'évidence, que c'est contre Berthier que les troupes se
1. Que les agents de Haller, pillant pour le compte de l'armée, aient aussi volé pour leur compte, c'est ce que croient les officiers (Lettre à Masséna, Adresse au Directoire) et Desvernois [Mém., 87) ; c'est ce que prouve la disparition des camées du Pape, attestée par les Commissaires (Cf. leur lettre au Directoire, 27 lévrier (9 ventôse (Aff. étrans. Corr., Rome). Sur l'affaire des camées, Cf. suprà, et rapport de Masséna (Dépôt, \" mars), lettre de Berthier à Haller (Dépôt, 28 mars); il lui réclame l'ordre qu'il lui a donné de prendre dans le Musée du Pape sept camées, dont un pour chaque directeur, un pour Bonaparte, et le plus beau i)our le Musée de Paris. Il est vraisemblable que l'imagination des troupes a fort exagéré l'importance des rapines particulières; sans doute, elles savaient qu'on demandait de l'argentà Mantoue;mais elles savaient mieux encore ce qu'elles voyaient chaque jour : des trésors s'engoufTrant dans les fourgons. Et celte sensation souvent réjjétée était beaucoup i)lus forte sur les esprits que l'idée des besoins de Mantoue ; elle suggérait la pensée du vol; et, comme il s'en commettait, elle les amplifiait sans mesure. Devant les généraux, les officiers reconnaissaient qu'on portait de l'argentà Mantoue; au fond ils croyaient tout autre chose. •> Ils me parlent de dilapidations, mais ils ne peuvent nommer personne », écrit Berthier au Directoire, le 25 février.