‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 20 sur 579 · L ESPAGNE ET NAPLES · texte numérisé non relu

L ESPAGNE ET NAPLES

Si telles sont les dispositions de l'Espagne à l'égard du Saint-Siège, celles de Naples ne sont pas plus rassurantes. En voici une preuve, entre mille. Dans une dépêche que le marquis de Gallo adresse, le 17 janvier 1798, à Trouvé, notre chargé d'affaires à Naples^ le noble marquis se montre très soucieux de Véquilihre politique de la péninsule, et il ajoute expressément : « Sa Majesté... est très disposée à s'accommoder avec « la République française, comme elle l'a ordonné à son « ministre à Paris i, afin de prévenir [aie) et de conser- « ver l'équilibre de l'Italie et d'y assurer la tranquillité « publique. » N'est-ce pas clairement dire à la France, à qui jadis la cour de Naples réservait le seul Comtat Venaissin : « Prenez les Marches, prenez mèmel'Ombrie; (( mais donnez-moi, au moins, Bénévent». Ici encore on a l'impression que les cosignataires du pacte de famille voient dans l'Etat pontifical une petite Pologne qui n'est pas mûre encore ; ils en surveillent les intérêts avec un diligent amour.

Ces mines sourdes qui menacent d'éclater lors de l'invasion française, et qui mettent en péril l'existence même de l'Etat papal, n'étaient pas les seuls dangers auxquels Pie VI fût en butte. Comme chef du catholicisme, il était encore engagé dans une lutte redoutable. En septembre 1763, l'un des élèves les plus hardis du fameux professeur de Louvain Bernard von Espen^ publiait à Francfort son De statu Ecclesùe deqiie légitima iwotestate romani pontificis^ liber singularis ad reiiniendos dissidentes in religione christianos. Il signait Justinus Febronius ; il s'appelait Jean-Nicolas de Hontheini'^ Né à Trêves, le 27 janvier 1701, il s'était formé à Louvain, où, avec van Espen, Bavens, Hock

1. Gros Bois. Fonds Maréchal, 1798. A. 11 h\s. Sorel, III, 297-298.

2. Van Ksi)en (1646-1728) enseignait le Droit canon à l'Université de Louvain depuis 1673. Il refusa d'accepter la bulle Unùienitus et s'enfuit en Hollande. En 1700, il publia à Louvain son Jus eccleslasticum tcniversion, qui, en 1710, eut une seconde édition à Bruxelles.

3. Cf. Febronius et le Febronianisme..., par -I. Kuntzinger, professeur à l'Athénée de Liège, 6 mai 1889 {Acad. roy. de Bel/jigue. Méin. couronné, t. X|jIV).

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et Bugonhoiit, il continuait les traditions gallicanes antiromainos. Après avoir étudié un an, à Lcyde, en 1724, il avait dirigé le séminaire de Goblentz de 1738 à 1747. Devenu, en 1748, suffragant de l'archevêque électeur de Trêves et évêque, in partibus\, de Myriophite, il avait fait enseigner dans le diocèse les quatre articles de 1682. Il s'était mis en conflit avec les Jésuites, jusque-là maîtres absolus de l'Université. Il s'était mêlé à l'administration ecclésiastique d'une importante région de l'Allemagne, toujours indisposée contre Rome'.

Cette expérience avait confirmé les conclusions auxquelles l'avaient conduit ses études. En 1742, notamment, envoyé par les électeurs à Francfort, il avait examiné, avec Spangenberg, les griefs de l'Allemagne contre Rome, à propos du XIV" article de la capitulation impériale, dont le nonce demandait l'abrogation 2. Il prétendait que les exigences du Saint-Siège avaient seules amené tous les malheurs de l'Eglise; le gouvernement de celle-ci n'est pas monarchique, disait-il, puisque tous les apôtres ont reçu un pouvoir égal 3. Si le pape a le devoir de veiller à l'exécution des canons, à la conservation de la foi, à l'administration des sacrements, s'il peut décider de toutes les questions de morale et de foi, il peut aussi être contrôlé par un Concile général 's en outre, il n'a nullement le droit qu'il s'est arrogé, en vertu des Décrétâtes du pseudo- Isidore, de confirmer ou de déposer les évêques ; les évoques sont égaux ; il exerce à leur égard une primauté d'honneur, non pas une primauté de juridiction. Episcopalistes, ses revendications sont encore et surtout régalistes : « pour (lui), l'usage du placet est un droit « tellement essentiel que (les princes ne peuvent) y

1. Les Gravaminn nationis fiermanicr, rédigôs par la diète de Nuremberg, p:i 1522, et les MéimAreu des électeurs ecclésiastiques en 1673, en font foi.

2. Kuntzinger, p. 23. L'article 14 i)ortait: ne point laisser violer les concordais, droits et i)rivilèges de la nation et de 1 église germaniques.

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