VIGILANCE, HONNÊTETÉ, PONCTUALITÉ
mes III, et disposé pour cela de tout le butin asiatique, ne néglige pas de noter d'un mot qu'il n'en a pas abusé : « J*ai accompli les » désirs du roi en dirigeant les travaux dans ses monuments ; » j'ai fait ces choses, sans frauder, avec un cœur dévoué ^ » Le roi favorise et récompense les administrateurs qui développent les ressources du pays, comme ce Khâmhâït qui, en stimulant le zèle des contrôleurs, amassa dans les greniers publics « plus de blé )î qu'on n'en avait récolté depuis trente ans » -.
Ses compliments et ses faveurs se répandent sur les agents fidèles du fisc, qu'ils lui versent régulièrement le produit de l'impôt, qu'ils fassent parvenir les tributs des peuples étrangers ou qu'ils apportent le produit des mines d'or et de pierres précieuses. L'affaire ne va pas toujours toute seule. On craint les vols en route, les agressions des bédouins, la désertion des porteurs. Pour chercher le produit des mines d'Ethiopie, Amoni emmène quatre cents soldats d'élite. Quand il revint sans encombre, « son entre- » prise fut louée par les rois » ^ Dans les nomes, il faut compter avec les résistances des contribuables, l'appauvrissement des peuples pressurés, les tentations des percepteurs, le gaspillage du chef lui-même. La ponctuahté d'un nomarque ou d'un préfet urbain* leur vaut de la reconnaissance :
« J'ai passé des années nombreuses comme gouverneur de la ville de [Khé], j'en ai » apporté les produits au seigneur des deux pays. J'ai été favorisé et on n'a pas trouvé » mon égal. Je suis arrivé à la vieillesse dans le pays de Ouaouaït. J'ai réjoui le cœur de » mon seigneur en descendant le fleuve avec les produits de ce pays pour le compte » du roi chaque année s. »
L'intérêt du roi exigerait que l'impôt rapportât le plus pos-
* An khes i, her^'hàii hos : Râmenkhopersenb {M. M. C.,\. 209-210).
2 Khâmhâït, sous Thotmès III (L. D., III, 76 b, 77 c. M.\spero, H. 0., II, 299). — Cf. Statue d'un gouverneur anonyme d'époque grecque qui « a multiplié les soldats du » roi comme des sauterelles, multiplié ses chars et ses chevaux,.... ses bateaux sur le » fleuve,.... ses greniers pour le grain et tout ce qui sort des domaines,.... les dépôts » d'or, d'argent, de l'er, de bronze,.... de toute bonne pierre des carrières de toute » contrée. » (Daressy, R. Tr., XV, 161).
3 Tombeau d'Amoni à Béni-Hassan (L. D., II, 122).
* Amonemhàït (xviu« d.) « J'ai agi en préfet enrichissant fMS?' bu achu) le trésor royal » en argent, or, lapis, émeraude, toutes pierres précieuses; vases d'argent, de bronze, » etc., etc. (PiEHL, jE. Z., 1883, p. 132).
* St. de Herména, Florence n» 2,549 (Berend, Mon., 56; Schiaparelli, Cat. I, 1567; Skthb, Urk., IV, 76-77; Piehl, jR. Tr., II, p. 123).
sible ; celui des sujets demanderait qu'il pesât sur eux le plus légèrement possible. Au fond ces deux exigences ne s'opposent pas, inconciliables : puisque les facultés contributives augmentent avec la prospérité générale. Mais il faudra discerner le point critique où s'arrêterait le développement de la prospérité, et se tenir toujours en deçà. Les gouverneurs se croient dans ce juste milieu ; ils se vantent de bien servir le roi en remplissant le trésor ; ils se défendent, avec non moins de fierté, d'avoir pressuré le peuple par une tyrannie coupable. Amoni, le gouverneur du nome de la Chèvre, sous la xii^ dynastie, a payé au roi de grands impôts : « nulle redevance n'a été plus forte que la sienne dans tous les » entrepôts » royaux'. Son activité a enrichi son nome, car il « l'a mis en rapport- tout entier par ses courses multipliées » ; mais il n'a pas abusé de la prospérité pour tirer de son peuple de plus fortes sommes : « quand il y eut de hauts Nils et que les pos- » sesseurs de champs devinrent riches en toute chose, il ne frappa » les champs d'aucun impôt » ^ Amonemhâït, vizir sous Thotmès III, se vante à la fois de sa bienfaisance, de sa justice et des richesses qu'il a « multipliées dans le trésor royal » et qui lui ont valu l'honneur divin*. Amonhotpou-Houi, nommé chef de la milice par Aménôthès III, avait le droit en cette qualité, de lever des impôts ; et il « compta les contributions par centaines de » mille » ; mais il eut soin de les bien répartir et de ne pas écraser les populations :
« Il fît prospérer les gens à l'endroit de leurs impositions, les vieux comme le tils qui » les aime » ; il « imposa les maisons selon leur nombre, mais exempta les artisans et » leurs maisons »,
1 « Tous les revenus de la maison royale ont été par ma main. J"ai donné au surin- » tendant des vassaux des temples des dieux dans le nome de Méh, 3.000 taureaux avec » leurs vaches, et j'ai été en faveur pour cela dans la maison royale chaque année; car
» les vaches laitières, j'ai porté tout leur produit au palais royal, etc » (Tomb. de
Béni-IIassan : L. D., Il, 122; M.\si'ero, R. Ti\, I, 171-174).
2 Littéralement : « travaillé » bnk-ni.
5 Ibidem (Maspeko, 174). Cl', infra, ch. xn, p. 494, 507.
•* Tomb. de A[monem]hâïl, iils d'Antel', à Ciieik-Abd-el-Gournah (Piehl, jE. Z., 1883, 132) : « J'ai, en qualité de poliarquo vizir, multiplié pour le trésor royal l'argent, l'or, le » lapis-lazuli, les turquoises, toutes les pierres précieuses, les objets d'argent, d'or, » d'airain, d'étain, les oiseaux (?) d'ivoire, d'ébène, d'acacia, de cèdre (?) ; et j'ai reçu » l'honneur divin pour cela. »