‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 342 sur 579 · SIÉYÈS. LES POLONAIS · texte numérisé non relu

SIÉYÈS. LES POLONAIS

Le 10 mai, Siéyès est nommé ambassadeur extraordinaire à Berlin, auprès du roi de Prusse. Il compte créer d'abord, en Westphalie, à cheval sur la Weser et l'Elbe, un état comme celui que gouvernera plus tard Jérôme. Il doit encore, il doit surtout pousser la Prusse à l'est, en lui donnant la Pologne; la Prusse fera revivre le traité du 29 mars 1790, elle ressuscitera sa politique d'alliance polonaise, remplira le rôle dont n'a pas su s'acquitter la Saxe et arrêtera la Russie à l'est ^ La Prusse installée en Pologne, la France s'installe en Allemagne; et, dès lors, la Russie est refoulée en Asie et l'Autriche est contenue sur le Danube. La résurrection de la Pologne au profit de la Prusse, voilà donc l'œuvre première à laquelle il faut travailler; n'est-ce pas assurer l'évacuation de l'Allemagne par celle-ci, préparer, par conséquent, l'occupation de celle-là par la- France?

- Siéyès rencontre sur sa route et associe à ses efforts des Polonais intrépides qui ont voué leur existence à la restauration de leur patrie, Joseph Wybicki, Jean Lipski, Denis Mineroski, Jean Dembowski, Romuald Gredroye; ils se remuent activement à Paris, surtout depuis l'arrivée de Jean Tremo et de Casimir de la Roche, Français celui-ci, volontaire de Seine-et-Oise en 1789-1790, secrétaire de la légation française à Varsovie en 1792, et depuis intimement mêlé au mouvement polonais. C'est dans ses réceptions et ses dîners qu'il réunit les réfugiés et les conventionnels, puis les membres du Conseil législatif, Chénier, Thibeaudeau, Fréron, La Harpe, Beaumarchais, Tallien, Louvct. C'est là que le traité de Râle est accueilli avec le plus d'enthousiasme; laque l'alliance prussienne est prônée avec le plus de chaleur; là que sont rédigées les instructions de Caillard, le prédécesseur de Siéyès et la note de septembre 1795, relative à la régénération de la

1. Cf. Instructions du 23 mai 1798. Aff. étrang. iVém. et Doc, IX. L'alliance prussienne était une des idées chères à Siéyès et à tout un j)arti français, au XVIII" siècle. QL Siéyès à Talleyrand, 20 juille't 1798. .

Pologne' : là enfin qu'est négociée, avec la France, puis avec la Cisalpine, Torganisalion des légions polonaises que l'on voit faire leurs premières armes dans la République Romaine et que leurs chefs espàrent bientôt conduire sous de plus sombres climats^. Une correspondance très active est engagée entre Bonneau, le chargé d'affaires du Directoire auprès de la République polonaise et François Barss, l'agent de celle-ci auprès de celui-là; Audibert-Caillé et Parandier sont envoyés à Berlin afin de seconder Siéyès et d'entraîner la Prusse.

Mais la Prusse s'effarouche de projets aussi grandioses; elle craint ce remaniement de l'Europe auquel on prétend l'associer. Cependant, lorsqu'on propose formellement de donner au prince Henri la Pologne reconstituée, les pudeurs prussiennes s'humanisent, Alvensleben consent"^. Quant à l'Autriche, afin de l'apaiser, afin de ne la point pousser à une lutte à mort, en la mutilant au nord, après l'avoir dépouillée à l'ouest et au sud, ou lui fait des confidences, on lui fait espérer des compensations brillantes ; on lui ouvre sur l'Orient des horizons indéfinis, d'ébouissantes perspectives...

Thugut saisit l'occasion avec joie; le 27 avril, il écrit au tsar'»; il lui fait part des projets du Directoire ; il lui révèle le péril polonais renaissant ; et le tsar lui promet son appui. A ce moment, Razumonski lui montre qu'à Berlin la situation est favorable à qui voudrait détacher du Directoire la coalition de la Prusse

1. Consulter sur cette question le livre très important de L. Chodzko -. Histoire des Lésions polonaises en Italie {Pa.Tis, Barbezat, 1829,2 vol. in-8). I, p. 95-130, et II. 353-390, et Aff. étrang., Pologne, 323.

2. Comme la Constitution de l'an III ne permettait pas au Directoire de prendre à son service les Polonais (Petiet à Dombrowski, 30 octobre 17%), il les adressa à la Cisalpine. Le 9 janvier 1797, une convention était conclue entre l'Adminislration générale de Lombardie et Dombrowski (Bonaparte l'avait autorisée le 5 de ce mois) ; le 20 janvier, celui-ci lançait à travers l'Europe une proclamation en quatre langues, appelant ses compatriotes; le 3 février, l'Administralion générale lançait à son tour une proclamation de ce genre ; le !t février 1707, la 1" légion polonaise était constituée à Milan ; elle com])tait ce jour-là L127 hommes divisés en deux bataillons; le 8 mars, elle était conduite à Manloue, où elle arrivait le 13.

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