BRONCHITES INFECTIEUSES
que d'une manière insuffisante rélaboration des produits normaux de l'assimilation digestive.
Ces phénomènes infectieux des bronchites, bien étudiés dans ces derniers temps par Sevestre, Hutinel et Glaisse, sont la source d'indications très importantes pour le clinicien, et, à côté de l'alcool, dont les résultats sont incontestables, une part prépondérante me paraît devoir être accordée au régime lacté, ainsi qu'à l'emploi des substances antiseptiques. Car, ici comme dans toutes les infections, il est indispensable de maintenir dans leur intégrité fonctionnelle le foie et le rein.
Dans les bronchites brightiques, qui sont parfois, comme l'a montré Lasègue, la seule manifestation mettant sur la voie d'une albuminurie méconnue ou d'une néphrite latente, le lait, comme dans toutes les expressions symptomatiqiies du mal de Bright, exerce encore une action souvent aussi rapide qu'inespérée. Et c'est peut-être là le secret de ces guérisons surprenantes que j'ai plusieurs fois constatées dans la vieillesse, alors qu'il n'existe que des présomptions en faveur d'un état plus ou moins avancé de sclérose rénale.
Ces réflexions s'appliquent également aux poussées qui surviennent chez les arthritiques et les herpétiques, pour lesquelles le lait à lui seul réussit plus sûrement que toutes les médications.
Dans le même ordre d'idées, on se trouvera bien
d'appliquer ce traitement aux eczémateux dont les manifestations respiratoires alternent avec les accidents cutanés et dans le sérum sanguin desquels peuvent s'accumuler des toxines anormales (Quinquaud).
Les connaissances récemment acquises sur les autointoxications et leur influence sur le système nerveux permettent de se rendre compte des résultats favorables obtenus au cours des maladies nerveuses et mentales par le régime lacté. Un certain nombre d'aff'ections psychiques coïncident, comme l'a montré Ballet, avec l'exagération de la toxicité urinaire ainsi qu'avec la présence de ptomaïnes anormales dans le sang. Nous savons, de plus, quelle part importante détiennent la perméabilité rénale et l'intégrité fonctionnelle des cellules hépatiques dans un grand nombre de processus morbides, et comment les troubles qui viennent à les frapper peuvent engendrer une toxémie, dont la folie n'est quelquefois qu'une manifestation du degré le plus élevé.
Aussi n'est-il pas étonnant de voirie lait rendre des services signalés dans le traitement des vésanies, au cours desquelles il y a toujours intérêt à assurer une alimentation suffisante, n'ayant pas l'inconvénient d'entraîner la poussée congestive qui suit souvent
chaque repas et qui, en assurant la dépuration urinaire, contribue à l'élimination des substances nuisibles, toxines, ptomaïnes anormales, etc., qu'on retrouve dans le sang de certains aliénés, et dont l'étude n'est encore qu'ébauchée.
L'antisepsie intestinale ou générale paraît, par conséquent, devoir donner de bons résultats en médecine mentale, et le lait est un des meilleurs moyens de diminuer la formation des toxines d'origine alimentaire et de restreindre la toxicité urinaire. Aussi je ne doute pas qu'en raison de cette multiplicité d'action, il ne devienne dans bien des cas un aliment essentiel à prescrire aux aliénés, chez lesquels on cherchera à diminuer les chances d'auto-intoxication, à provoquer l'élimination des substances toxiques qui se forment dans leur organisme et à abaisser la toxicité du sérum en augmentant son degré de dilution.
Dans cet ordre d'idées, on ne sera pas surpris de voir le régime lacté réussir d'une manière si remarquable à atténuer les accidents mentaux de la période puerpérale. Plusieurs exemples, dont un tout récent, qui m 'est personnel, démontrent que, dans certains cas, la manie des femmes en couches n'est qu'une expression de l'auto-intoxication gravidique et reconnaît, ainsi que cette dernière, une commune pathogénie, dans laquelle l'altération des fonctions hépatiques et rénales tient une place très importante. Aussi rien de surprenant à ce qu'un régime qui agit
efficacement sur Vcclampsic ne soit nettement indiqué pour combattre les manifestations délirantes, que semble entraîner parfois à sa suite celle auto-iyitoxication gravidique. Un fait que je viens de suivre avec mon collègue et ami le docteur Rivière nous a paru à tous deux bien concluant en faveur de cette pathogénie, qu'a du reste confirmée l'épreuve thérapeutique de la cure lactée combinée à l'antisepsie de l'intestin. Son intérêt justifie les quelques détails suivants, que je résume aussi succinctement que possible.
La malade en question, ayant présenté une attaque d'éclampsie après son troisième accouchement, avait conservé de l'albumine dans les urines et accusait des symptômes multiples d'un brighlisme avéré, que des crises de colique hépatique et des accès palustres étaient venus compliquer ù. plusieurs reprises. Malgré ma prescription formelle, le régime lacté n'avait été suivi que très irrégulièrement pendant la grossesse, qui arriva au huitième mois, sans incident notable. La phase dangereuse débuta par des hémorrhagies qui nécessitèrent le tamponnement et furent suivies d'un accouchement facile. Depuis ce moment, l'alimentation ne comporta rien autre que le lait. De violents accès fébriles éclatèrent brusquement, à forme intermittente, avec tuméfaction de la rate et du foie. Et, comme l'étatlocal demeurait exeellentdu côté des organes génitaux, nous pensâmes à un réveil de paludisme, occasionné par la parturilion. Les urines
ne présentaient qu'un léger nuage albumineux; c'est alors qu'au troisième jour apparurent des symptômes convulsifs, très fugaces, du côté de la face et des membres, qui furent suivis, après une légère rémission, d'un violent accès de manie furieuse, qu'on ne put dominer qu'en pratiquant une injection souscutanée de morphine. La malade avait été soumise, dès la première menace des accidents nerveux, aux lavements de chloral, et c'est en persévérant dans ce traitement qui nous pûmes éviter de nouvelles crises et arriver à la convalescence. Les accès fébriles disparurent après l'emploi soutenu du sulfate de quinine, et à aucun moment ils ne furent justifiés par une complication du côté de l'utérus et de ses annexes.
Il paraît évident que les troubles psychiques observés chez cette malade et greffés pour ainsi dire sur une ébauche de crise éclamptique appartiennent, comme cette dernière, à une auto-intoxication dans laquelle le foie joue un rôle peut-être plus saillant que les reins. J'avais, en effet, noté, dès les premiers jours, la décoloration des selles, et je retrouvai dans l'urine des traces évidentes d'urobiline dénotant une acholie pigmentaire, qui témoignait sans aucun doute de la souffrance des cellules hépatiques.
Cette description succincte me semble suffisante pour justifier la thèse des relations de la manie puerpérale avec Y auto-intoxication gravidique et la valeur
du régime lacté pour en atténuer les effets et en em-
pêcher le retour, tout en obéissant aux différentes indications thérapeutiques, au moyen du chloral, des inhalations d'oxygène, et en veillant surtout avec sollicitude au maintien de l'énergie du muscle cardiaque.
Il y a déjà longtemps que Marcé avait reconnu l'efficacité du régime lacté dans la manie puerpérale. D'après le savant ahéniste, en prescrivant 1 ou 2 litres de lait, on apaise la soif et on donne un aliment qui, sans avoir rien d'excitant, suffit, en général, pour soutenir les forces. On en prolonge l'administration pendant quinze jours, un mois et même davantage, et, s'il existe chez les malades une répugnance trop marquée, on le réserve pour un seul repas. S'il survient de la diarrhée, qui rendrait la tolérance exceptionnelle, Marcé conseille de s'arrêter; peut-être pourrait-on ne pas se priver du bénéfice de ce régime en employant les moyens ordinaires destinés à combattre ce symptôme. Il est indispensable de se rappeler que, suivant le même auteur, l'efficacité du lait est loin d'être constante.
L'emploi du lait dans les maladies nerveuses répond souvent à la nécessité d'alimenter les sujets de façon à éviter la surcharge de l'estomac et les fermentations intestinales occasionnées par les produits de la digestion. Il y a toujours intérêt, en pareil cas, àmaintenir à son taux normal la sécrétion urinaire quand son chiffre vient à s'abaisser. De plus, s'il existe des pous-
sées congestives du côté de l'encéphale, le régime lacté permettra de soutenir suffisamment la nutrition et rendra d'utiles services par son action diurétique, si l'on a soin de s'opposer à la constipation qu'il est susceptible de déterminer.
Toute la série des accidents nerveux qu'entraînent des troubles plus ou moins profonds des organes digestifs se modifie souvent d'une manière favorable par la prescription de la cure lactée combinée à l'antisepsie gastro-intestiuale. S'il n'existe pas un degré très prononcé de dilatation stomacale, on obtiendra souvent de bons résultats chez les malades atteints de vertige à stomacho Iseso et des phénomènes multiples d'un état neurasthénique qui peut accompagner au même titre les altérations fonctionnelles de l'estomac, des rei7îs et même du foie.
Je signalerai dans ce chapitre les excellents effets que m'a procurés ce régime dans le goitre exophthalmique et plus particulièrement dans un cas qui s'accompagnait de crises diarrhéiques.
Les mêmes succès se retrouveront quand il s'agira des symptômes si variés qui viennent à compliquer le déplacement du rein et qui donnent naissance à des accidents névropathiques ou même à des coliques simulant la colique néphrétique ou hépatique, capables de faire croire à l'existence de paroxysmes gastriques d'une affection spinale.
On comprend, d'après ces faits, qu'il soit assez sou-
164 LE RF.r.IME LACTÉ
vent indiqué de recourir à l'usage exclusif du lait dans nombre de manifestations nerveuses, révélant parfois toutes les allures des névroses et qui sont entretenues par un état d'intoxication du sang sur lequel nous ne possédons que des données incertaines, mais que des travaux récents nous permettent de considérer comme parfaitement rationnelles.
Le régime lacté pourra venir alors très utilement en aide aux autres moyens curatifs et contribuer tout au moins à écarter les troubles d'origine toxémique engendrés par des altérations quelquefois insidieuses et méconnues du chimisme stomacal et de la dépuration rénale. En tout cas, il facilitera toujours l'élimination des produits toxiques en circulation et pourra modifier favorablement la toxicité du sérum en augmentant son degré de dilution.
Le lait constitue un des meilleurs abments à conseiller lorsqu'on est forcé de recourir à la sonde œsophagienne, chez les aliénés, et j'ai vu, dans le service de mon maître Trôlat, à la Salpêtrière, des malades auxquelles je n'ai pu faire ingérer d'autre substance pendant plusieurs mois.
Mais, en dehors de ces cas, il rend aussi des services chez les individus débilités et qui opposent de la résistance à toute autre alimentation que celle qu'on peut leur faire accepter au moyen de substances liquides.
Il est encore un phénomène morbide que le lait
niLORosE 165
pourrait combattre efficacement chez certains aliénés : c'est l'insomnie. Les propriétés somnifères du régime lacté, signalées par Weir Mitchell, surtout dans la première période d'application de ce régime, et qu'on observe dans bien des circonstances, ainsi que j'ai pu m'en assurer, ont été mises à contribution par Karell da,ns Vhypochondrie, au cours de laquelle il a vu guérir un malade des insomnies rebelles dont il souffrait depuis longtemps.