Elle prend alors le nom de place de la Liberté
LES JACOBINS ET LE PEUPLE I5i
y éclate avec tant de fracas que la police est même obligée d'intervenir. Tantôt ce sont de furieuses attaques contre les hommes du gouvernement papal, — comme il advint le 10 mars, au soir, où l'on jouait une comédie sanglante dirigée contre le duc de Braschi' ; — tantôt ce sont des pièces d'Alfieri, comme sa Virginie fameuse, qu'on donnait le même soir à l'Argentina'; tantôt des farces grossières autant que plates : maintenant que « les prêtres » sont partis, pourquoi ne pas se donner du bon temps'^? Et, de fait, les théâtres se multiplient''; tels le théâtre « délia « Pellacordia » et le Teatrino detto degl' Jmperiti^ où jouent les amateurs^.
Mais ces soirées et ces fêtes ne sont qu'apparence et mensonge : et l'on n'a pas de peine à démêler, sous cette mascarade qui sent trop l'improvisation, la vie persistante de la cité séculaire. Le peuple demeure toujours hostile, car le clergé demeure toujours le maître : de là les porquisitions, les arrestations, les exils. A la place du Peu^jle et au Gampo de' Fiori, devant Santa-Maria du Trastevere et à la place des Charrettes'^, les pelotons français viennent trente et une fois passer par les armes ceux qui ont été condamnés par les commissions militaires. Dans les quartiers qui s'étendent sur les larges croupes des Monti, et dans cet autre qui escalade les pentes raides de Capo le Case, et dans les maisons qui se pressent, à la Regola, au pied des hautes murailles du palais Spada et du palais Farnèse, on procède régulièrement à la réquisition des armes et des munitions cachées : lorsqu'on en trouve qui n'ont pas été apportées aux commissaires français, la maison du coupable est aussitôt livrée aux ilammes'.