LA FÊTE DE LA LIBERTÉ
succès que jadis. Les fêtes se font plus rares aussi, et l'éloquence des orateurs, — ou la patience des auditoires,— commence, il semble, à tarir : seul, Bona, qui * remplace Spada à la tête de la garde nationale, trouve le secret d'enrichir encore le trésor des rodomontades jacobines ' ; Piranesi, qui lui succédera le 12 juillet, sera beaucoup plus sobre. Il n'y a guère que deux, je pourrais môme dire qu'une solennité patriotique qui rappelle celles des mois passés. Le 14 juillet, les Français fêtent l'anniversaire de la prise de la Bastille par iine revue et des manœuvres exécutées à la villa Borghèse : mais les canons du château Saint-Ange ont beau tonner d'heure en heure pour exciter la population patriote à communier avec les Français dans un enthousiasme humanitaire, la fête du 14 reste une fête française et militaire.
Le 17, au contraire, sur la place d'Espagne, — c'est la place de la Liberté que je veux dire, — quel débordement d'ivresse ! Sur trois autels élevés au milieu d'une haute estrade, aux pieds des statues de la Monarchie et de la Religion, dominées elles-mêmes par une statue gigantesque de la Liberté, œuvre du sculpteur milanais Cirnolli, on livre aux tlammes, avec nombre barrettes cardinalices, tous les titres de noblesse qu'on peut trouver, les procès-verbaux du Saint-Office, le livre d'or du Gapitole ; Borghèse et Santa Croce jettent sur l'autel leurs blasons et dansent sur l'estrade; l'architecte Barberi, tirant de sa poche une croix et un diplôme, les brise, les déchire et les jette au feu, et Piranesi en fait autant. Mais Barberi ne pense pas que ce soit pour lui une régénération suffisante : il prend le nom de Tisifonte que lui a donné le poète Gianni de Milan, et, pour se débaptiser, ne trouve pas de plus ingénieux moyen... que de se laver la tête. Cependant, tandis que les parchemins brûlent et que Tisifonte se lave des hontes baptismales, le vent souffle avec rage,