EFFORTS DE L ANGLETERRE
nais qu'il voulait rétablir au profit du prince Henri Mais il laisse maintenant échapper d'imprudentes paroles ; comme s'il avait gagné la bataille et amené d'Haugwitz à son système, il laisse clairement voir qu'il veut prendre le Hanovre et dominer le centre de l'Allemagne. La Prusse est donc menacée au même titre que la Russie et l'Angleterre : la prudence ne lui ordonnet-elle pas de s'unir à ces deux puissances? Et c'est ce que Elgin s'évertue à expliquer à d'Haugwitz ; il rappelle les visées du Directoire, sur la Hollande, au mois de mars ; il insiste sur les dangers que présente pour la Prusse une entente avec Paris, et il lui laisse entrevoir ce qu'elle a désiré toujours, des agrandissements territoriaux du côté des Pays-Bas. Et la Prusse, soucieuse, revient à ses premières défiances et incline à s'unir avec l'Autriche et la Russie. C'est un premier succès pour Pitt ; mais il ne veut pas s'en contenter. Ce n'est, du reste, qu'une espérance qu'on lui donne; et puis l'Autriche persiste toujours dans son attitude pacifique : qui sait si la France ne s'entendra pas avec elle et ne 1 ui cédera pas les Légations ^ et ne consentira pas à la restauration du Pape'-?... Il faut se méfier de Thugut; il faut l'engager dans la guerre malgré lui.
Or le royaume des Deux-Siciles est lié avec l'empire d'Autriche par un traité d'alliance défensive, conclu le 19 mai 1798 : si le royaume de Naples est attaqué, il est entendu que l'Autriche le soutiendra. La politique agressive de la France donne beau jeu à l'Angleterre; une tactique très simple lui conseille d'exciter Naples à provoquer le Directoire; il perdra patience et l'attaquera;
1. « Une bonne paix vaut mieux qu'une guerre heureuse, dit Thugut à lord Eden; et je suis prêt à la conclure pour les Légations. »
2. Noter ce que dit Sandoz : « Les Français préféreront la guerre au scrupulede renoncer à la misérable République romaine. »
il sera attaqué par l'empereur ; la guerre sera rouverte, la France prise entre deux feux, l'Egypte dégagée, l'Angleterre sauvée. Le duc de Gallo, alors marquis et ministre des Affaires Etrangères de Naples, dénonce explicitement la lactique anglaise: « Pour déchaîner... « la guerre en Italie... la cour de Londres décida de <( compromettre celle de Naples^ »
Gallo, très prudent de nature, l'était devenu davantage depuis l'établissement de la République romaine : cette armée française, campée à quelques marches du Garigliano, ne lui disait rien qui vaille. Depuis que Canclaux avait été rappelé, à la suite du 18 fructidor, le chargé d'affaires, Trouvé, gérait l'ambassade ; grâce à lui, peu avant la signature du traité d'alliance avec l'Autriche, les deux gouvernements s'étaient entendus au sujet de Bénévent et de Ponte Gorvo, que la France cédait pour 20 millions. Puis était arrivé Garât, le nouveau ministre envoyé par le Directoire (30 avril) ; son zèle « démocra- « tique » l'avait entraîné très loin; il avait demandé, réclamé, exigé la délivrance de seize « patriotes » napolitains emprisonnés en raison de leurs discours, peutêtre de leurs intrigues ; il s'était démené de telle sorte qu'il avait obtenu gain de cause. Mais Gallo s'était déterminé à demander à Paris le rappel de ce diplomate trop cassant ; et l'on avait souscrit à sa requête.
De la part du Directoire, c'était une marque évidente de bonne volonté ; et, à ce moment même, Naples prenait une attitude agressive : c'était une preuve non moins évidente du succès des intrigues anglaises. Le ministre favori, Joseph Acton, avait été congédié ; mais il continuait de mener les affaires dans la coulisse. Il détestait la France, — dont il avait quitté le service, victime d'un passe-droit, — au point qu'il avait refusé d'accueillir, pour ne lui point devoir de reconnaissance, la frégate chargée de blé que Louis XVI avait envoyée aux Calabrais, lors du grand tremblement de terre
1. Memorie... Archivio par le provincie napoletane, Xlll (1888, 271).