DÉPART DE JOSEPH
Cependant, Joseph vient d'écrire au cardinal secrétaire pour l'informer de la mort de Duphot ; quelques instants après, à huit heures et demie du soir^, il lui écrit encore pour lui demander de venir lui-môme ou d'envoyer le gouverneur, ou quelque autre personne qui ait sa confiance; il est abîmé de douleur; sa bellesœur, Désiré Glary-, fait peine à voir: pendant quelques heures, on craint môme pour sa raison; le lendemain, 30 décembre, devait ôtre célébré son mariage avec Duphot. Le chevalier d'Azara survient, informé des événements par Piranesi, tenu lui-môme au courant par ses amis les patriotes; au Vatican, où il allait aux nouvelles, on n'a rien pu lui dire; aussi, prenant avec lui deux cuirassiers du Pape pour lui frayer la voie 3, a-t-il résolu d'aller trouver Joseph.
Celui-ci est tout perplexe : quelle conduite tenir en d'aussi tragiques circonstances ? Il ne saurait plaindre le sort des patriotes obstinés à précipiter les choses : mais comment oublier Duphot et que, pour la seconde fois . en cinq ans, malgré la mission dont ils sont revôtus, des Français trouvent la mort dans les rues de Rome? Sherlock le pousse à partir; <( S'il est, dit-il, le digne frère du héros Bonaparte, il ne peut rester davantage après la mort de Duphot. » D'Azara, au contraire, lui montre quelles conséquences entraînera infailliblement sa retraite; ne convient-il pas d'envoyer un courrier à Paris et d'attendre des instructions nouvelles ? Le cardinal Doria envoie ses excuses et promet réparation. Joseph hésite; finalement il se rend compte qu'après les malentendus et les
Consulter aussi Mem. Slor., les Mémoin-is... d'un homme d'état, ceux de Joseph et d'Eugène, et les textes publiés par Séché.
1. Joseph à 8. E. Mei" le cardinal Doria, 8 nivôse, huit heures et demie du soir (AtT. étranu;. Corresp., Rome). « Eminence, je viens de vous écrire en vous prévenant de l'horrible attentat qui a été commis peu d'instants après mon retour du Vatican, où je m'étais rendu d'après votre invitation. Le Palais de France cerné, violé, il est instant que vous, ou le gouverneur, ou quelque autre i)ersonne qui ait votre confiance se rende ici. Je ne doute pas que vous ne vous y rendiez vous-même. Vous n'avez à traverser que vos troupes de ligne et civiques. »
•2. Mémoires... d'un homme d'état. V, '288. Désirée Glary épousa j)lus lard Berna^ dotte et devint reine de Suède. — Desvernois, Mémoires, 85.