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l'état romain 5
Et telle est la principale raison des graves désordres qui en troublent souvent l'histoire. Né à la môme époque et de la même manière que les principautés italiennes', de la nécessité de remplacer le pouvoir impérial qui disparaît en assurant contre les barbares la sécurité du pays et contre les obstacles de toute sorte la paix intérieure, l'Etat romain était devenu l'Etat pontifical, parce qu'aucune de ses villes n'était capable de lutter d'importance avec Rome, et parce qu'aucun personnage de Rome n'était de taille à lutter d'influence avec le Pape. Et l'alliance carolingienne, protégeant, agrandissant l'Etat romain, en avait confirmé la possession aux Papes, par cela seul qu'elle avait accru leur prestige.
Dans le cours des siècles, deux révolutions étaient survenues : la révolution féodale, répartissant toute la Chrétienté dans les cadres d'une hiérarchie immense et faisant de la possession de la terre la mesure de la valeur de l'homme ; et la révolution étatiste, substituant à la Chrétienté unique des Etats rivaux et brisant le monopole de la richesse foncière. La révolution féodale avait couronné l'évolution politique de l'Italie centrale, en sanctionnant la naissance de l'Etat romain; au fait qui s'était lentement produit de 540 à 754, elle attachait un caractère de nécessité; en l'expliquant, elle le consacrait. Vicaire du Christ, le Pape était le premier dignitaire de la féodalité chrétienne ; était-il admissible que son pouvoir ne reposât pas sur une base territoriale, alors qu'il en allait ainsi de l'autorité du dernier des princes et du moindre des barons? La révolution étatiste avait affermi l'Etat romain en lui fournissant non plus un principe théorique, ni une explication philosophique de son existence, mais une organisation administrative et militaire; la captivité de Babylone en avait révélé l'absence et démontré
1. Cf. Duchesne, les Premiers' Temps de l'Etat pontifical. Paris, Fontemoing, 1898. — Sugenheim, GescldcUte der Ùrsprung des Kirchenstaats. Leipzig, 1854.