‹ Le régime pharaonique dans ses rapports avec l'évolution de la morale en Égypte (volume 2)Chapitre 32 sur 184 · PROTECTION AUX FAIBLES · texte numérisé non relu

PROTECTION AUX FAIBLES

rite générale, il y a des ennemis contre lesquels sert la protection des puissants.

Dans la société féodale, un « homme sans maître » est exposé à tous les dangers et tous les malheurs, * parce qu'il manque de protecteur. On a déjà bien assez à souffrir des mauvais maîtres, indolents, ou passionnés et injustes ; car il en existe : l'insistance des autres à se vanter indique bien qu'ils ne se confondent pas avec l'uni versahté. Si donc les petits risquent toujours d'être victimes de leur seigneur ou de l'administration royale, du moins ont-ils avantage à chercher auprès d'un grand aide et protection contre les autres seigneurs ou les brigands. S'ils sont lésés par leurs protecteurs naturels, la hiérarchie sociale leur permet d'espérer un protecteur et un redresseur de torts plus haut placé encore. C'est à celui-là que, comme à Antef, « tous les hommes » confient leur salut et leur vie » '.

En accordant aux faibles une assistance efficace, le puissant étend sa clientèle et s'assure des dévouements pour les jours d'épreuve. Ptah-hotpou l'invitait à méditer sur ces résultats pratiques de la bonté :

« Traite bii'n tes gens, autant qu'il t'appartient ; cela appartient à ceux que Dieu a » favorisés. Si quelqu'un manque à bien traiter ses gens, on dit (ironiquement) : « C'est » d'une personne à qui l'on fait l'aumône ». Comme on ne sait pas les événements qu'on » peut voir demain, c'est une personne sage chez qui l'on est bien traité. Quand arrive » le cas de montrer du zèle, ce sont les gens (eux-mêmes qui) disent : « Allons I allons I » » si les bons traitements n'ont pas quitté la place : s'ils l'ont quittée, les gens sont » défaillants 3. »

Ani renouvelle cet avertissement :

« Si tu es bon, tu seras regardé ; que tu sois dans un cercle nombreux ou que tu sois » solitaire, tu trouves tes gens et on exécute ce que tu dis *. »

De telles constatations ne se teintent nullement de la misanthropie chagrine de La Rochefoucault. Diodore s'en rapproche davan-

* Cf. Maspero, Contes, 2« éd, p. xlvi-xlvh.

2 stèle d'Antef (Louvre C 26).

3 Ptah-hotpou, Préceptes, | 22 (Pap. Prisse, pi. xi, 1-4).

* Ani, Maximes (Pap. Boulaq 4, xx, 2-4 : Chabas, § 31, p. 199 et t. ii, p. 4-6; Amélineau, §34, p. 121).

tage, lorsque, rendant hommage au caractère reconnaissant des Egyptiens, il y découvre un stimulant pour la bienfaisance ^

Ainsi son intérêt bien entendu montre doublement au grand la ligne de conduite à suivre, et confirme ou éveille la voix de la conscience.

Les instructions royales le dirigent dans le même sens. Le souten rekh Ki « disait le bien, secondant les désirs du roi, proté- » géant une personne contre son supérieur par les ordres qu'il » donnait » ^.

La religion enfin consacre de son autorité la loi d'assistance du petit par le grand, dans une sorte de famille où le fort sert de père ou de frère aîné :

« Dieu est content lorsqu'il (le défunt) dirige les grands vers Lui avec les petits pour » voir les fonctions de Thot au milieu de ses mystères 3. »

Les dieux aiment et récompensent la bienfaisance. Ils ne dédaignent pas le titre de patron des petits. Amon-Rà est le dieu de la justice auquel s'adressent les opprimés^; on le nomme aussi « le dieu aimé qui écoute le misérable, qui donne la main au » misérable, qui remonte l'affaissé » ^. C'est en se soumettant à lui, au dire du navigateur Onou-x\mon, que le roi de Diro en Phénicie « vivra sain et sauf, bon pour le pays et pour ses gens » ^. Son fils Khonsou n'a pas la réputation d'être moins secourable; un scribe des ouvriers l'invoque : « Douce est ta grâce, ô Khonsou, pour les miséreux de ta ville » . D'autres dieux encore inspirent la bienfaisance : après avoir vanté sa bonté, Zémaït conclut : « J'ai marché dans la belle voie du dieu Anhour » **. La loi divine

* « Les Égyptiens passent pour les hommes les plus reconnaissants envers leurs » bienfaiteurs; car ils sont persuadés que la meilleure garantie de la société consiste » en un échange réciproque do services et de reconnaissance. Ceci est vrai ; les hommes » sont d'autant plus portés à être utiles à leurs semblables qu'ils voient pour eui- » mêmes un véritable trésor dans la reconnaissance de leurs obligés. » (Diodore, I, 90).

2 British Muséum, Stèle 559 (xn« d.). — Le trésorier Hâthorsi parle à peu près dans les mêmes termes : Stèle 569 (zE. Z., 1874, p. 05 et 112).

3 Livre des Morts, GXXX, 8-9.

* Supra, ch. vu, p. 283-284.

t» Naos de Kasa, à Turin. C'est au dieu d'Éléphantine qu'il demande de voir Amon (Maspero, /?. Tr., II, 198).

6 Voyafje d'Onou-Amon, Pap. Golénicheff, p. 2, 1. 33 (R. Tr., XXI, 90). ' Stèle 'de Paï, Turin, n» 299 (/^ Tr., II, 118). 8 Stèle de Zémàït (Louvre C 117 : i>iEHRET, Rec, II, p. 12; Piehl, /. H., l, pi. 23, p. 29).

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