INFLUENCE DES CATHOLIQUES
d'établir cette république démocratique ; le 10 et le 19 vendémiaire (1 et 9 octobre), leurs doutes persistent et se précisent; l'ambassadeur du Directoire reçoit l'ordre de régler sa conduite sur les circonstances, en défendant les intérêts de la République. Dans le courant de 1797, la politique du Directoire vis-à-vis du Saint-Siège est donc temporisatrice et pacifique, et ce caractère s'accentue de jour en jour. C'est que, s'il repousse formellement les formelles ouvertures que lui fait Pie VI en vue de négocier un nouveau Concordat, il cède à l'influence persistante que deux hommes exercent sur lui : c'est à Talleyrand, et, par derrière Talleyrand, c'est à Cacault qu'il faut, sans doute, attribuer sa modération relative.
Diplomates de carrière et de tempérament, tous deux savent reconnaître dans la Papauté romaine une force politique de premier ordre : c'est la préoccupation constante de Cacault, dans ses négociations de Florence et de Rome, que la République persécutrice de 1793 soit substituée dans tous les droits et prérogatives de la Monarchie très chrétienne. Pie VI est très âgé et très souffrant; le 24 juin, il a eu une attaque d'apoplexie ; d'un moment à l'autre il peut mourir ; attendons au moins sa mort, dit Cacault. Il gagne du temps, ou il escompte un avenir meilleur. Car ses idées sont plus hardies encore ; au lieu de profiter de la mort du Pape pour établir à Rome une sœur rivale de la Cisalpine, ne serait-il pas possible d'adopter un meilleur parti ; au lieu de détruire cette force qui s'appelle la Papauté, n'y aurait-il pas un moyen de l'utiliser, de la domestiquer, de l'enchaîner? Il semble bien que telle soit son idée ; tel est aussi, sans doute, le plan de Talleyrand 1, beaucoup trop fin pour méconnaître un fait de cette importance. Le 14 messidor (2 juillet), il charge expressément Joseph Bonaparte, qui vient d'arriver à Rome en qualité d'ambassadeur, non pas de
1. Mémoires... d'un homme d'état [PslT'xs, 1828), V, 176, 177.
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préparer rétablissement d'une république vassale, mais de défendre au conclave^ — le mot s'y trouve, — les intérêts du Directoire. Et, quoique les circonstances contrarient cette politique; quoique, en France, les antichrétiens fassent le coup d'Etat du 18 fructidor (4 septembre), et que leur brutalité contraigne Talleyrand et Joseph à voiler leur jeu; quoique, en Italie, la coterie autrichienne obtienne pour Provera le commandement des troupes papales (19 brumaire — 9 novembre) au moment même où elle met sous les verrous les partisans des Français, Joseph exige sans doute et le renvoi de Provera (21 frimaire — 11 décembre) et l'élargissement des prisonniers : il faut bien jeter quelques os à ronger aux hurleurs de Paris ; mais il se garde de rien faire contre Pie VI ; bien plus, il défend ses intérêts. Comme le cardinal Doria accourt dans la nuit du 6 décembre et lui annonce que les Cisalpins envahissent l'Italie centrale, occupent San Léo et Pesaro, il dépêche un exprès à Milan atin d'arrêter l'action du Directoire cisalpin. Cette intervention de Joseph précise le caractère de la politique qu'il représente ; l'importance internationale de la Papauté a, sans doute, déterminé le gouvernement de Paris, sur les conseils de Cacault et les représentations de Talleyrand, à pratiquer à l'égard de Rome une politique de défensive et de pacifique expectative, même après le 18 fructidor. Cette politique est également, et pour cause, suivie par Bonaparte^ ; au même titre que Talleyrand et Cacault, on le devine par ce que l'on a vu, il en est l'inspirateur. S'il a fait nommer à Rome son frère Joseph^, c'est qu'il a reconnu l'importance du poste et qu'il est nécessaire à ses intérêts d'y avoir un homme tout à lui ; d'un moment à l'autre, la crise catholique ne peutelle éclater et hâter pour lui l'heure du triomphe? C'est avec cette pensée qu'il demande au Directoire et
1. L'occupation d'Ancône s'explique par des raisons militaires (14 nov. Corr., III, 586).