Sciout, IV
280 BERTOLIO ET DUPORT
Les circonstances étaient graves. Le l"août, la flotte française, qui avait escorté en Egypte l'armée de Bonaparte, était anéantie par Nelson, et, quinze jours après, la nouvelle arrivait à Rome par la Gazette de Venise ' qui portait en épigraphe :
\ive nel suo morir Nelson ognora Bonaparte mori vivendo ancora^.
La Gazette de Bologne'^ avait beau démentir les assertions de la Gazette de Venise, Beriolio l'interdire et réfuter « les bruits malveillants répandus contre l'expé- (( dition d'Egypte'' » et rappeler l'heureuse arrivée à Alexandrie 5; le 22 arrivait une gazette grecque qui confirmait tous les détails donnés par le journal vénitien*^ et ajoutait môme que Bonaparte était prisonnier. On devine la surexcitation produite par ce désastre, le premier que les armes françaises eussent essuyé depuis les jours sombres de 93 ; on en peut mesurer la force à l'accent de certain sonnet qui célébrait la victoire anglaise'.
Par malheur pour Bertolio et Duport, s'ils se heurtaient ainsi à des difficultés nouvelles qu'avaient ignorées leurs devanciers, ils rencontraient aussi toutes celles qu'ils avaient eu à vaincre. « J'ai la certitude, (( écrivait Brune au Directoire^, que les émeutes « romaines ont eu pour cause principale l'excessive « cupidité des agents employés aux finances. Des per- « sonnes de tous partis, de toutes opinions, s'ac- (( cordent à dire et à écrire que jamais, dans aucun « lieu, l'impudence du vol n'a été poussée aussi loin