LA VIE A ROME
théâtres rouvrent : au théâtre Alibert, une actrice, la Baldinotti fait fureur ; mais un ténor, son ancien amant, organise une cabale contre elle, et dès lors ce sont des scènes sans nom que l'on cherche en vain à |l apaiser. Ici l'on s'amuse ; là, on souffre ; c'est après avoir ordonné une fusillade sur la place Saint-Pierre que s'ébranlent les caravanes joyeuses en route pour les Castelli, tandis que le peuple, impuissant et révolté, ronge son frein et prépare ses armes'.
Voilà donc quels sont à Rome les résultats de la pmî tique des commissaires ; on va voir qu'ils ne sont guère plus satisfaisants dans la Campagne, dans la Montagne et dans les Marches.
Résistance sourde, misère réelle, tels sont les deux traits les plus généraux de la situation de ces pays. Les Français sont trop puissants pour qu'on ose déjà leur courir sus; on se vengera d'eux par une indomptable désobéissance à leurs ordres. Tandis qu'ils tâchent de tout attirer à Rome et d'y concentrer tout ce que l'Etat peut contenir de richesse, chaque pays, d'instinct, se rebelle et s'acharne, malgré qu'on en ait, à conserver et à consommer sur place ses maigres ressources. « On « demande un remède, lit-on dans les rapports adressés « aux consuls le 26 fruttifero -, tant par rapport aux « deux questeurs de Foligno et de Terni qui ont négligé « de verser l'argent dans la caisse du questeur départe- « mental, quoi qu'ils y aient été invités, que par rapport
1. J'ai trouvé aux Archives des Affaires étrangères {Corr., Rome) une curieuse lettre de Joseph à Talleyrand, à la date du 23 frimaire an VI ; il propose d'installer à l'hospice de Liezi l'Académie de France et l'Ambassade au palais de l'Académie- « Ce palais, dit Joseph, se trouve au centre de la ville, dans le « quartier le plus brillant et le plus fréquenté; il est entièrement de représen- « tation et convient par conséquent au représentant du gouvernement, et nul- « lement à des artistes. Les arts aiment le recueillement, la solitude d'un quar- « lier retiré et voisin de la campagne et non le fracas des voitures de tout u Rome et les dissipations de toute espèce qui résultent de cette situation. »