LEÇONS PHILOSOPHIQUES ET RELIGIEUSES
était connue dès l'antiquité. Ptah-hotpou n'ignorait pas quelle conduite elle commande envers le prochain '. Les grands de toutes les époques le savaient et en tiraient les conséquences. Antouf conclut l'éloge de sa justice, de sa protection et de sa bienfaisance envers les petits par ces mots : « Quand il invoque les dieux, ils » l'exaucent en raison de sa grande vertu » -. Après s'être dit « un protecteur qui sauve le misérable du puissant », Ar-hor-ââ ajoute : « Je sais que Dieu est content de celui qui fait cela ^ » Toutes les sanctions de la vie future sont alléguées au profit de la bienfaisance. Le harpiste de Nohrhotpou, si sceptique par ailleurs, la recommande pourtant :
« Donne du pain à qui n'a pas de champ, et tu auras un bon nom pour toujours ^. »
Un mendésien demande qu'on fasse sur sa tombe cette prière ou ce panégyrique :
« Vous qui aimez vos esclaves, reposez plus tard dans le (pays de) vie ^. »
Hor, fds d'Hor, est aussi affirmatif et plus nettement religieux :
« Aux portes du tombeau, lorsque partent vers le ciel le protecteur du misérable contre » le puissant et le secourable à la veuve, le dieu grand accroît pour ceux-ci toute » chose ^. »
Avec Phibefhor nous touchons aux enseignements chrétiens :
« Ne point passer le cœur content, alors qu'un compagnon a besoin de cela. — Ne l'en » prive pas pendant les temps de vie afin qu'on ait pitié de toi en tes temps de mort '. »
Enfin, au plus tard sous le règne de Claude, circulait un conte oiî s'est enchâssé l'apologue du mauvais riche et du bon pauvre, celui-ci magnifiquement récompensé dans l'Amentît pour ses mérites terrestres, l'autre cruellement puni pour ses méfaits ^ Aussi des épitaphes sort un touchant concert de déclarations
1 Ptah-Hotpou, Préceptes, | 1, 6, 22 (Pap. Prisse, v, 3; vi, 8-10: xi, 1; Virey, p. 31, 40, 69 ; cf. supr^a, p. 493 et 499.
2 Louvre G 26. 1. 19.
3 Statue d'Arhoràà, Caire (Mariette, M. D., 29 a 3 ; Piehl, jE. Z., 1887, 122). i Chant du harpiste {B. Eg.. VII, 406).
5 Stat. de Zabanebdidounam, Berlin 281 a, ép. S. (Piehl, yÉJ. Z., 1887, 823).
« Statue de Hor, fils dHor, ép. ptol. (Daresst, R. Tr.,W, p, 158).
^ Sentences de Phibefhor, ch. vi, 1. 6-7 ; Pap. dém. Leide (Revillout, J. Asiat., 1905, p. 197).
8 Conte de Sénosiris (Maspero, J. des Savants, 1901, p. 476-479; Contes, 3« éd., p. 134-137 ; cf. J. Baillet, Rev. Unwersitaire, 1902, 15 mars).
proteclrices et bienfaisantes. Du plus grand au moins grand, du chef de nome au chef de deux hommes, au simple chef d'une famille, tous professent leur amour des petits. Et d'autre part, tous les petits, tous les faibles, bénéficient de cette sympathie agissante. Tous ceux qui par nature, par condition, par accident manquent de force et de ressources, trouvent un recours au-dessus d'eux. L'âge tendre ou avancé, le sexe faible, l'humble état social, les difficultés de la vie et toutes les misères créent des titres auprès des supérieurs.
Les chevaliers du moyen-âge juraient de mettre leur épée au service de la justice, de redresser tous les torts, de défendre le faible, de secourir la veuve et l'orphelin. A lire les stèles égyptiennes, on se croirait en pays de chevalerie.
I 4. — Devoirs du riche.
On s'y fait honneur de bien traiter tous les inférieurs*, les miséreux-, les indigents ou les pauvres % les petits*, les vieux ^ les craintifs'^. A tous les malheurs un grand offrira aide et consolations. Aucune victime de l'injustice des hommes, aucun opprimé ne fait en vain appel à son tribunal. Juge, nous l'avons vu redresser les torts. Aucun suppliant, privé de ses défenseurs naturels, n'attendra en vain son assistance. Puissant, il prend les faibles en tutelle. Riche et détenteur des sources de la prospérité générale, il fait vivre tout le monde. Aucun besogneux ne l'implorera sans succès. La richesse, comme la force, impose des devoirs.
Déjà sous l'ancien empire, Henkou se qualifiait « la barque des petits » ^ Mais, à partir de la xn" dynastie, la protection du misérable devient un sujet d'éloge presque obligatoire et banal. On le défend contre le puissant*, on l'assiste pour alléger ses maux.
1 Kherou, skerou.
2 Mar, goué, gaou, ouahmou, nehmhou, men.
^Anti-nef, littéralement: le néant à lui ; ou : chou-dot, le vide de main; hourou, le privé.
* Nezes, chère, ket. ^ Aaou. * Snez.
7 Inscr. d'Henkou, 1. 7 (Davies, Deïr-el-Gebrawi , II, 24; Sethe, Urk., I, 76).
8 Cf. supra, p. 497.