Sybel, V
lieu de discuter des échanges territoriaux en Italie. Très instante pourtant, l'Autriche inassouvie poursuit sa campagne diplomatique, puisque son impuissance l'empôche de recourir à la force : elle se décide à tenter un dernier elîort.
Du 30 mai au 6 juillet, le comte de Gobcnzl et François de Neufchàteau, assistés de Koch et de Geoffroy, se rencontrent assez mystérieusement dans la petite ville de Selz, à la grande inquiétude des plénipotentiaires qui discutent à Rastadt. Le prétexte de ces conférences est l'arrangement de l'incident Bernadotte (13 avril); mais leur objet véritable est tout autre : il s'agit de la formation et de rétendue de la nouvelle République romaine'^. Le traité de Campo-Formio a partagé entre France et Autriche les plaines fertiles du bassin du Pô; si la France s'est réservée le plus gros morceau par la constitution de la Cisalpine, l'Autriche espère compenser l'infériorité de sa situation territoriale, — elle n'a que la Vénétie, — par la supériorité de sa position diplomatique : les gouvernements de Rome et de Naples ne seront-ils pas pour elle des ail iés précieux et dévoués ? Entre France et Autriche, les stipulations de Campo- Formio établissent un équilibre certain. La constitution de la République romaine détruit à jamais cet équilibre : elle ruine d'un coup le système politique autrichien tel que Ta conçu ïhugut, en signant le 17 octobre. La France, qui a consenti à équilibrer alors les forces des deux Etats, peut-elle refuser aujourd'hui de les équilibrer de nouveau ? Le traité de Campo- Formio est rompu en fait; et Cobenzl n'a pas de peine à démontrer au plénipotentiaire français la duperie dont le cabinet de Vienne est victime ; il réclame en son nom des indemnités : « Nous saurons », ajoute-t-il dans sa note du 2 juin, « si les Français veulent perce mettre que nous nous étendions en Italie. »
1. Mémoirex... d'un homme (TElat, VI, 151 (d'AUonville). Cf. François de Neufchàteau au Directoire, 1" juin (Archives, AF3, 59).