ORIGINE DE LA GUERRE NAPOLITAINE
sailles (1783) ; c'est cette politique, encore, qui a fait son salut en 1805, lui a permis de se dérober à l'étreinte de l'armée de Boulogne et lui a donné, finalement, de nous écraser à Waterloo^; c'est cette politique enfin qu'elle a suivie en 1798 en provoquant la guerre entre Naples et le Directoire.
La guerre napolitaine n'est qu'un moyen pour elle de déchaîner la guerre continentale, en y entraînant de force l'Autriche. Mais l'Autriche, contre toute attente, fait la sourde oreille; elle dit ne pas vouloir de la guerre encore; et, peut-être, espère-t-elle ne pas la faire du tout.
C'est que, malgré la note française du 2 mai, dont les prétentions exagérées inquiètent la Prusse et les princes, l'entente franco-germano-prussienne est toujours vivante. Les marchandages de Rastadt sont loin d'être terminés ; la France peut compter sur le concours de l'Allemagne et la neutralité bienveillante de la Prusse, aussi longtemps qu'on aura besoin d'elle dans l'affaire des sécularisations. Ce n'est pas tout. Sans tirer l'épée, en menaçant seulement de s'en servir, l'Autriche espère recueillir tout le bénéfice d'une guerre heureuse ; maintenant que ses alliés sont lancés dans une guerre contre la France, sans qu'elle y soit engagée elle-même, elle n'a qu'à « laisser venir ». Désarmée de ses meilleures troupes, attaquée par l'Angleterre et demain par la Russie, la France sera trop heureuse de pouvoir la satisfaire pour n'avoir point à lutter contre elle; la conquête diplomatique de la Vénétie hante toujours l'esprit de son ministre : son habileté n'a-t-elle pas été plus efficace que les campagnes d'Alvinzi et de l'Archiduc?
1. C'est cette politique qu'elle continua de suivre naguère en se ménageant l'alliance de l'Italie, boute-feu de l'Europe, en vue de la guen'e qu'elle cherchait à rallumer. Et c'est, pour le dire en passant, la raison du deuil qu'elle porte toujours de la chute de Grispi; elle trouvera difticilement un autre homme, aussi bien préparé à la servir, en déchaînant la guerre continentale avec autant d'aisance. Je tiens d'un ministre accrédité auprès du Quirinal que l'Allemagne dut intervenir à trois reprises auprès de celui-ci pour calmer sa rage antilrançaise : elle lui déclara à trois reprises, expressément, qu'elle le laisserait, en cas de conflit, se débrouiller avec la France comme il pourrait.
SEPTEMBRE l'OS til
Il décide l'empereur à tenter d'intimider le cabinet du Luxembourg ; les troupes autrichiennes se concentrent sur la rive gauche de l'Adige, et les rapports des généraux français au ministre de la Guerre témoignent de l'inquiétude 1 qu'ils en ressentent, Thuguten à escompté l'elTet au moment où nos généraux demandent, à Paris, l'autorisation d'évacuer la République romaine: il prévoit la délivrance de l'Italie centrale que les Français abandonneront afin de se concentrer, et la cession des Légations que le Pape restauré lui cédera en témoignage de reconnaissance. Les chicanes financières et militaires qu'il soulève, chaque fois que Pitt et Paul P"" le pressent d'agir, ne sont qu'un prétexte : l'anarchie intérieure ne peut que s'accroître en France avec le Directoire ; les armées françaises ne peuvent que s'affaiblir durant les campagnes d'Egypte ; la France devra bien, un jour ou l'autre, payer la neutralité autrichienne; et, s'il faut qu'un jour l'Autriche tire encore l'épée contre elle, ce jour-là, du moins, la France étant plus épuisée, sa besogne sera plus facile.
On voit quel péril menace l'Angleterre : on s'explique l'activité qu'elle déploie pour le conjurer, au nord de l'Europe comme au sud. Sans doute, elle peut compter sur la Russie menacée par les projets de Siéyès : mais nulle part ses frontières ne continent aux frontières françaises; il faut que ses troupes soient accueillies par la Prusse ou l'Autriche : et c'est le but que Pitt propose aux efforts de lord Elgin, qu'il envoie, en ce moment môme, en mission à Berlin. C'est dire que lord Elgin doit aussi obtenir du jeune roi qu'il se déclare enfin contre la France. La situation est favorable : Siéyès n'a pas gardé longtemps la môme attitude si sage qu'il a tenue tout d'abord : avant de souffler mot de la République westphalienne qu'il rêvait de fonder, il avait habilement parlé du royaume polo-
\. Les commissaire» au Directoire, 31 juillet (Sciout, HI, 550). Gaultier au Directoire, 4 août. — Girardon à Macdonald. de Piperno, 4 septembre. — Macdonald à Brune, 6 septembre. — Girardoa à Macdonald, 18 septembre (Dépôt).