AVRIL-JUILLET
7 août, le général russe Rosenberg reçoit l'ordre de filer sur la Galicie : depuis le début de ce mois, Gobenzl est arrivé à Pétersbourg afin de conclure une alliance entre Paul P"" et l'empereur.
Les menées de Siéyès ont valu à l'Autriche l'alliance russe; les menées de Bonaparte lui valent l'alliance anglaise. A la fin de 1797, maître de l'Italie, protecteur du Directoire, Bonaparte s'est arrêté, hésitant : « La poire est-el le mûre ? » La France est-elle prête ? Le jour du triomphe est-il venu ? Après s'être essayé au coup d'Etat, le 18 fructidor, en faisant opérer un de ses hommes, Augereau, lui convient-il d' « opérer » luimême, de chasser les directeurs, de « sauver la République »? Il ne sait encore, il hésite, il craint de se tromper ; mais il faut qu'il se décide ; s'il ne veut s'user, il faut qu'il agisse ; s'il ne veut que son prestige décline, il faut qu'il l'accroisse. A Rastadt, où il fait une apparition brusque, il est comme dépaysé, au milieu des lenteurs finaudes des princes allemands ; il serait dupé par eux : la guerre est décidément plus sûre. Du reste, l'opinion publique la réclame; l'armée la demande ; c'est un moyen de gagner de l'argent, de se concilier des dévouements, de flatter l'orgueil national, d'acquérir de la gloire. La paix sur le continent esta peu près assurée; c'est contre l'Angleterre que Bonaparte se tournera.
Mais où porter son effort, où diriger son attaque? Il hésite entre l'Irlande et les Indes, pays des héros et des demi-dieux 1; il ne sait encore; et que lui importe? Ne trouvera-t-il pas, ici et là, un ennemi à combattre et des batailles à gagner? Il lui répugne de
1. « Je suis persuadé de l'intention des Français de nous chasser de l'Inde avec l'aide de Tippoo-.sahib (Nelson Disp., III, 3tj).