Sala, 4 juin
la pluie tombe avec fureur, ébranle les statues, éteint les brasiers, et les patriotes recueillis écoutent pieusement les discours de Béni et de Rossi, de Jaccouci et de Tostis^
Cette ridicule parodie de notre belle nuit du 4 août, par bonheur, n'eut pas de lendemain : la question des cédules tenait trop de place dans les préoccupations du jour; et puis, on ne pouvait indéfiniment et sur toutes les places de Rome planter des arbres de la liberté.
En ces mois troublés par des souffles d'émeute, la capitale jacobine avait donc perdu son air de fête; le monde officiel avait interrompu sa mascarade; la physionomie de la ville chrétienne reparaissait sans être défigurée. Le 2 juin, c'était les cérémonies de l'ordination que M*'" Passari célébrait au Latran ; le 7, c'était la solennité du Corpua Domini. Comme on avait refusé l'autorisation de traverser la place Saint- Pierre et d'en faire le tour, par la colonnade, ce fut à l'intérieur de la basilique et dans l'atrium que se déroula la procession populaire, escortée de quarantedeux élèves du séminaire romain portant des torches de cire ainsi que de dix-huit chanoines des églises patriarcales-. Quinze jours après, une autre cérémonie attirait la foule dévote du côté de l'ile du Tibre: on avait décrété « la désafiectation » de l'église Saint-Barthélémy pour en faire une caserne, un théâtre ou un magasin. La conque en cuivre doré, où la légende voulait qu'eût été déposée la peau du saint apôtre après son martyre, avait été mise en vente et achetée avec les marbres par un tailleur de pierres, Alessandro deir Oste ; les autels avaient été démolis, et l'on trans-
1. Collezione, l\, 309-312. ^1/em. Stor., 278. Sala, II, .33. Cf. d'Allonville. Mémoires secrets, III, 233-234. « Le lendemain de mon arrivée, je suis tiré du sommeil le plus profond par un assez grand bruit : j'ouvre ma fenêtre, qui donnait sur la place d'Espagne, où je vois élever un échafaud : — Quoi, serait-ce Tarrêt d'un supplice, dis-je à mon hôte. — Non, répondit-il, c'est celui d'une fête. — Quel théâtre, bon Dieu ! Mais qui doivent en être les acteurs? — Nos anciens princes et nos nouveaux rois ! »