MONUMENTS, CANAUX, PLAISIRS
L'utilité vraiment pratique des ouvrages ne rabaisse pas aux yeux du roi le mérite de leurs auteurs. Sous les rois de la xii^ dynastie, aussi fiers de protéger l'agriculture que braves à la guerre, Merri* ne dut pas moins de lustre à ses talents d'hydrographe qu'à ses qualités d'architecte. Sous les premiers Ptolémées, Mérah explique sa faveur par des travaux exécutés dans les canaux du nome Tanite-. L'état des canaux se répercute en efîet très fortement et sur l'agriculture et sur le trésor public.
Certaines charges ont pour objet de pourvoir au plaisir du roi. Ce n'est pas toujours facile. L'un des contes racontés au roi Khoufou nous montre en Snofrou un monarque oriental ennuyé et blasé, à qui il faut, même dans son harem, des distractions originales et des sensations nouvelles. Le savant Zazamônkh a imaginé une promenade sur l'eau avec des vierges en costume très léger « et » le cœur de Sa Majesté s'allégeait à les voir ramer » ; puis comme l'une d'elles a perdu un bijou dans l'eau, il entasse la moitié de l'eau sur l'autre, ramasse au fond du bassin le bijou perdu et ranime la partie joyeuse : « Sa JVIajesté passa donc un heureux » jour avec toute la maison du roi v. s. f., et récompensa le pre- » mier lecteur Zazamônkh avec toute sorte de bonne chose. » Khoufou est si charmé du récit qu'il veut à son tour récompenser le magicien d'en avoir fourni la matière, et il ordonne de porter à ses mânes « un pain d'offrande, une pinte de bière, une livre d'en- » cens » comme hommage à sa science^. Même offrande aux mânes d'Oubaouanir, autre magicien, pour de semblables prodiges*. Mais Khoufou se montre plus généreux encore pour le sage Didi qui, sous ses yeux même, a opéré des miracles non moins surprenants, tètes coupées et remises à une oie, un péli-
Rec, I, 24; supra, ch.. viu, p. 341). — Pefnifa-Néït, grand majordome sous Amasis, « homme excellent par ses actions », a restauré le temple d'Abydos : « J'ai porté les
» affaires d'Abydos à l'intérieur du palais Couché ou debout j'ai également travaillé
» au bien d'Abydos S. M. a vu combien j'étais zélé pour les affaires d'Abydos. »
(Louvre A 93 : Pierret, Rec, II, 39; Piehl, ^. Z., 1894, 120),
1 Loc. cit., p. 438, n. 4.
î Statue de Mérah au Caire (Daressy, R. Tr., XV, 150-151).
s Khoufou et les magiciens (Contes, p. 67).
i Ibid. (Contes, p. 63).
can, un taureau, et lui a indiqué une cachette de livres sacrés et prédit l'avenir de sa dynastie : il le loge chez son fils le prince Dadoufhor et lui assigne un riche traitements Certains personnages organisent avec succès les récréations ordinaires de la cour, les chœurs de chant' et la savante ordonnance des danses profanes ou sacrées^. L'explorateur Hirkhouf vit sa faveur monter au comble près de Pépi II pour avoir ramené de contrées inconnues un nain danga qui dansait la danse du dieu Bîsou*. D'autres fois, les souverains veulent des distractions plus violentes et des plaisirs de plein air. La chasse et la pêche les séduisent ^, et les compagnons qui les ont amusés ressentent les bons effets de leur gratitude. Le préposé aux marais de plaisance, Sobekhotpou « pos- » sédait le cœur du souverain avec qui il péchait et chassait^ ». Pour avoir capturé lui-même un éléphant vivant sur les bords de TEuphrate en lui coupant le pied, Amonemhabi reçut de Thoutmès III des récompenses autant que pour un fait de guerre S
I 5. — Finances.
Plus épineuses sont les questions financières. Le souci des finances se môle à toute l'administration civile, religieuse et militaire. Barons héréditaires, gouverneurs de nomes, curateurs de propriétés royales, fonctionnaires de tout grade ont, chacun dans son ressort, à surveiller les rentrées du trésor et les dépenses publiques. Ils se recommandent par leur autorité pacifique, leur vigilance, leur probité, leur exactitude à fournir les subsides requis. L'absence de numéraire, la nécessité de percevoir en nature toutes les redevances et de payer toutes créances ou subventions en nature également, compliquent la besogne et la responsabilité.
1 Ibid. (Contes, p. 76. Cf. supra, p. 351, n. 3).
2 CI', supra, ch. x, p. 417, n. 6.
3 laser. d'Ahanakhli [R. Tr., XIII, 188-189).
* Tonib. d'Hirkhoulà Assouan, vi» d. (Schiaparelli, Una tomba, p. i9-22; Maspero, fi. Tr., XIV, 186-193; B. Eg., II, 429-443; H.-Or., I, 433-434; cf. supra, p. 344, n. 2).
5 Cf. supra, ch. m, p. 115-117.
6 Stt:le de Sobekhotpou au musée Boreliy à Marseille (fi. Tr., I, 108).
7 Stèle d'Amonemhabi, 1. 25 [supra, ch. viii, p. 387-338, et iv, p. 168).