LES PAPES
la nécessitée Cette organisation se créait peu à peu au XV'' et au xvi" siècle, depuis Eugène IV jusqu'à Sixte-Quint, en passant par Jules II et Léon X, par des hommes tels que Vitelleschi, Scarampi, Fortigucrra, Bessarion, Mathieu Schinner et Jean de Médicis, héritiers de l'œuvre commencée par Albornoz. Machiavel put dire avec raison : « Naguère, aucun « baron n'était assez petit pour ne pas mépriser la « puissance papale : aujourd'hui, un roi de France a « du respect pour elle. »
Mais cette puissance ne dura pas. Elle reposait sur des bases fragiles ; les ressources du pays, on l'a vu, étaient très limitées; et puis les libéralités des Papes, des guerres malheureuses et inutiles-, entraînaient des dépenses regrettables. Sous l'administration d'Urbain VIII (1613-1644), qui, selon ses ennemis, avait rempli le monde de guerres et Rome d'impôts, les dettes de la Chambre apostolique s'élevaient si haut que les intérêts absorbaient annuellement 1.300 écus d'or, c'est-à-dire près des deux tiers des revenus de l'Etat; le trésor de Sixte-Quint était dissipé. Au xvni^ siècle, le mal empira ; sous le nom de Benoît XIII (1724-1730), le cardinal Coscia, de Bénévent, qui avait accaparé le gouvernement de Rome, diminua, par ses rapines, les revenus de la Chambre apostolique de 120.000 écus romains^; et, si Benoît XIV (février 1741-mai 1758) parvint à mettre quelque ordre dans les finances, si Clément XIV (1759-1774) réussit même à réduire les dettes de l'Etat, celles-ci n'en atteignaient pas moins, à sa mort, la somme de 74.000.000 d'écus; le revenu annuel n'était que de 2.500.000 écus ; le déticit annuel montait à 300.000 écus^
1. J. Guirand, l'Etat pontifical après le grand schisme (Paris, Thorin, 1895), liv. I, 7, 46.