LA FRANCE, L AUTRICHE ET NAPLES
son détriment l'équilibre des forces en Italie? Naples et l'Autriche, en un mot, laisseraient-elles la France se venger sans mot dire et s'accroître sans protester? Défendraient-elles le Pape ou voudraient-elles partager ses dépouilles ?
C'était cette dernière hypothèse que Ton envisageait à Paris, non sans raison. A la nouvelle du 28 décembre, Thugut et Gallo n'eurent d'autre idée que de s'entendre avec Talleyrand ; la catholique Autriche et Naples catholique ne connurent pas d'autre ambition que celle de partager l'état ecclésiastique avec la France révolutionnaire : c'était, toutes proportions gardées, une copie fidèle de la tragi-comédie polonaise de 95 ou de 72. Dans la dépèche qu'il adressait le 10 janvier à Cobenzl, son ministre à Rastadt, le baron Thugut commençait par manifester sa confiance dans la modération de la République et son espérance que l'intégrité de l'Etat papal serait sauvegardée; mais il prenait grand soin d'ordonner à son ministre de se réserver le droit exprès d'exiger des compensations et une réciprocité d'avantages ^ Qu'est-ce à dire, sinon qu'il espérait, par cet accident heureux, obtenir les trois légations cédées à Léoben et perdues à Campo-Formio, en compensation des avantages que la Cisalpine, prévoyait-il, ne manquerait pas d'obtenir.
Quant à Naples, tandis que son roi assurait le Saint- Père « qu'il garantirait de toutes ses forces tant sa <( personne sacrée que le peuple et le patrimoine sacré « de Saint-Pierre- », son ministre, le marquis de Gallo, protestait auprès de notre chargé d'aiîaires Trouvé de son amitié pour la France; il ajoutait ensuite : « Sa
« Majesté est fermement décidée pour sa part à ne
« rien faire qui puisse compromettre la tranquillité sus- « dite et Elle est très disposée à entrer, — ainsi qu'Elle « l'a ordonné à son ministre à Paris (le commandeur