CoUezioue, I
subie. Et qui pourrait s'en étonner? Cette mainmise brutale autant qu'hypocrite du Directoire sur Rome n'est-elle pas la suite naturelle de cette invasion soudaine, mensongère, fiscale, qu'a déchaînée la mort de Duphot et dont on a suivi jusqu'à ce jour l'histoire complexe et curieuse. Derrière la façade pompeusement tendue aux yeux naïfs le jour de la Fédération, derrière tous ces fantoches de consuls, de sénateurs et de tribuns, il faut voir ceux qui tirent les ficelles, il faut discerner la réalité vraie. Ce qui constitue la trame de l'histoire où nous entrons, ce n'est pas le jeu naturel de la machine officielle, montée à Rome, le 20 mars ; c'est l'action incessante et la lutte sourde des autorités véritables, établies à Paris, le 31 janvier ; ce n'est pas la rivalité des conseils et des consuls, c'est la guerre des généraux en chef et des commissaires civils.
Et cette guerre ne fait que continuer la querelle qui départageait en deux camps les Français vainqueurs, et à laquelle l'arrivée de Masséna vint donner tout à coup un caractère si grave. D'un côté l'armée unie aux habitants de Rome repousse le pillage légal aussi bien que les rapines invididuelles, où ils voient avec raison, les uns la ruine, l'autre le déshonneur. De l'autre la « gent fiscale », les pilleurs officiels, les voleurs patentés obéissent aveuglément, les uns aux ordres du Directoire, — « senza danaro », comme Maximilien, — les autres aux suggestions de leur avidité propre : et ils pressent en tous sens, et de mille manières, afin d'en faire sortir un peu d'argent cette pauvre terre âpre et rocheuse de l'Italie centrale. En raison de son passé, et quoi quil ait voulu, Masséna est apparu aux yeux de tous comme la « raison sociale » de cette bande vorace; lui parti, ce sont les administrateurs civils de toute espèce, et, à leur tête, les commissaires du Directoire qui deviennent les chefs du parti fiscal dans sa lutte contre le parti militaire.
Et cette lutte ne fait encore, si l'on regarde au fond