LA QUESTION RELIGIEUSE
étourdie, ils avaient provoqué un réveil religieux ' que d'autres faits, au cours de ce siècle, devaient accélérer encore. Rejetant le dogme chrétien au nom de la philosophie et de l'histoire, ils prétendaient en retenir la morale au nom de l'intérêt social et l'adapter directement à cette lin: de la vie religieuse qu'ils ignoraient, ils ne se souciaient pas ; du cléricalisme qu'ils appréciaient, ils entendaient tirer un souple instrument de règne. Leurs manipulations audacieuses blessèrent au vif la foi des croyants, qui ne pouvaient souffrir qu'on la rabaissât jusqu'à en faire le rempart de privilèges politiques ou d'iniquités sociales ; leurs entreprises maladroites autant que criminelles soulevèrent une durable révolte; ils préparèrent l'alliance de l'Eglise et du Peuple, les menaçant d'un commun esclavage et les couvrant d'un commun mépris. Le réveil, pour eux, fut très dur : le xvui" sièle venait de mourir, qu'apparut en pleine lumière l'inanité des longs efforts qu'il avait dirigés contre l'Eglise- : il fallut recourir à elle pour mettre fin, en France même, à la Révolution; il fallut s'adresser à elle pour obtenir le Concordat.
Comme il atteste l'échec de la grande campagne fébronianiste en Europe, ce coup de force de la papauté atteste aussi la vanité des entreprises tentées à Rome contre elle. On a vu les persécutions dirigées contre l'église locale qui y était établie'^; l'Eglise universelle qui y a son centre fixé les connut tout de môme. Le Pape fut chassé, les cardinaux dispersés, toute la haute administration catholique réduite à se cacher ou à fuir^.
1. Bien des écrit» en portent la trace. Cf. notamment La Causa di Dio e degli uomini, difesa dagl' insulti def/li empi e dalle pretensione dei fanatici (Milano Pirotta, 47 pages). Delln varta pretensione di alcuni filoaofi di separar la relii/ione del si*letna politico e délia necestilà di consprvare l'istruziove puhblica ecclesiasllca totto l'immediala ispesione del governo, lettere due.
2. Taine a déjà remarqué que « toutes le» grandes églises actuelles de l'univers sont l'œuvre du Pape, son oeuvre récente ». Cf. Goyau : Vue générale de l'histoire de la Papauté, l'JO.
3. Cf. suprd,passim. Cf. aussi Sala, I, 15, 20,39, 47, 55, 64,85, H2, 118, 122, 1.32, 140. 151, 1,^4, 1B0, 175, 184, 195,239, 2fil, 26'., 272, 283. Collezionue, II, 153. Sala, II, 14, 16, 17, 24, 26, 42, 5.5, 75, 96, 100, 122, 162, 169, 171, 174, 182, 206, 209; III, 80. M»' Passeri, puis, anrès l'invasion napolitaine, Mf lioni, en qualité de vicegérant, avait dirigé l'Eglise romaine.
4. Cf. surtout le journal du cardinal Antonelli, conservé à la Yallicellane à