‹ Le regime jacobin en ItalieChapitre 346 sur 579 · DANGER DE L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DANGER DE L ANGLETERRE

mène aux Indes orientales, il en a deviné l'importance extrême; c'est lui, on l'a vu, qui désigne l'Egypte à Bonaparte : il veut s'en emparer dès à présent, et voilà pourquoi il lance en avant le général ambitieux qui laisse mûrir la France pour le coup d'Etat. Les victoires de 94 et de 96, les traités de Bâles et de Gampo-Formio, bientôt couronnés sans cloute par la pacification de Rastadt, ont mis fin à la crise continentale; guidée par Talleyrand, servie par Bonaparte, la France s'attaque maintenant à la question maritime, et elle semble prête à y engager toutes ses forces.

L'Angleterre est-elle en état d'affronter la lutte corps à corps à laquelle son ennemie se prépare? La crise financière et la question irlandaise, sans parler de la révolte des matelots, lui laissent peu d'espérance de succès : plus que jamais, elle a besoin d'une diversion continentale. — Le 15 avril 1797, l'équipage du vaisseau de l'amiral Bridport s'insurgeait, comme on lui donnait l'ordre d'appareiller; la flotte de Plymouth, puis celle de la Medway suivait son exemple; les marins révoltés, conduit par Richard Parker, traitaient en ennemis ceux des leurs qui restaient soumis aux officiers, et ils menaçaient de livrer aux Français les onze vaisseaux et les treize frégates dont ils étaient devenus maîtres.

Si la révolte finissait par s'apaiser, la crise financière durait toujours ; depuis 1792, la banque de Londres avait fait de si fortes avances au ministère qu'elle se trouva bientôt dans l'impossibilité de rembourser en espèces les billets qu'elle avait émis ; et, bien que le commerce de Londres eût, à la fin, décidé de les accepter, — pour parer à la faillite, — la situation était assez grave, au jugement de Pitt, pour qu'il insistât auprès du roi afin d'ouvrir les négociations ; le taux de l'emprunt était de 8 0/0.

En Irlande, enfin, subsistait une agitation redoutable. La grande insurrection des Irlandais-Unis, qui

devait éclater le 23 mai, sous la direction de lord Fitzgerald, échoua sans doute par la trahison de Reynolds ; mais les Irlandais étaient tout frémissants encore. Bien que désarmés, ils s'étaient soulevés et avaient lutté à Vexford ; ils avaient accueilli avec enthousiasme la poignée d'hommes que leur amena, à Killala, le général Humbert ; que ne feraient-ils pas le jour où une armée française mettrait le pied dans l'Ile? L'armée d'Abercromby, qui la gardait, s'était fait détester; son chef disait d'elle qu'elle s'était rendue redoutable à tous, sauf à l'ennemi. Le 11 octobre, il est vrai, l'Angleterre avait reçu une glorieuse et importante nouvelle : l'amiral Duncan avait écrasé, à la bataille de Camperduin, l'escadre hollandaise, qui devait escorter l'expédition d'Irlande. Mais, le 17 de ce môme mois, elle avait perdu plus encore qu'elle ne venait de gagner : c'était le 17 octobre qu'était signé le traité de Campo-Formio, qui, rétablissant la paix entre l'Autriche et la France, rendait à celle-ci toute sa liberté d'action.

Au moment môme où l'Angleterre était directement menacée par la France, au moment où sa situation intérieure était telle que Pitt songeait à la paix, l'Angleterre était donc abandonnée par le continent ; et c'était là ce qui rendait sa position vraiment critique. Comme l'efTort de la politique française doit tendre toujours à disjoindre de la question maritime le problème continental, le jeu anglais consiste, au contraire, à compliquer d'une crise continentale toute crise maritime qui survient ; il faut obliger la France à diviser ses forces, à faire front de deux côtés à la fois, à défendre en môme temps sa frontière de mer et sa frontière de terre. C'est cette politique qui a fait la force de l'Angleterre en 1756 et qui nous a valu les hontes du traité de Paris (1763) ; c'est elle que l'Angleterre a tenté de suivre en 1779; mais nous avons déjoué ses efforts : ce qui nous a valu le glorieux traité de Ver-

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