SUPPRESSION DES JÉSUITES
allemande; l'attitude qu'ils avaient gardc^e contre Pascal et, plus tard, aux dernières années de Louis XIV, leur attirait la haine de la P'rance ; leur fidélité au Saint-Siège leur méritait la haine de tous ceux qui rêvaient d'empiéter sur ses domaines territoriaux ou sur ses droits religieux : « Une fois que nous aurons détruit les jésuites, « nous aurons beau jeu contre l'Infâme. » C'est du Portugal que partit le coup : le marquis de Pombal, ministre de Joseph P"", les accusa d'avoir conspiré contre son roi, confisqua leurs biens, les emprisonna ou les exila (1759). La France l'imita bientôt. Le P. La Valette, ex-procureur général des jésuites à la Martinique, s'était vu forcé de suspendre ses payements; quelques négociants de Lyon et de Marseille, compromis par là, tinrent l'ordre pour solidaire. La Société de Jésus venait d'exclure La Valette, qui se livrait à des opérations commerciales ; elle refusa de payer ses dettes (3 millions). Déférée à la grand'chambre du Parlement do Paris, elle fut sommée, au cours du procès, de produire ses statuts. Un certain abbé Goujet en publia des extraits, qui, perfidement choisis, produisirent un tel effet à Paris que, le 22 août 1762, le Parlement prononça la suppression de l'ordre : arrêt que ratifia Louis XV, en novembre 1764, après deux années d'hésitations et de négociations. Le grand coup était porté ; vainement, parla bulle Apostolicmn pascendi (7 janvier 1765), Clément XIII confirma-t-il les jésuites; dans la nuit du 2 au 3 avril 1767, Charles III les expulsait d'Espagne; le 20 novembre 1767, Tanucci les supprimait à Naples ; les ducs de Plaisance et de Parme suivaient son exemple, et quand Clément XIII, pour venger ses défenseurs, excommuniait celui-ci, son vassal, Leurs Majestés Bourbonniennes, signataires du pacte de famille, occupaient Avignon, Bénévent et Ponte-Corvo, projetaient le blocus de Rome i, exigeaient l'abolition complète de l'ordre (10 décembre 1768) ; et,