DEVOIRS JUDICIAIRES
D'autres fois, il haranguait individuellement chaque magistrat, dans une audience solennelle, au moment de lui donner l'investiture, ou du moins il récitait devant lui une sorte de code abrégé de ses devoirs. C'est ainsi que nous avons en trois exemplaires, malheureusement fort endommagés tous trois, les Instructions adressées au vizir sous la xviii® dynastie, recueillies dans les tombeaux de Rekhmarà, Ousir et Hàpou, qui se succédèrent à Thèbes. Avant tout, ils doivent prendre conscience de l'importance de leur charge et se préoccuper de bien servir le roi. Qu'ils se conforment à la loi et aux instructions du roi, sans harceler celui-ci de rapports sur leurs faits et gestes. On leur recommande la vigilance, la sévérité, l'impartialité ; on les met en garde à la fois contre la faiblesse ou l'indulgence excessive, et l'impatience, la colère ou la violence. Voici quelques-uns des conseils donnés :
« Ainsi parle Sa Majesté devant lui :
» Fais attention, au sujet du divan du vizir (zat), de veiller sur tout ce qui s'y fait; » car c'est le fondement de -la Terre-entière. Être vizir, certes, ce n'est pas un (plaisir) » doux; non, c'est (une fonction) redoutable, quand il prononce des arrêts. C'est du
» bi'onze, c'est un boulevard d'or pour la maison de son seigneur Quand un homme
» fait ce qui est bon, non, il ne sert pas les intérêts d'un autre.
» Voici venir les suppliants du sud et du nord; la Terre-entière est prête...,. Fais » attention d'accomplir toutes choses en conformité de ce qui est dans la loi, d'accom- » plir toutes choses selon son équité
» Si un magistrat [sar] relate venis et marées de toutes ses actions, certes on n'ignore
» pas ses actions Il ne remonte pas la voie hiérarchique (préférant), les faire
» connaître par message spécial, disant « ceci est à côté de la voie hiérarchique », il » tombe sous le coup du dicton « ce n'est pas un éleveur de voix que j'ai envoyé, un » suppliant c'est un magistrat. » Certes, on n'ignore pas ses actions!
» C'est la sauvegarde d'un magistrat, que d'agir conformément aux instructions,
» lorsqu'il fait ce que dit le suppliant C'est l'arrangement qui fait la cohérence d'un
» mur, comme dit le Seigneur ; ainsi le vizir dans son administration,....
» Identifie l'accomplissement de ta charge à l'accomplissement de la justice. C'est une
» chose désirable que d'accomplir la justice (Le rôle du vizir) c'est de rendre la justice
» depuis le (temps du) dieu (Osiris)
» Quand un homme est à son office, il fait tout suivant la charge qui lui est donnée.
» Or il est utile pour un homme d'agir conformément à ce qui lui a été dit Ah!
» puisses-tu agir conformément à la charge qui t'a été donnée. * »
Nous n'avons pas à étudier ici tous les rouages et le fonctionnement de l'administration judiciaire. Quant à l'esprit qui animait
1 Tombeaux de Rekhmarà, Ousir et Hapou (Newberry, Rekhmarà, pi. ix-x, p. 33-34; Gardiner, R. Tr., XXVI, M9).
les tribunaux, aux défaillances redoutées des justiciables, à l'équité et à l'impartialité des juges, il en a été déjà parlé dans un autre chapitre, et nous aurons encore à y revenir à propos des devoirs des grands envers les petits K
Là comme ailleurs les grands imitaient dans la sphère de leur action l'exemple du roi et des dieux, dont parfois ils s'écartaient par intérêt, malice ou faiblesse, mais que, le plus souvent, ils suivaient de leur mieux pour obtenir faveurs et gloire.
« L'administration grecque avait conservé en inexactitude » comme en toute autre chose les traditions de la vieille adminis- » tration pharaonique », dit M. Maspero à propos du papyrus Mallet^ L'ironie ne tombe pas à faux et frappe à la fois les Égyptiens et leurs héritiers.
A vrai dire, l'administration pharaonique n'était pas toujours une administration modèle. Derrière ses qualités, que signalèrent les contemporains, se cachaient ses défauts ou ses vices que devinent les modernes, lenteurs, arbitraire, oppression, vénalité. Cependant il faut lui tenir compte de ce qu'elle fut la première, au moins en date, des administrations du monde civilisé dans l'antiquité. Si la réalité souffrit de ses tares, pourtant en imagination et en théorie, les anciens Égyptiens se traçaient un modèle d'administration assez louable, et il ne se peut que la pratique ne s'en ressentît jamais.
* 5'Mjom, ch. VII, p. 283-290; infra, ch. xii, § 2, p. 481-486. 2 Maspero, R. Tr., I, 58.