Galimberti, 8 mai
184 AVBIL-MAI 1798
« pas, devient le seul Dieu qu'on adore et transforme « Rome la sainte en une des arènes les plus actives de « Cythère'. » La marquise Girolama Lepri, femme d'esprit et fort bonne femme, donnait de nombreux diners, réunissait beaucoup de monde autour d'elle, n'oubliait qu'une chose « malgré tout un esprit, c'est « que les hommes ne désirent que ce qu'on leur refuse et « n'admirent que ce qu'on leur cache ». La princesse Borghèse était une grande dame douée d'une raison supérieure et d'une grande force d'âme et d'esprit. Aucune des familles restées à Rome n'avait fait d'aussi fortes pertes que la sienne; on lui avait volé quantité de vaisselle, avec peine entassée dans douze armoires immenses; de soixante chevaux magnifiques qui se trouvaient dans ses écuries, il lui restait « deux rosses » ; un soir que Thiébault lui donnait la main pour la mener à sa voiture et que, pour arriver au pied de l'escalier, ses chevaux passaient péniblement devant elle, « avouez, Thiébault, dit-elle, en éclatant de « rire, qu'il me reste deux jolis chevaux ». A côté d'elle se pressaient des femmes d'autant d'esprit et de plus de grâce : la jeune duchesse Lante, vive et charmante, donnait un premier rendez-vous à un aide de camp de Kellermann dont elle était amoureuse, la nuit qui précéda son mariage; la duchesse de Ceva, « belle brune aux « yeux bleus, se livrait sans s'engager, se donnait sans « rien garantir, n'exigeait que ce qu'elle accordait » ; M"" Ottoboni, «joueuse forcenée», avait épousé, à dixsept ans, un banquier qui avait passé la quarantaine et qui, voulant qu'elle fût « heureuse », lui laissait pleine liberté. S
La vie politique n'était pas moins active que la vie mondaine. On faisait peu de bruit, sans doute, autour des discussions ~ du Sénat, qui avait tôt fait d'abolir, avec les titres féodaux, les substitutions et les lîdéi-